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La lutte à distance contre Al-Qaïda en Afghanistan quasi impossible, selon élus et experts

La lutte à distance contre Al-Qaïda en Afghanistan quasi impossible, selon élus et experts
AFP

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Le gouvernement de Joe Biden affirme qu’il va empêcher une résurgence d’Al-Qaïda en Afghanistan par des frappes aériennes menées à distance, mais experts et élus s’accordent à considérer l’exercice comme quasiment impossible, compte tenu notamment de la géographie.

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En annonçant en avril le retrait total des forces étrangères d’Afghanistan, d’où avaient été organisés les attentats du 11 septembre, le président américain avait assuré que les États-Unis n’y permettraient pas un retour d’Al-Qaïda.

Depuis, le Pentagone assure régulièrement être capable de mener des opérations antijihadistes depuis «au-delà de l’horizon», c’est-à-dire des frappes aériennes lancées depuis une base américaine ou un porte-avions positionné dans la région.

«Les opérations au-delà de l’horizon sont difficiles mais absolument possibles», a encore affirmé mercredi le ministre américain de la Défense Lloyd Austin, qui était entendu au Congrès à propos du retrait d’Afghanistan.

«Les renseignements qui les permettent proviennent de sources diverses, pas seulement de troupes sur le terrain», a-t-il ajouté, alors que la dernière frappe de drone américaine en Afghanistan s’est révélée une erreur tragique, tuant 10 civils dont 7 enfants le 29 août à Kaboul.

Lloyd Austin a refusé d’en dire davantage publiquement, promettant aux élus de leur expliquer sa stratégie à huis-clos, mais de nombreux élus et experts doutent de l’efficacité de frappes à distance, alors que l’Afghanistan est un pays enclavé, à des milliers de kilomètres de la base américaine la plus proche.

« Bonne chance »

«Tuer des terroristes en Afghanistan depuis au-delà de l’horizon? Bonne chance», jugeait récemment James Holmes, professeur de stratégie maritime au Naval War College.

«Les opérations au-delà de l’horizon fonctionnent bien quand le champ de bataille se trouve à portée des forces maritimes ou aériennes» et un accès à des bases dans des États limitrophes peut aider, soulignait-il dans une tribune sur le site spécialisé 19fortyfive.

Or, rien de tout ceci ne s’applique à l’Afghanistan.

«Un avion partant d’une base aérienne du Golfe doit contourner par le sud l’espace aérien hostile de l’Iran, survoler la mer d’Arabie puis traverser plein nord l’espace aérien du Pakistan pour frapper des cibles en Afghanistan», explique cet ancien officier de la Navy.

«Un porte-avions a un avantage en termes de distance, puisque sa piste d’atterrissage mobile peut naviguer en mer d’Arabie, mais la capitale afghane Kaboul se trouve à plus de 1 100 km du point le plus proche sur la côte pakistanaise», poursuit M. Holmes.

«Un ravitaillement en vol sera indispensable», conclut-il.

Contrairement à la lutte contre le groupe État islamique en Irak et Syrie, menée en coopération avec le gouvernement irakien et les combattants kurdes, les États-Unis n’ont cette fois pas de base en Afghanistan ou dans un pays voisin, ni d’alliés sur le terrain, a rappelé mercredi l’élu républicain Mike Waltz.

« Accès négocié »

Des drones devront «consommer 70 à 80% de leur carburant avant même de s’approcher de la moindre cible», a souligné cet ancien soldat des forces spéciales, qui a notamment combattu en Afghanistan.

Les États-Unis, qui disposaient au début des années 2000 de bases militaires dans plusieurs pays limitrophes, notamment l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Kirghizstan, pour mener leurs opérations en Afghanistan, n’ont plus d’accès à ces pays d’Asie centrale, que Moscou considère comme son pré carré.

Le chef d’état-major américain, le général Mark Milley, a indiqué mercredi avoir récemment discuté de la question avec son homologue russe, le général Valéri Guérassimov. «Nous ne demandons pas une permission» à la Russie, a-t-il assuré aux élus de la Chambre des représentants, préférant le terme d’«accès négocié».

Le survol même de l’espace aérien afghan pose en outre des problèmes légaux, a noté l’élu démocrate Andy Kim, soulignant que l’Afghanistan est un pays souverain.

Le ministre de la Défense Lloyd Austin lui a assuré que les Etats-Unis avaient le droit de mener ces opérations mais il a refusé d’en dire plus publiquement, demandant là aussi à le faire à huis-clos.

Les talibans ont accusé mardi Washington de violer le droit international en faisant survoler l’Afghanistan par des drones. «Ces violations doivent être rectifiées et empêchées», ont-ils prévenu dans un communiqué.

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