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Un organisme des Desmarais joue les entremetteurs pour les Chinois

Des diplomates du régime de Pékin invités à courtiser les entrepreneurs d’ici

Cong Peiwu, ambassadeur chinois au Canada
Capture d'écran L’ambassadeur chinois au Canada Cong Peiwu a participé à l’événement virtuel.

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En pleine guerre diplomatique avec le Canada après la détention arbitraire des deux Michael, la Chine vient courtiser les gens d’affaires d’ici grâce aux bons soins du Conseil d’affaires Canada-Chine, créé et financé par le clan Desmarais. 

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Hier, les entrepreneurs canadiens et québécois pouvaient participer à un événement sur le 14e plan quinquennal du gouvernement chinois afin de saisir « les opportunités d’affaires ». 

À l’intérieur de ce plan, le gouvernement de Xi Jinping détaille les grandes priorités et les secteurs à surveiller, notamment l’éducation, l’énergie, la sécurité et l’agroalimentaire. 

Cet événement était organisé par le Conseil d’affaires Canada-Chine, un groupe de gens d’affaires mené par la famille Desmarais (voir autre texte plus bas). 

La proximité entre celle-ci et l’Empire du Milieu n’est plus à démontrer. 

Il y a quelques jours, l’ancien premier ministre Brian Mulroney avait d’ailleurs proposé d’envoyer Jean Chrétien et André Desmarais comme émissaires pour dénouer l’impasse face à la détention des deux Michael. 

Ambassadeurs en vedette

Invité de marque de l’événement virtuel, l’ambassadeur chinois Cong Peiwu a rappelé l’importance de la relation économique entre le Canada et la Chine. 

« Notre relation d’affaires s’est raffermie en 2020 malgré les impacts de la COVID-19. Avec le plan quinquennal, la Chine aura plusieurs opportunités pour les entreprises canadiennes », a-t-il rappelé dans une intervention enregistrée à l’avance. 

Malgré la dégradation de la relation avec le Canada, l’ambassadeur a souligné que la relation était basée sur « le respect et les bénéfices mutuels ». 

Pendant le séminaire, l’ambassadeur canadien en Chine, Dominic Barton a aussi pris la parole et a fait valoir l’intérêt d’investir en Chine. 

« Comme vous le savez, les dernières années ont été très difficiles pour nos relations bilatérales avec la Chine en raison de la détention arbitraire de Michael Spavor et Michael Kovrig », a-t-il rappelé. 

« Mais la Chine demeure le deuxième partenaire économique du Canada. Il s’agit de la deuxième économie du monde », a-t-il poursuivi. 

Présence de Huawei

À la mi-septembre, la Conférence de Montréal, un autre événement présenté par Power Corporation, qui a reçu près de 2 millions de dollars de fonds public de toutes sortes, avait accordé une place à l’entreprise chinoise Huawei lors de son événement.

Lors de la conférence, une séance s’est penchée sur les « principaux défis rencontrés en matière de cybersécurité » avec deux dirigeants de Huawei, soit son vice-président Steve Liu, et sa directrice exécutive, affaires publiques au Canada, Sabrina Chartrand. 

Questionné sur Huawei, hier, le premier ministre Justin Trudeau a confirmé qu’une réflexion est entamée à propos de l’entreprise. 

« Évidemment, on a maintenant des réflexions à faire par rapport à nos relations avec la Chine et avec le monde, y compris la question sur Huawei, et on va prendre la décision en bonne et due forme pendant qu’on est en train de travailler sur le plan pour le prochain mandat. » 

Le Conseil d’affaires Canada-Chine, une affaire de famille 

Francis Halin, Le Journal de Montréal

Power Corporation, Bombardier et SNC-Lavalin font partie de la poignée d’entreprises engagées du Conseil d’affaires Canada-Chine (CCBC), qui se veut être le « principal porte-parole des entreprises canadiennes en Chine ».

Son président fondateur est feu Paul Desmarais père, proche des libéraux, qui a longtemps été à la tête de l’empire Power Corporation.

Son président honoraire est André Desmarais, président délégué du conseil de Power Corporation et conjoint de France Chrétien, fille de l’ex-premier ministre libéral Jean Chrétien.

Le conseil d’administration du Conseil d’affaires Canada-Chine est présidé par Olivier Desmarais, premier vice-président de Power Corporation, qui a d’importants intérêts en Chine.

Filière libérale

Aujourd’hui, le CCBC a son siège social à Toronto sur Bay Street. Il faut payer 15 000 $ + taxes par année pour être considéré comme étant un membre « bienfaiteur ». 

Ces cinq dernières années, la société d’État fédérale Exportation et développement Canada (EDC) a injecté plus de 175 250 dollars dans le CCBC.

Le conseil a aussi comme président Graham Shantz, qui a eu des postes au ministère des Finances et au Bureau du Conseil privé. 

Les vice-présidents du conseil d’administration du Conseil d’affaires Canada-Chine sont Scott Brison, ex-président du Conseil du Trésor, et Martin Cauchon, ancien ministre fédéral de la Justice.

On retrouve des administrateurs comme Morgan Elliott, vice-président des affaires gouvernementales de Huawei Canada et James Moore, ex-ministre canadien de l’Industrie. 

Le Conseil d’affaires Canada-Chine n’a pas répondu à nos demandes d’entrevue.

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