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Explosion à Beauceville: trois pères tués en voulant sauver les autres

Les travailleurs morts dans l’incendie d’une usine de Beauceville ont tenté d’éteindre les flammes

Explosion à Beauceville: trois pères tués en voulant sauver les autres
Photo Agence QMI, Marc Vallières

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Les trois pères de famille décédés lors de la violente explosion dans une usine de Beauceville sont morts en véritables héros, selon leurs proches.

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Jean Lachance, 51 ans, et Martin Roy, 50 ans, tous deux de Saint-Georges, ainsi que Mario Morin, 57 ans, de Beauceville, ont perdu la vie à la suite d’une déflagration et d’un incendie survenus lundi matin à l’usine Bois ouvré. Ils étaient chacun papa d’un fils unique. 

Les pompiers ont combattu pendant plusieurs heures l’incendie qui a fait rage à l’usine Bois ouvré, lundi matin.
Photo Agence QMI, Marc Vallières
Les pompiers ont combattu pendant plusieurs heures l’incendie qui a fait rage à l’usine Bois ouvré, lundi matin.

Le jour du drame, Martin Roy et « son meilleur chum de gars à l’usine », Mario Morin, seraient intervenus pour lutter contre un incendie qui avait pris naissance dans la bâtisse.

« Les deux travaillaient toujours ensemble et faisaient partie de cette escouade de pompiers volontaires. Ils se sont précipités sur les flammes pour les éteindre et ils ont tenté de porter secours à des gens », relate en entrevue le fils de Martin Roy, Zachary, du haut de ses 20 ans. 

  • Écoutez l'entrevue de Philippe-Vincent Foisy avec Claude Morin, maire de Saint-Georges de Beauce, sur QUB radio:    

« Sa bonté l’a emporté », témoigne la sœur de Mario Morin, Sonia, sans retenir ses larmes. « Il a donné sa vie pour les autres et ses collègues aussi », renchérit le frère de Jean Lachance, Mario. 

Selon ce que des témoins ont rapporté à la famille Lachance, les blessés auraient été allongés au sol dans les instants qui ont suivi l’explosion et en attendant l’arrivée des ambulanciers. « Il y a une dame qui s’est approchée de [Jean Lachance] pour lui donner de l’eau. Ses dernières paroles ont été : “Est-ce que les autres sont corrects ?” », a rapporté le fils du défunt, Anthony.

Le périmètre de sécurité autour de l’usine n’était toujours pas levé hier après-midi.
Photo Diane Tremblay
Le périmètre de sécurité autour de l’usine n’était toujours pas levé hier après-midi.

Graves brûlures

Les trois hommes ont été conduits à l’hôpital de Saint-Georges, avant d’être transférés à l’unité des grands brûlés de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus. Les travailleurs étaient brûlés au 3e degré sur entre 75 % et 90 % de leurs corps. 

C’est là que Zachary Roy a vu son père pour une dernière fois, « intubé, inconscient et défiguré », plongé dans un coma artificiel. « Ce n’était pas beau à voir, mais pas du tout. Ses blessures étaient horribles, horribles. Ça va sûrement rester dans ma mémoire pour le restant de mes jours », confie son fils, la voix tremblotante.  

  •  Écoutez la chronique de Félix Séguin au micro de Richard Martineau sur QUB radio:    

Soutien psychologique

Les familles des victimes et les employés pourront bénéficier d’un support psychologique, a confirmé hier Vincent Nadeau, directeur des ressources humaines chez Matra, entreprise propriétaire de Bois ouvré. Deux rencontres se sont d’ailleurs tenues dans les derniers jours avec les employés. 

La municipalité de Beauceville a envoyé un message de sympathie aux familles des victimes et a mis le drapeau en berne à l’hôtel de ville.
Photo Diane Tremblay
La municipalité de Beauceville a envoyé un message de sympathie aux familles des victimes et a mis le drapeau en berne à l’hôtel de ville.

« On va offrir tous les services nécessaires pour passer à travers cette tragédie-là », a commenté M. Nadeau, qui connaissait « très bien » les victimes. « C’était des gens de confiance, des piliers au niveau de l’organisation. C’est une énorme perte, c’est très douloureux », a-t-il avancé.

Un individu se trouve toujours dans un état critique à l’Enfant-Jésus tandis que l’état de deux autres victimes s’est stabilisé. Un autre est aux soins intensifs à Saint-Georges. 

Les blessés sont deux employés de Bois ouvré ainsi que deux employés de Sylvain Nadeau Toiture, qui effectuaient des travaux de réparation sur le toit de l’usine au moment de la déflagration. 

- Avec Diane Tremblay


En guise de soutien envers les familles éplorées par ce drame, la municipalité de Beauceville a mis les drapeaux des édifices publics en berne.  

Un travailleur infatigable et apprécié de tous  

DIANE TREMBLAY, Le Journal de Québec

SAINT-GEORGES | Les proches de Jean Lachance, 51 ans, qualifié par sa famille de travailleur infatigable et toujours prêt à rendre service, sont atterrés par sa mort.

« C’était un travailleur authentique. Souvent, les Beaucerons sont identifiés comme des travailleurs, des durs à cuire, des fonceurs. Mettez tous ces qualificatifs-là et ça ressemble à mon frère. Je suis sûr qu’il est allé au front parce qu’il a voulu aider », a confié Mario Lachance, le frère de la victime.  

