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De douloureuses leçons

De douloureuses leçons
Photo AFP

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Elles surviennent rarement ces journées où tout se précipite et où les coupables du matin sont libres et dorment dans leur lit le soir venu. Le thriller qu’a été l’enchaînement de remises en liberté vendredi se regarderait bien au cinéma. Dans la vraie vie toutefois, une série de douloureuses leçons doivent être tirées du ballet judiciaro-
diplomatique qui s’est terminé par un grand écart pour le Canada.

Reconnaissons que cette histoire, dès le départ, était tordue. La directrice financière de Huawei faisait face, entre autres, à des accusations de violation de sanctions contre l’Iran. Les États-Unis multiplient les blâmes du genre : en 2015, par exemple, la Deutsche Bank a dû payer un quart de milliard de dollars d’amende pour une infraction similaire. Aucun de ses dirigeants n’a été arrêté où que ce soit dans le monde. Pourquoi Meng Wanzhou cette fois ?

Cela dit, la femme de 49 ans, en reconnaissant hier devant un juge américain qu’elle avait trompé une institution financière afin que celle-ci fasse affaire avec une filiale iranienne de Huawei, a ainsi confirmé que la justice américaine avait de bonnes raisons d’être sur son dos. Pas si innocente, la madame Meng !

Comprenons ensuite – et une fois pour toutes – qu’il faut prendre ce qui se dit à Pékin avec méfiance. Les autorités communistes juraient sur toutes les tribunes qu’il n’y avait aucun lien entre la détention de Meng Wanzhou et l’arrestation, neuf jours plus tard, de Michael Kovrig et Michael Spavor.

Pourtant, sans processus judiciaire, sans qu’un juge n’intervienne, sans qu’on ne sache finalement pourquoi, les deux Michael ont été libérés dès que l’héritière de l’empire Huawei quittait sa prison dorée de Vancouver. La détention arbitraire des deux Canadiens s’est conclue, comme le planifiaient les Chinois, en échange de prisonniers. De la diplomatie d’otages pure et simple !

Le privilège de vivre dans un état de droit

Soyons fiers, par ailleurs de notre système de justice ! Nous avons été pris dans les désamours de deux géants, mais sommes parvenus, malgré tout, à préserver nos valeurs et notre dignité.

Pendant que Michael Kovrig et Michael Spavor étaient emprisonnés à l’étroit, isolés, intimidés, Meng Wanzhou attendait son sort dans une résidence surveillée de dix millions de dollars, lisant des romans et faisant de la peinture.

Ottawa, vendredi, a remis sa captive en liberté, après avoir relevé que « le département américain de la Justice avait retiré la demande d’extradition de Meng Wanzhou aux États-Unis (et que) rien ne justifiait la poursuite de l’instance d’extradition ». La loi est claire... ici au moins.

La faute à Trump « one more time »

Cela dit, les Canadiens se sont fait avoir deux fois plutôt qu’une. La volonté américaine de limiter la domination planétaire de Huawei en 5G ne respecte pas de frontières ; les deux Michael s’en sont péniblement rendu compte.

Sauf que, comme le veut l’expression, la justice aurait pu suivre son cours, si Donald Trump, à l’époque, n’avait pas laissé entendre que les accusations contre Meng Wanzhou pourraient être abandonnées si Xi Jinping consentait à un des « deals » commerciaux qu’il chérissait tant. Allez convaincre les Chinois, par la suite, qu’il n’y avait rien de politique dans tout cela !

Pékin et Washington ont fini par s’entendre. D’ici à la prochaine chicane, Ottawa a intérêt à prendre du muscle et à soigner ses alliances. Face à deux brutes, vaut toujours mieux avoir beaucoup d’amis !