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Des nouvelles de l’Amérique latine (suite)

Manuel López Obrador
Eyepix/WENN Manuel López Obrador

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Pourquoi parler de l’Amérique latine ? Parce que, d’une certaine façon, nous en faisons partie. Nous avons plusieurs points en commun et le français, langue nationale du Québec, est une langue latine, comme l’espagnol et le portugais. Du nord au sud, nous habitons un même territoire, l’Amérique. La population du Québec, comme celle du sud, est largement métissée, entre Européens et autochtones amérindiens, et pour certains pays d’Africains. Nos habitudes de vie et nos produits de consommation se ressemblent bien souvent d’un pays à l’autre, et nos cultures se complètent harmonieusement. Il y a plus d’affinités entre un Québécois et un Chilien qu’entre un Québécois et un Français. Et puis, il faut l’avouer sans honte, nous aimons bien nous ressourcer, de temps en temps, sur la plage d’une mer chaude sous le soleil des Antilles, à Cuba, en République dominicaine, au Mexique ou sur une île tout autour.  

Récemment le président mexicain Andrés Manuel López Obrador (AMLO) a convoqué le VIe Sommet de la Communauté des États latino-américains et des Caraïbes (CÉLAC). Trente-deux pays étaient présents, soit la totalité des pays de cette vaste région, sauf le Brésil qui s’est lui-même exclu pour refuser de côtoyer des pays comme Cuba, le Nicaragua, le Venezuela, la Bolivie ou le Pérou qui refusent de se soumettre aux diktats des États-Unis. Rappelons que le Brésil a été le seul pays, avec les États-Unis et Israël, à voter contre la levée du blocus économique et financier contre Cuba. 

Malgré les différences idéologiques marquées entre les gouvernements de la région, AMLO a réussi le tour de force de faire consensus autour de plusieurs grands projets, comme celui de faire de l’Amérique latine et les Caraïbes un territoire de paix, libre d’armes nucléaires, l’entraide et la coopération dans la lutte à la covid-19 ou la non-intervention dans les affaires internes des pays, contrairement à ce qui se passe avec l’OÉA, une création 100% étatsunienne pour mieux contrôler ce que l’empire considère comme son arrière-cour et sa chasse-gardée. 

Un tour de force parce que la CÉLAC — le dernier sommet remonte à 2017 — était plus ou moins moribonde et que les tentatives antérieures d’unification et d’intégration économique avaient échoué à cause de l’extrême polarisation des forces en présence. Comment, en effet, réunir autour d’une même table le Venezuela de Maduro et la Colombie d’Ivan Duque ? Le Paraguay et Cuba ? Le Chili et la Bolivie qui revendique depuis longtemps à ce pays un passage vers le Pacifique ? 

Cette chasse-gardée commence à perdre son étanchéité puisque la Chine s’intéresse de près à cette région et elle a manifesté, à l’occasion de ce VIe sommet, son désir de collaborer avec la CÉLAC. Une approche tout à fait différente de celle des États-Unis, sans aucune volonté d’imposer ses vues et ses modèles de développement, sans implantation d’aucune base militaire sur ce territoire. Car le seul pays aujourd’hui qui menace la paix et la souveraineté des peuples, c’est les États-Unis, avec ses centaines bases militaires dispersées un peu partout sur la planète, sa marine de guerre présente sur tous les océans, dont les soldats sont prêts à envahir n’importe quelle parcelle de terre en un rien de temps, son armée de l’air passée maître dans l’art de bombarder sans discernement comme on l’a vu en Afghanistan, ses canons, fusées et drones prêts à faire feu sur tout ce qui peut menacer son hégémonie, ses satellites qui espionnent toutes les communications, etc. 

Si un jour, pas trop lointain j’espère pour que je puisse y assister, le Québec devient un pays libre et souverain, il pourrait fort bien se joindre à la CÉLAC et participer aux efforts d’intégration commerciale, économique et culturelle des Amériques. Je serais prêt à y participer et à vous convaincre que nous avons tout à gagner à nous unir dans le respect de nos différences et nos identités.