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Cessons d’intimider les autistes!

Cessons d’intimider les autistes!

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Comme la vaste majorité des Québécois.e.s, j’ai été outrée d’apprendre que des adolescents avaient forcé un jeune autiste à manger des excréments de chien dans un parc de Shawinigan en août dernier.  

Se pensant « drôles », ces petits « comiques » ont fait subir un traitement dégradant à un jeune sans défense et poussé l’odieux jusqu’à filmer la scène et à la diffuser sur les réseaux sociaux. 

Mais moi, j’avais une raison particulière d’être en colère. Voyez-vous, j’aurais pu être la jeune victime. Vous aurez compris que je suis moi-même autiste. Contrairement à l’image répandue chez les neurotypiques, nous, les autistes, ne sommes pas forcément comme des enfants qui piquent des crises ou qui se frappent violemment la tête contre le mur. Nous sommes des gens qui semblons, a priori, être tout ce qu’il y a de plus ordinaires, mais qui avons la particularité d’être nés avec un cerveau qui est branché différemment et qui, par conséquent, interprète différemment les signaux en provenance de l’environnement. 

Nous avons tous nos particularités qui font de nous des êtres uniques et certain.e.s d’entre nous ont de belles réalisations à leur actif. Moi, par exemple, j’ai complété un baccalauréat et deux maîtrises et ai fait de nombreux voyages dans des pays comme la Géorgie, la France, l’Italie, les États-Unis, le Chili, la République dominicaine et Cuba au cours des dernières années. 

Des effets dévastateurs sur l’estime de soi

Or, je suis parfaitement consciente que notre maniérisme, notre naïveté sociale, notre difficulté à dire non, notre façon un peu particulière de nous exprimer et nos nombreux tics font de nous, les autistes, des cibles de choix pour les intimidateurs de tout acabit. 

La violence à notre égard n’est, malheureusement, pas forcément physique. Elle peut prendre des formes plus insidieuses, comme, par exemple, être le dernier ou la dernière à être sélectionné.e lorsqu’on fait les équipes dans le cours d’éducation physique à cause de nos problèmes de coordination motrice, se faire parler avec le bec en cul-de-poule parce que notre langage châtié fait forcément de nous des snobs ou ne pas être invité.e à la fête d’anniversaire de nos petit.e.s ami.e.s de l’école parce qu’on a définitivement l’air bizarre... 

À force d’avoir vécu toutes ces microagressions à des âges aussi critiques que l’enfance et l’adolescence, nous, les autistes, avons fini par nous demander si nous avions un problème, ce qui a eu un effet dévastateur sur notre estime de soi. La mise au ban de la société dont sont victimes les autistes se poursuit, malheureusement, à l’âge adulte. Ainsi, certain.e.s autistes ont de la difficulté à décrocher un emploi ou occupent un poste pour lequel iels sont surqualifié.e.s. 

Dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre, il s’agit d’un véritable gâchis. Les autistes ont, en effet, des forces et des capacités qui feraient le bonheur de certains employeurs qui seraient prêts à leur donner une chance. Il est donc grand temps que cessent la violence et l’intimidation envers nous, les autistes. 

Nous sommes, nous aussi, des êtres humains qui avons droit au respect et à la protection de notre dignité. 

Chloé Jacob, Porte-parole Ado-Spectrum, OBNL dont la mission est l’épanouissement et le développement des adolescents autistes www.ado-spectrum.com

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