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Coupe Ryder: victoire historique

Les États-Unis écrasent l’Europe 19-9 à Whistling Straits

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Photo AFP Les Américains avaient le cœur à la fête après avoir reçu la traditionnelle Coupe Ryder.

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SHEBOYGAN, Wisconsin | L’équipe américaine a livré un message aussi limpide que l’eau du lac Michigan à cette 43e édition de la Coupe Ryder, sur leur terrain de jeu de Whistling Straits. Ils seront difficiles à battre au fil des deux prochaines décennies. 

Dans une troisième journée de domination dimanche, ils ont couronné une semaine quasi parfaite en établissant un nouveau record dans le format actuel du prestigieux tournoi biennal. Au pointage final, après avoir remporté sept des 12 duels en simple, ils ont écrasé les Européens 19 à 9. Du jamais-vu depuis 1979. 

Et l’écart de 10 points représente aussi la nouvelle marque à battre. Comme plusieurs Européens l’ont répété, dont le capitaine Padraig Harrington, les États-Unis ont livré un jeu sans faille en exécutant leur mission à la perfection.

Ils ont ainsi pris leur revanche sur l’amer affront encaissé à Paris il y a trois ans, une défaite de 17,5 à 10,5. 

Ce n’est que le début d’une nouvelle ère puisque huit des 12 membres de cette équipe championne sont âgés de moins de 30 ans. 

« Le travail n’est pas terminé. Ce n’est qu’une des nombreuses victoires à venir, a assuré Jordan Spieth, comptant déjà trois participations au tournoi à 28 ans. Il fallait gagner cette édition. C’est un énorme tremplin pour ce groupe, car nous nous connaissons presque tous depuis l’école secondaire ». 

« C’est une chose de gagner chez nous, mais c’est difficile d’y arriver en Europe, a-t-il rappelé avec l’étoffe d’un champion. Si nous pouvons jouer là-bas en 2023 comme nous l’avons fait cette semaine, le score pourrait être semblable. Nous sommes bâtis pour ça. »

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Entrée de virage réussie

Alors que la formation américaine avait annoncé un virage générationnel à cette édition chez elle, c’est la jeune vedette et recrue de la Coupe Ryder Collin Morikawa qui a enfoncé le clou final dans le cercueil européen en milieu d’après-midi. 

La scène est survenue sur l’intimidante normale 3 de 223 verges au 17e. La balle de son éclatant coup de départ s’est arrêtée à trois pieds du fanion. En réussissant son roulé sous les assourdissants chants « USA, USA, USA » de la foule, il sécurisait ainsi le demi-point nécessaire pour atteindre la barre victorieuse des 14,5 points et ravir le trophée doré aux Euros. 

Mais dans leur plan de match, les hommes de Steve Stricker avaient comme mission de poursuivre le massacre une fois la coupe en poche. C’était leur manière de passer le message et réécrire l’histoire. 

Vétéran et meneur de l’équipe, Dustin Johnson a terminé avec force en signant sa cinquième victoire de la semaine, notamment grâce à huit oiselets dans un match serré face à Paul Casey. 

Avec sa fiche parfaite, il a rejoint Gardner Dickinson, Arnold Palmer et Larry Nelson à réaliser l’exploit en une même édition.

Des fleurs à Stricker

« Il faut être honnête, le capitaine “Strick” a fait un boulot incroyable en nous mettant dans la meilleure position pour gagner des matchs », a remercié DJ sur un ton joyeux en conférence de presse, visiblement éméché par l’alcool. Il en a aussi profité pour remercier ses coéquipiers en duels, Xander Schauffele et Morikawa. 

DJ a aussi souligné l’étincelante performance de Scottie Scheffler qui s’est payé nul autre que le meneur mondial, Jon Rahm. En ravissant les quatre premiers trous, son départ sur les chapeaux de roue a été la bougie d’allumage de cette journée peinturée en « red, white and blue ». 

