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À Washington, on joue à la poule mouillée

À Washington, on joue à la poule mouillée
Photo AFP

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Dans un Congrès sous haute tension, les confrontations entre les partis et entre démocrates risquent de faire plus de perdants que de gagnants.

Au jeu de la poule mouillée, deux forts en gueule risquent la catastrophe pour démontrer qui est le plus dur des deux.

Par exemple, deux automobilistes foncent l’un vers l’autre et le premier qui tourne est la « poule mouillée ». Dans une scène du film de James Dean, Rebel Without a Cause, deux protagonistes filent vers une falaise et le premier à sauter de sa voiture est « perdant ». 

Si chacun insiste pour jouer au dur ou si un imprévu survient, ça finit très mal.

Des jeux politiques risqués

Ce jeu est aujourd’hui plutôt populaire à Washington. Qu’il s’agisse du relèvement du plafond de la dette, du financement du gouvernement ou des mégaprojets de lois sur les infrastructures, plusieurs politiciens semblent plus intéressés à démontrer leur fermeté qu’à faire des compromis dans l’intérêt général.

Or, s’il est risqué de s’engager dans ce genre de jeu, il peut devenir carrément périlleux d’en jouer plusieurs simultanément, comme c’est le cas présentement.

Chicanes au bord de l’abyme

La semaine dernière, les républicains ont bloqué un projet de loi visant à garder le gouvernement en marche et à rehausser le plafond de la dette (pour éviter, entre autres menus inconvénients, une crise financière globale).

Normalement, c’est de la routine. Sous l’administration précédente, les démocrates n’ont jamais fait obstacle au relèvement du plafond de la dette et la seule fermeture du gouvernement est survenue quand Trump insistait pour financer son mur fétiche.

Une loi d’urgence devrait faire éviter la fermeture du gouvernement, mais l’épée de Damoclès d’un vote sur la dette restera quand même au-dessus du système financier jusqu’à l’échéance de la mi-octobre.

Des infrastructures hyperpolitisées

L’autre jeu de la poule mouillée porte sur deux immenses projets de loi omnibus. Il oppose les factions progressiste et modérée du Parti démocrate. Les enjeux sont énormes et ça joue dur.

Les progressistes ont introduit un programme d’innovations sociales et environnementales de 3500 milliards $, auquel les républicains s’opposent en bloc. Il faut donc l’unanimité des démocrates pour l’adopter, mais quelques démocrates « modérés » souhaitent en réduire la portée.

Pour prévaloir, les progressistes de la Chambre des représentants ont menacé de faire couler les 1900 milliards $ d’investissements en infrastructures physiques déjà approuvés par le Sénat, si les démocrates du Sénat n’approuvent pas d’abord le projet plus ambitieux.

Si personne ne cède, le bilan de Biden risque d’être bien mince et la leader démocrate de la Chambre, Nancy Pelosi, a décidé de défier son aile gauche en forçant un vote d’abord sur les infrastructures physiques.

Le chemin qui mènera à un compromis est parsemé de pièges pour les démocrates, qui doivent absolument tirer le maximum de leur mince majorité, mais qui risquent de se retrouver avec rien du tout si l’ambition de chacun l’emporte sur les intérêts de tous.