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Le combat d'une mère pour protéger sa fille

GEN - KARINE MERCIER
Photo Martin Alarie Karine, mère de L.

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C’est une famille en apparence sans histoire comme il en existe des milliers d’autres : un papa, une maman, deux enfants et une maison de banlieue. Mais voilà que Karine, la mère en question, entre en contact avec moi la semaine dernière. 

Elle veut me parler de sa petite deuxième, qui vient d’entamer son secondaire. Je la désignerai par la lettre L. puisque la mère et la fille craignent des représailles. Karine veut me raconter son histoire et surtout, le combat qu’elle mène pour sa fille depuis son entrée au primaire. 

Différente

« Dès la première année, j’ai réalisé que L. était différente. » S’en suivent les diagnostics : TDAH, trouble de l’opposition, trouble de l’impulsivité, trouble anxieux, modulation sensorielle. Karine ne faiblit pas devant cette liste d’épicerie qui ferait fléchir beaucoup de monde. Non. Sa fille, elle me le répétera souvent, c’est son paquet d’amour. Et elle l’accompagnera coûte que coûte. 

Karine est une mère lionne. Alors quand sa petite revient de l’école en larmes, elle veut l’aider, elle veut trouver des solutions. Mais tout l’amour du monde, toutes les rencontres de profs, tous les entretiens avec les directions d’école ne parviennent pas à venir à bout de l’intimidation dont L. est l’objet. 

À 7 ans, L. n’en peut plus de ne pas être comme les autres enfants. Elle dit à sa mère qu’elle aimerait mieux être morte. Karine est bouleversée et décide de changer sa fille d’école. La petite termine son primaire dans un climat relativement sain et c’est le cœur rempli d’espoir qu’elle entame son secondaire. 

L’espoir est de courte durée. Dès la rentrée, L. devient le souffre-douleur de ses camarades. Quand je demande à Karine si les profs et la direction interviennent, elle baisse les yeux. Les autres enfants font souvent ça en cachette. 

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Parlez à vos enfants

J’ai parlé à L. Derrière l’écran de l’ordi de sa mère, elle me dit d’une voix assurée qu’elle en a assez et qu’elle a des choses à dire aux ados, mais aussi à leurs parents. « Je veux leur dire que oui je suis différente, mais que je suis un être humain. Ça s’attrape pas ce que j’ai, et ce n’est pas en m’humiliant et en me traitant de noms non-stop que je vais arrêter d’être comme je suis. » 

L. veut que l’intimidation s’arrête. Parce que malgré la médication et les thérapies, elle restera toujours dans la marge. Mais c’est une jeune fille qui aime l’école. Elle a de bonnes notes. L. a des rêves. Elle aspire à quelque chose. Elle veut devenir quelqu’un. 

Sauf que Karine craint le pire. Parce que passé les grandes portes de l’école secondaire qu’elle fréquente, elle ne peut plus rien pour protéger sa fille. Karine a beau rugir, elle a peur de la perdre. « J’ai peur qu’elle ne passe pas au travers. J’ai peur qu’elle sombre et que tous ses rêves soient brisés. Pour le moment, elle est forte, et elle est bien entourée. Mais je suis inquiète pour les enfants comme elle qui n’ont pas cette chance. »

Ce que demandent L. et sa maman, aujourd’hui, c’est qu’on ait une prise de conscience collective. Il faut accueillir les enfants différents avec empathie et bienveillance. « Parlez à vos enfants », demande Karine. Quant à L., elle veut que les gens comprennent que les mots, ça fait mal. « Ça peut même tuer. »