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Visages de notre histoire: Portrait de Jean-André Cuoq (1821-1898)

Visages de notre histoire: Portrait de Jean-André Cuoq (1821-1898)
Photo © Archives de la Ville de Montréal - [18-] BM1-5P0477.

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Prêtre et linguiste

1. Grand linguiste des langues autochtones, Jean-André Cuoq est né en France, à Puy-en-Velay, le 6 juin 1821. Fils d’un serrurier, Jean-Pierre Cuoq, et de Marie-Rosalie Delholme, le jeune séminariste développe très tôt un intérêt pour les langues étrangères. Une fois ordonné comme prêtre du Saint-Sulpice en 1846, il part aussitôt vers le Nouveau Monde, profitant de son voyage pour se familiariser avec l’anglais. Nommé au départ comme vicaire à la paroisse Notre-Dame, à Montréal, il est envoyé en 1847 à Deux-Montagnes. À son arrivée à Kanehsatake, il doit composer avec des tensions entre son ordre et des militants autochtones au sujet de la propriété des terres de la mission. Grâce à des manuscrits anciens et à l’aide de membres de la communauté, le père Cuoq apprend les langues autochtones afin de faciliter son intégration auprès des Anichinabek (Algonquins) et des Kanien’kehá:ka (Mohawks). Mais sa volonté de comprendre des langues autochtones va plus loin qu’un seul désir de communication.

RÉALISATIONS

Défendre les langues autochtones

2. Toute sa vie, le père Cuoq défend les langues autochtones en leur donnant leurs lettres de noblesse. C’est particulièrement vrai en 1855, lorsque Ernest Renan publie Histoire générale et Système comparé des langues sémitiques. Pour démontrer la différence entre les langues « sauvages » et « civilisées », Renan cite l’infériorité des langues parlées par les Haudenosaunee (Confédération iroquoise). Dans une réplique incendiaire intitulée Jugement erroné de M. Ernest Renan sur les langues sauvages, le père Cuoq démontre la beauté et la complexité des langues autochtones, mais aussi qu’il s’agit d’un manquement à la foi chrétienne que de considérer un peuple inférieur à un autre. Pour lui, tous les humains sont égaux devant Dieu. Brièvement professeur à l’Université Laval, ses publications, notamment à la Société royale du Canada, contribuent à réhabiliter et à mieux comprendre les langues autochtones du Nouveau Monde.

héritage

Une meilleure connaissance des langues autochtones

3. Malgré les tensions entre le haut clergé sulpicien et certains Kanien’kehá:ka au XIXe siècle, la simplicité et l’humilité du père Cuoq sont appréciées par la congrégation autochtone d’Oka. Les Anichinabek le surnomment Nij-Kwenatc-anibic, qui signifie « second Bellefeuille », en mémoire d’un premier père Bellefeuille très estimé. Les Kanien’kehá:ka l’appellent Orakwanentakon, qui signifie « étoile fixe », en raison de l’immobilité de son œil gauche. Le père Cuoq lègue plusieurs publications en langues autochtones, certaines à usage religieux, d’autres sont des analyses linguistiques et des lexiques. Par ses études comparatives, le religieux est le premier à faire le lien étymologique entre la langue parlée par les Autochtones rencontrés par Jacques Cartier à Hochelaga en 1535 et celle utilisée à son époque par les Kanien’kehá:ka de Kahnawake et Kanehsatake. Bien qu’il n’inclue pas tous les traits phonétiques, son travail reste encore aujourd’hui très utile pour comprendre les racines de l’Anichinabé et l’évolution des langues autochtones à travers le temps.