M. Lachance et le fils de la victime, Anthony, étaient réunis hier au domicile de la victime à Saint-Georges pour essayer de comprendre ce qui a pu se produire.  

Bien que les enquêtes s’amorcent à peine, plusieurs questions restent sans réponse. « C’est un événement qui est un peu étrange. Une compagnie comme celle-là aurait dû utiliser les bonnes façons de faire. Quand tu as du feu, du bois et du gaz, ça brûle », a ajouté M. Lachance.  

« Je ne comprends pas l’idée d’aller mettre des chalumeaux sur un toit pour refaire la toiture. Je ne blâme personne dans cette histoire-là, je ne comprends juste pas la situation », a poursuivi M. Lachance.  

Solidarité

Son frère était opérateur de chariot élévateur à l’usine et y travaillait depuis 28 ans. « C’était une personne très minutieuse. Il était d’ailleurs connu pour être une référence là-bas. On va s’unir pour passer à travers », a confié son frère. 

Le curé de Beauceville, Urbain Rhéaume, invite les gens à faire preuve de solidarité. « C’est une tragédie qui nous jette à terre et à laquelle on ne s’attendait pas. C’est important de se soutenir les uns les autres. Il faut garder espoir également pour ceux qui sont blessés. » 

Un dernier au revoir... le jour de sa fête  

Kathryne Lamontagne, Le Journal de Québec

Joey Morin a vu son père, Mario, pour la dernière fois le week-end dernier, à l’occasion de son 22e anniversaire.

« Mon père, c’est un homme avec un très grand cœur. Il n’était pas capable de dire non à personne. Il était tout le temps là pour tout le monde. C’était un monsieur parfait », lance son fils unique, Joey Morin, en entrevue téléphonique.

Le jeune homme avait passé le week-end complet avec son père. « On a fêté ma fête. Et ça a fini de même », lance Joey, la voix étreinte par l’émotion. Le lendemain, son père était parmi les huit personnes blessées dans une explosion majeure survenue à l’usine Bois ouvré de Beauceville. Il est décédé des suites de ces blessures, mardi. 

« Son fils, c’était tout pour lui. Son fils était là toutes les fins de semaine, avec ses amis », avance la sœur du disparu, Sonia Morin.

La femme peine d’ailleurs à comprendre comment la déflagration a pu se produire. « On ne sait pas pourquoi ça a explosé. On ne sait pas ce qu’il y avait sur le toit. Ce n’est pas normal », expose-t-elle. « Je ne sais pas s’il y a eu négligence de la compagnie, mais c’est sûr et certain que je vais pousser ça. »

Sonia Morin n’avait que de bons mots pour son frère, un homme à tout faire qui travaillait depuis près de 40 ans pour le même employeur. « Il était tout le temps au-devant de tout le monde, il ne disait jamais non. Il voulait tout le temps aider. Il ne pensait pas à lui, c’était tout le temps les autres », plaide-t-elle.

« On est soudés »

Mario Morin vivait seul et était voisin de ses parents de 81 ans. 

« Ils vont enterrer leurs fils. Ils regardent dehors, ils voient la maison. Ça va être très, très, très difficile, évoque-t-elle. On est soudés, la famille, on est tous très proches. Pour nous, c’est un gros morceau qui part. » 

« C’était tout un homme ! »  

Kathryne Lamontagne, Le Journal de Québec

Employé de Bois ouvré depuis 22 ans, Martin Roy était un homme farceur et comique, qui aimait s’évader dans le bois pour chasser, bûcher et pratiquer des sports motorisés, évoque son fils unique.

« C’était tout qu’un homme, comme on dit en Beauce ! » s’exclame avec émotion Zachary Roy, 20 ans.

Contremaître, Martin Roy était un bon vivant et mordait dans la vie. « J’aimerais surtout que les gens se souviennent de ses farces, à quel point il était blagueur, à quel point il aimait rire, à quel point il aimait sortir dans le bois, relaxer dans la nature. C’était vraiment ce qui le définissait le plus », poursuit son fils.

Témoin de l’incendie

Zachary Roy a vu de la fenêtre de sa chambre les flammes qui ravageaient l’usine pour laquelle son père travaillait, lundi matin. Étonnamment, il ne s’est pas inquiété sur le coup pour son paternel. 

« Il devait être correct : il travaille surtout à l’avant de l’usine. Donc sûrement qu’il avait pu sortir » a-t-il analysé.

Ce que le jeune homme ignorait toutefois, c’est que son père faisait partie d’une escouade des pompiers volontaires à l’usine. « Il s’est précipité sur les flammes lorsqu’il y en a eu. Malheureusement, il y a eu une explosion aussi et ça a donné ce que ç’a donné », déplore-t-il.

Séparé de la mère de son fils depuis plusieurs années, Martin Roy partageait sa vie avec une femme depuis près d’une décennie. Son fils et lui ne résidaient pas sous le même toit, mais entretenaient tout de même des contacts réguliers. 

Les deux hommes s’étaient d’ailleurs vus le mois dernier, à l’occasion de funérailles. « Je le voyais un peu moins, mais je l’aimais tout de même », termine son fils, d’un ton calme et posé.