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Pourquoi est-ce que le temps supplémentaire obligatoire existe encore?

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Mercredi, notre journaliste Harold Gagné faisait incursion à l'Hôpital général juif, où le temps supplémentaire obligatoire n'existe pratiquement pas, et où le recrutement se passe à merveille. Après avoir entendu ce reportage, nombre de personnes se sont demandées pourquoi on ne peut pas appliquer cette mesure dans le milieu francophone.  

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«J'ai eu la chance de travailler aux urgences de l’Hôpital général juif il y a quelques années, et c’est effectivement un très bon exemple que c’est possible de travailler sans agence et sans temps supplémentaire obligatoire», explique Natalie Staké-Doucet, présidente de l'Association québécoise des infirmières et infirmiers. 

«On se fait répéter depuis des années que le temps supplémentaire obligatoire, c’est une fatalité, alors qu’en fait, c’est le contraire. C’est le temps supplémentaire obligatoire qui est la cause principale de la pénurie. Si on commence à regarder le problème du TSO, et qu’on voit ça comme une cause de la pénurie plutôt que sa solution, on peut avancer», souligne Mme Staké-Doucet. 

Selon elle, le TSO est un enjeu de gestion. 

«Le TSO a commencé il y a plus de 25 ans maintenant avec le virage ambulatoire à la fin des années 1990 et c’était supposé être une mesure temporaire pour palier au fait qu’on avait mis des milliers d’infirmières à la retraite du jour au lendemain», explique Mme Staké-Doucet. «Évidemment, 25 ans plus tard, on ne peut plus dire que c’est une mesure temporaire.»

Mme Staké-Doucet souligne que le milieu de la santé est une des seules industries au Québec où il n'y a pas de politique de conciliation travail-famille. 

«On sait que les infirmières sont jeunes et ont des familles, alors c’est un petit peu absurde qu’on n'ait pas regardé ça dans le milieu de la santé», se désole-t-elle. «Il y a des mesures de base qui sont faites ailleurs dans d’autres industries et milieux qui permettent d’attirer et retenir une main-d’œuvre, et on n’a juste pas été capables de le faire au Québec par manque de volonté politique.»

La présidente de l'Association québécoise des infirmières et infirmiers suggère plusieurs pistes de solutions pour palier au TSO, telles que l'autogestion des horaires. 

«On le sait que le TSO, c’est le nerf de la guerre. Les milieux qui vont s’engager à ne pas en imposer vont attirer beaucoup plus d’infirmières que ceux qui refusent de prendre cet engagement-là», dit-elle.

Mme Staké-Doucet ne comprend pas pourquoi les gestionnaires de la santé n'agissent pas. 

«Il y a sûrement beaucoup de politique là-dedans», note-t-elle. «Moi, ce que j’ai vu, après des années comme infirmière, c’est que ça peut paraître compliqué mais c’est beaucoup moins compliqué qu’on le pense et c’est possible de le faire, mais il faut s’y mettre maintenant.»