« Nos recrues n’ont pas joué comme des recrues. Les gars se sont présentés et ils ont fait le boulot. Nous avons tous un sentiment commun. Nous détestons perdre. Ça nous a réunis et nous avons montré par notre jeu que nous voulions gagner », a relaté Johnson.

Stratégique

Stricker a effectivement tiré les bonnes billes. Il a composé des paires efficaces afin de surligner les forces de chacun. Avec toute la profondeur de sa talentueuse formation, il a manœuvré comme un maître. Selon ses dires, il avait sous les mains « la meilleure formation de tous les temps ». 

« Depuis qu’on m’a nommé capitaine il y a trois ans, je voulais que ce soit une semaine spéciale pour ces joueurs. J’ai fait partie d’équipes gagnantes et perdantes dans ce tournoi. Je sais comment il peut se dérouler », a raconté le capitaine qui a participé trois fois à cette compétition. Il a gagné la coupe une fois. 

« Ils devaient savourer leur expérience. À ce que l’on peut voir et entendre dans cette conférence de presse, je crois qu’ils ont vraiment aimé jouer dans cette équipe. » 

Natif du Wisconsin et résidant à Madison, à environ deux heures de route de Whistling Straits, il ramène donc le précieux trophée en sol américain, chez lui.   

Résultats des matchs de dimanche  

McIlroy essuie des larmes 

Ce tournoi de la Coupe Ryder est une démonstration de l’esprit sportif entre deux camps passionnés. Les émotions sont à fleur de peau pour représenter sa nation avec hargne. Rory McIlroy a parlé avec le trémolo dans la voix, dimanche. 

Le Nord-Irlandais n’a certainement pas montré sa meilleure forme durant la dernière semaine à Whistling Straits. Il a éprouvé des problèmes dans les duels en équipes, lessivé à trois reprises. 

Lancé dans la mêlée de dimanche pour ouvrir la voie chez les Européens en simple, il a répondu avec brio. Il a remporté son match face à Xander Schauffele et accompli sa mission quotidienne. Ainsi, il a pu aider son équipe en sérieuses difficultés et ne pas quitter le Wisconsin bredouille. 

Authentique « Rory » a parlé avec émotions à sa sortie du parcours. 

« Ce fut une semaine difficile, a lâché en retenant ses larmes celui qui a essuyé une pluie de critiques. J’aime mes coéquipiers et cette équipe. Chaque fois que je participe à cet événement, je réalise qu’il n’y en a pas de meilleur dans le monde du golf. Aucun. » 

« Mes sentiments sur cette édition sont partagés, a-t-il poursuivi. Je suis content d’avoir inscrit un point au tableau pour l’Europe, mais je suis très déçu de ne pas avoir réussi à y arriver plus vite. 

« C’est vraiment dommage. C’est décevant de perdre et de ne pas être compétitif. J’ai eu deux belles opportunités auparavant qui auraient pu nous sortir du trou, mais je n’ai pas été en mesure de le faire. C’est décevant. » 

Pour son capitaine

À sa sixième présence à ce rendez-vous biennal qu’il a remporté quatre fois, il aurait souhaité en faire plus pour son équipe, mais aussi pour son capitaine. « C’était son tour. Il a réalisé une grande carrière et j’aurais voulu qu’il la couronne avec ce trophée dans cette fonction. C’est ce qui me rend aussi émotif. » 

Selon lui, la dégelée encaissée sur le parcours ne représente pas l’état d’esprit qui régnait dans un vestiaire uni. 

La conférence de presse des perdants l’a prouvé. Plutôt que de tomber dans le trou qu’ils s’étaient creusé depuis vendredi matin, ils ont gardé l’atmosphère légère et plaisante avec des blagues et des rires. 

Revanche 

Reconnu pour son côté abrasif, le journaliste américain Alan Shipnuck a pris sa revanche au grand plaisir de tous. À Paris en 2018, Rory l’avait pris à partie sur une note humoristique dans ce même point de presse. Il avait souligné haut et fort l’écrasante victoire européenne. 

