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Le problème n’est pas Erin O’Toole

CANADA-VOTE
Photo AFP Erin O’Toole

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La défaite est amère, surtout quand on a cru momentanément à une victoire improbable.

Dès qu’il s’est présenté devant la presse, Erin O’Toole a dû défendre son leadership. Le début de ce qui sera un plus ou moins long calvaire.

La tentation est grande de lui montrer la porte. Le chef conservateur a obtenu moins de votes que son prédécesseur Andrew Scheer, il a commis de coûteuses erreurs pendant la course, sur les armes à feu, les vaccins, pour ne nommer que ceux-là.

Et pourtant, il est trop facile de s’imaginer qu’un nouveau capitaine ferait mieux. Les problèmes du Parti conservateur sont bien plus profonds. 

Les résultats du scrutin de lundi en font foi.

Les tiers partis

Une étude plus approfondie des résultats précisera le diagnostic, mais il est incontournable.

Maxime Bernier a fait très mal. Son Parti populaire semble avoir coûté cinq comtés aux conservateurs et les avoir empêchés de gagner dans près de dix autres.

C’est le prétexte que brandissent les purs et durs qui veulent la tête d’Erin O’Toole pour avoir abandonné la base au profit d’un recentrage excessif et malheureux.

Or, ce n’est pas si simple.

Ce n’est pas tant Maxime Bernier qui a tué les chances du Parti conservateur que le Parti vert qui a sauvé Justin Trudeau.

Les verts ont obtenu leur plus faible score depuis 20 ans. Et les libéraux ont récupéré une grosse partie de leurs appuis. Quelques milliers de votes dans des courses clés qui ont permis de renflouer le mur rouge autour des grandes villes et de leurs banlieues.

Erin O’Toole n’est donc pas le seul auteur des malheurs conservateurs. Annamie Paul l’est tout autant.

L’étalement urbain

Le mariage de convenance qui permettait aux conservateurs de gagner sous Stephen Harper n’existe plus.

Je ne parle pas de l’affrontement idéologique brutal qui se dessine entre la droite sociale et les conservateurs économiques. Je parle ici de la coalition d’électeurs disponibles.

Pour gagner, les conservateurs comptaient sur leur base rurale, et devaient percer les banlieues éloignées de Toronto et Vancouver... L’équivalent de Saint-Jérôme et Saint-Hyacinthe.

Ce sont ces exo-banlieues qui avaient pavé la voie de la victoire de Stephen Harper en 2006. 

Lundi, les troupes d’Erin O’Toole n’en ont pas gagné une seule. Pire, elles ont essuyé des pertes.

Même dans les rares comtés du genre que les conservateurs ont conservés, leur marge de manœuvre s’effrite d’année en année.

Quel conservatisme ?

Ce qui nous amène à la question existentielle. C’est quoi être conservateur en 2021 ?

Est-ce un conservatisme réactionnaire et polarisant, inspiré par Fox News et les républicains aux États-Unis ? Est-ce un conservatisme fiscal rigide à la Margaret Thatcher ? Un conservatisme qui parle pour la majorité silencieuse à la Boris Johnson ?

Ce n’est pas une nouvelle course à la direction qui résoudra ces dilemmes. Elle ne fera que fracturer davantage la fragile coalition conservatrice.

Pour espérer gagner, le parti a besoin de nouvelles idées dignes des défis d’aujourd’hui.