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Visages de notre histoire: portrait de Mary Travers, dite La Bolduc (1894-1941)

Portrait de Madame Édouard Bolduc 
avec son violon en 1929.
Photo courtoisie,Musée de la Gaspésie. Fonds Madame Édouard Bolduc. P11/6/a/29. Portrait de Madame Édouard Bolduc avec son violon en 1929.

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Un début de carrière impromptu

Fille de Lawrence Travers et d’Adéline Cyr, Mary Rose Anna Travers naît à Newport en Gaspésie le 4 juin 1894. Enfant, elle joue avec son père du violon, de l’accordéon et quelques autres instruments à l’oreille pour égayer des soirées aux sonorités franco-irlandaises. Comme bien des jeunes filles de familles pauvres, elle quitte son village natal à 13 ans pour travailler d’abord comme domestique à Montréal, puis comme ouvrière dans une usine de textile. À 20 ans, elle épouse Édouard Bolduc. Entre les fausses-couches, les maladies des enfants, dont plusieurs décèdent en bas âge, le chômage de son mari et la tentative peu fructueuse de trouver du travail aux États-Unis, la vie de Mary Bolduc n’est pas rose. Malgré les difficultés, elle garde foi en l’avenir, qui lui offre des opportunités inattendues. Vers 1928, elle remplace au pied levé un violoniste de la troupe de folklore de Conrad Gauthier. C’est le début d’une fabuleuse carrière ! 

Réalisations

Chanter le quotidien des « petites gens » 

File d’hommes devant 
le Refuge Meurling
Photo d'Archives de la Ville de Montréal VM94-Z473
File d’hommes devant le Refuge Meurling

Peu après ses premières prestations en public et en rediffusion à la radio de CKAC, Mary Bolduc signe un premier contrat avec Roméo Beaudry de la compagnie de disques Compo. Comprenant ses compositions humoristiques comme La Cuisinière et quelques classiques du folklore, ses premiers disques sous l’étiquette Starr lancent sa carrière, dès 1929. Rare artiste à obtenir du succès durant les années 1930, Mary Bolduc chante Ça va venir, Découragez-vous pas, permettant aux chômeurs d’espérer des jours meilleurs. Voyant une mère de famille en tournée à travers le Québec, l’Ontario et la Nouvelle-Angleterre, certains y voient un esprit d’indépendance outrepassant les normes, ce qui lui vaut ce surnom péjoratif de « La Bolduc ». Répondant à ses détracteurs avec La Chanson du bavard, elle enchaîne les engagements pour soutenir financièrement sa famille. Grâce à son travail acharné, elle donne naissance à la musique folklorique du Québec moderne. 

Héritage 

L’héritage de la reine des chanteurs folkloriques 

Portrait de Madame Édouard Bolduc 
avec son violon en 1929.
Photo courtoisie, Maude Bouchard-Dupont

Si Mary Bolduc obtient un succès sans précédent, il est malheureusement de courte durée. Lors d’un séjour à l’hôpital après un accident de voiture en 1937, son médecin découvre une tumeur cancéreuse, ce qui l’amène à suivre des traitements à l’Institut du Radium (l’actuelle bibliothèque Maisonneuve), non loin de sa demeure sur l’avenue Létourneux. Malgré les bons soins, elle décède le 20 février 1941. L’artiste autodidacte laisse à la postérité quelque 84 enregistrements de chansons et au moins 56 autres en collaboration. Elle qui a su conjuguer avec brio la musique traditionnelle de sa famille franco-irlandaise avec des observations piquantes de son quotidien de ménagère devient officieusement la reine des chanteurs folkloriques canadiens. Connue pour ses célèbres « turluttes » (vocalisations sans signification), elle est une source d’inspiration pour de nombreux artistes, de Clémence DesRochers à Luc Plamondon. Faisant l’objet d’études, de documentaires et même d’un film, Mary Bolduc est devenue une légende de la musique québécoise.