Cette fois, le journaliste s’y est pris de la même façon. Il l’a cherché sur le podium et lui a demandé le surnom du septième trou du Straits. 

Rory s’est levé et a répondu avec aplomb et amusement : « Shipwreck ». La traduction : naufrage ! 

De la bouche même de l’un des leaders, Shipnuck a réussi à définir la performance européenne. 

En direct du « Straits » 

Mains liées

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Il faut être juste avant de lancer le chaudron entier de sauce tomate au capitaine européen Padraig Harrington. En vertu du processus de sélection, l’Irlandais avait les mains liées. Il devait composer avec les qualifiés de la liste européenne. L’émergence de Lee Westwood à la fin de l’hiver et au printemps a aussi brouillé les cartes. Il ne comptait certainement pas sur une main pleine comme son rival. Dans son alignement, il misait sur 4 golfeurs dans le top 20 mondial. Stricker en avait 11. Scottie Scheffler figurait au 21e rang... « Mes gars ont fait tout ce qu’on leur a demandé. La réalité, c’est que les Américains ont mieux joué que nous. C’est une petite consolation. Je suis satisfait de mes décisions tout au long de l’aventure », a soutenu Harrington.

Hormis Rahm et Garcia, ses grosses pointures n’ont pas fait le travail. Et la flamme du « Postman » Poulter n’a jamais vraiment brûlé. Celui-ci a toutefois signé une victoire en simple pour sauver la face et fort possiblement mettre un terme à sa carrière à la Coupe Ryder sur une bonne note personnelle. Il faut maintenant s’attendre à le voir passer chez les cocapitaines. 

Malgré tout, les Européens ont trouvé le moyen de sourire et d’avoir du plaisir en réponse à certaines questions en conférence de presse. 

« L’Accord de Whistling Straits »

Au terme d’une semaine fertile en émotions et d’un carnage américain aux dépens des Européens sur le parcours, il appert que Brooks Koepka et Bryson DeChambeau ont fait la paix. Peut-on surnommer cet armistice « L’Accord de Whistling Straits » ? On a vu Koepka se diriger vers son compatriote pour lui serrer la main et lui faire une accolade après la victoire. Ils l’ont refait à la demande de leurs coéquipiers en fin du point de presse festif en soirée.

Les deux golfeurs auraient même souhaité former une paire lors des séances de vendredi et de samedi, mais Stricker n’aurait pas accepté. Si le scénario s’était concrétisé, il y a fort à parier que cette paire aurait été surnommée « Brooksy », un clin d’œil aux mauvaises langues qui narguaient DeChambeau depuis des mois. Après tout, le duo de Tommy Fleetwood et Francesco Molinari avait bien été baptisé « Moliwood » en 2018. 

Des recrues efficaces

Steve Stricker martelait depuis la composition finale de son équipe que malgré la présence de 6 recrues dont Collin Morikawa, il ne pouvait les définir ainsi en raison de leurs expériences personnelles. Ces recrues ne l’ont pas fait mentir, car elles ont été impliquées dans 13,5 points de l’équipe américaine en totalisant 15 victoires. Dans le camp européen, les trois membres qui ont vécu leur baptême de feu ont enregistré 2 points.

Bombe de 354 verges

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Bryson DeChambeau a créé plusieurs surprises durant ce tournoi de la Coupe Ryder. Non seulement a-t-il catapulté un coup de départ de 417 verges lors de la première journée de compétition sur la longue normale 5 du 5e fanion afin d’inscrire un spectaculaire aigle, mais, dimanche, il a commencé sa ronde avec un autre coup d’éclat dès le premier tertre. 

Sa pauvre balle a franchi 354 verges en atterrissant directement sur le vert. Le voir descendre du tertre avec son fer droit en main, pointé au ciel pour remercier la foule, était pour le moins loufoque. Il a ensuite calé son roulé de 41 pieds pour l’aigle en prenant rapidement les devants sur Sergio Garcia.