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Le combat des enseignantes et des infirmières

Palmarès des écoles
Chantal Poirier / JdeM

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S’il y a un point positif qui résulte de l’événement COVID, c’est probablement la prise de conscience collective de l’importance de nos services publics. La constatation désolante de leur délabrement nous amène maintenant à vouloir investir dans leur amélioration.

Ainsi, la semaine dernière, le gouvernement Legault a annoncé sa «petite révolution» dans le milieu de la santé.

Même si notre système de santé me semble plus magané que notre système d’éducation, j’ai toujours pensé qu’il y avait une grande ressemblance entre le combat des infirmières et celui des enseignantes.

J’insiste ici sur le genre de la profession, car il s’agit d’une lutte typiquement féminine afin d’obtenir de meilleures conditions de travail. Enseignantes et infirmières: deux emplois où les femmes sont présentes en forte majorité. Un job qu’on appelle encore une vocation. Ce qui est loin d’être une coïncidence. Lorsque la vie vous prédestine à un rôle déterminé, vous devez être obéissant et reconnaissant.

Ce n’est donc pas le fruit du hasard si la surcharge de travail vécue au quotidien est devenue la norme. Quand l’empathie, la générosité, l’écoute et la patience font de vous un bénévole dans l’âme, il devient plus facile pour l’employeur d’abuser un brin.

Comparaison enseignantes-infirmières

Suite aux actions annoncées pour contrer la pénurie d’infirmières dans le réseau public, j’ai décidé de faire quelques parallèles avec la situation en éducation. 

1. «À la base du “problème” qui plombe le réseau de la santé, M. Legault a nommé le fait que 40% des infirmières travaillent à temps partiel.»

C’est aussi le cas d’un nombre important d’enseignantes.

Quel genre d’individu peut bien vouloir un boulot à temps partiel?

Une femme-mère-enseignante qui désire être présente, efficace et performante à la maison et au travail. Une femme à la recherche d’un équilibre de vie afin d’être à 100% pour ses enfants à la maison et «ses» enfants à l’école. Une enseignante qui se préoccupe du bien-être des enfants, qui comprend que l’état de sa santé, physique et surtout psychologique, a un impact immense sur sa qualité de vie et, par le fait même, sur la qualité de son enseignement.

Mais, en santé et en éducation, dans un argumentaire ayant comme objectif la culpabilisation des travailleurs, il est facile d’instrumentaliser les mots «patient» ou «enfant». Dans une gestion malsaine axée sur les résultats, certains pressent le citron un peu trop fort depuis des dizaines d’années, ce qui a eu pour effet de multiplier le nombre d’employés manquant de jus.

2. Réduire le recours au temps supplémentaire obligatoire (TSO)

Chez les infirmières, le TSO devait être utilisé lors de situations urgentes et exceptionnelles. Aujourd’hui, il s’agit d’une mesure habituelle et routinière.

Si le choix d’occuper un emploi à temps partiel permet de libérer du temps essentiel à la qualité de vie, le TSO vient nous emprisonner au travail. Le temps supplémentaire devrait être un choix. Il devrait aussi être rémunéré en conséquence. En 2019, ma collègue Daphnée Dion-Viens publiait un article sur la hausse vertigineuse du nombre de périodes de suppléance comblées par dépannage dans certains centres de services scolaires. Qu’est-ce qu’un dépannage? Du temps supplémentaire obligatoire.

Si un centre de services scolaire n’arrive pas à trouver des suppléants, il peut obliger une enseignante à prendre en charge une classe. Compte tenu du contexte en éducation, ce TSO ne fera qu’augmenter lors des prochaines années. Et comme chez les infirmières, cette mesure deviendra fort probablement la norme dans nos milieux. 

3. «Québec compte offrir, au cours de la prochaine année, des primes de 15 000$ aux infirmières qui sont restées dans le réseau public et à celles, au public toujours, qui accepteront des postes à temps plein.»

Imaginez, si on offrait une prime semblable aux enseignantes restées dans le réseau public et à celles qui voudraient dorénavant y travailler à temps plein... Il s’agit d’une approche comptable pathétique à court terme pour les unes (j’imagine qu’il faut dire merci au généreux donateur et fermer sa trappe sous peine de passer pour une ingrate) et d'un non-sens pour les autres qui ne font pas de l’argent une priorité dans leur vie.

4. Les départs d’infirmières pour les agences de placement privées.

Si les enseignantes ne peuvent pas partir pour des agences de placement privées, elles peuvent tout de même partir pour l’école privée. Pire encore, certaines quittent leur profession lors de leurs premières années de pratique. Ainsi, la rétention des enseignantes est un enjeu majeur.

Et que dire de l’impact de ces fameuses agences de placement privées sur le système de santé?

Imaginez, chères enseignantes... Des salaires plus élevés, un horaire plus flexible et la possibilité d’une conciliation travail-famille pour vous. Tout ça pendant que vos ex-collègues font abuser d’elles dans le réseau de l’éducation.

Je crois, afin de ne pas être en reste avec la situation ridicule des agences de placement privées en santé, qu’il serait grand temps qu’un valeureux investisseur bâtisse une agence de suppléants en éducation.

J’imagine déjà la joie des contribuables lorsqu’ils apprendront que leur argent remplit le portefeuille du PDG d’une entreprise vouée à la défense des travailleurs et du bien commun...

Il y a des volontaires pour lancer le business avec moi? Le timing est parfait.