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La polarisation, une arme à double tranchant

Quebec
Photo Stevens Leblanc

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On aurait cru les élus de l’Assemblée nationale capables de marquer dignement le premier anniversaire de la mort de Joyce Echaquan sous un déluge d’insultes racistes dans un hôpital de Joliette.

Malheureusement, le spectacle s’est avéré désolant. Gênant. Troublant. Au lieu de reconnaître enfin l’existence documentée du racisme systémique anti-autochtone au Canada, dont au Québec, le premier ministre a préféré régler ses comptes partisans.

François Legault s’est dit outré par les amalgames tracés dans une vidéo par le député libéral Gregory Kelley entre la mort atroce de Mme Echaquan, la loi sur la laïcité et le projet de loi 96 modernisant la loi 101.

Sur le fond des choses, M. Legault avait raison. Le problème est qu’il aurait pu attendre un moment plus approprié pour croiser le fer sur le sujet.

Cet incident n’est pas anodin. À un an des prochaines élections, M. Legault cherche à s’imposer dans l’arène comme le « chef de la nation » prêt à bondir pour défendre son honneur dès qu’il le juge bafoué.

Pour discréditer ses adversaires, il les traite de « woke » et de « radicaux ». Qui veut tuer son chien, dit-on, l’accuse de la rage. Une tactique classique en politique.

Nouveau carburant

À notre époque, la polarisation extrême en est le nouveau carburant. Des désaccords corsés ne suffisent pas. Il faut créer l’impression d’une guerre sans merci entre deux camps irréconciliables.

Les « bons » sont toujours du côté de celui qui parle. Et les « méchants », de l’autre. Le Québec ne fait pas exception. Particulièrement sur les questions identitaires.

Depuis le projet de charte des valeurs du gouvernement Marois, nous voilà donc engagés sur une pente très glissante. Celle de la polarisation comme arme prisée de combat politique. Le danger est qu’elle étouffe les débats parce qu’elle évacue la moindre nuance.

Du temps de la charte des valeurs, le discours dominant du gouvernement péquiste présentait les « bons » Québécois comme ceux qui y étaient favorables. Les opposants étant réduits à de méchants multiculturalistes.

Pourtant, bien des Québécois francophones, dont des souverainistes aussi notoires que Jacques Parizeau, s’opposaient à la charte des valeurs. Étaient-ils pour autant de « mauvais » Québécois ? Bien sûr que non.

Nul besoin

Rebelote sous le libéral Philippe Couillard. Les « mauvais » Québécois étaient ceux qui s’opposaient à son laisser-faire. D’ignobles xénophobes, selon lui, pressés de souffler sur les « braises de l’intolérance ».

Pour la loi 21 sur la laïcité ou son refus de reconnaître le racisme systémique anti-autochtone, le gouvernement Legault rejoue dans le même film. Cette fois-ci, les « mauvais » Québécois sont ceux qui désapprouvent ses positions.

En démocratie, il est certes normal que les populations soient divisées sur des enjeux sensibles. Beaucoup plus inquiétante est la polarisation lorsqu’elle est imposée du haut du pouvoir politique, quel qu’il soit.

Inquiétante parce qu’elle gomme la réalité d’une société plus diversifiée quant aux points de vue de ses citoyens. Qu’à cela ne tienne, Mme Marois et M. Couillard concoctaient leurs stratégies polarisantes à des fins électoralistes.

Chacun n’en a pas moins perdu sa deuxième élection. Trônant au sommet des sondages et plus populaire que jamais, M. Legault n’a surtout pas besoin de répéter le même schème.

S’il polarise trop, il risque néanmoins d’éloigner des francophones qui, même s’ils sont nationalistes, ne partagent pas nécessairement en tous points sa propre version.