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La police veut «souffler dans le cou» des criminels

La police de Montréal met de la pression sur les bandits armés dans le nord-est

Patrick Lavallée
Photo Chantal Poirier Patrick Lavallée comptabilise sur la porte de son bureau le nombre de jours écoulés sans qu’un événement par arme à feu secoue Montréal-Nord. Au moment de l’entrevue, il n’y avait pas eu d’homicide depuis 86 jours, la dernière tentative de meurtre remontait à 74 jours et 19 jours avaient passé depuis la dernière décharge d’arme à feu.

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La police de Montréal a mis en place une nouvelle stratégie dans le nord-est de l’île afin d’intensifier la pression sur les individus qui sèment un climat de peur en multipliant les coups de feu.

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« On ne peut pas prévoir ce qui va arriver, mais on peut anticiper, surveiller les gangs criminalisés. On va leur souffler dans le cou », a averti le chef du poste de quartier de Montréal-Nord, Patrick Lavallée. 

En réponse à la flambée de violence qui sévit depuis 2020, explique-t-il, on a mis sur pied une force d’intervention qui regroupe une vingtaine de policiers des secteurs chauds de la métropole, soit Montréal-Nord, Rivière-des-Prairies, Ahuntsic, Saint-Michel et Saint-Léonard. 

Leur objectif est de talonner les gangs criminalisés et les individus qu’ils connaissent et dont ils savent qu’ils risquent d’utiliser une arme à feu. Plutôt que de répondre aux appels d’urgence, ils arpentent le territoire du nord-est de l’île, sécurisent les secteurs fréquentés par des groupes criminels et interviennent lors d’événements majeurs de violence par arme à feu. 

Renseignement important

« Une des tâches importantes est de recueillir du renseignement criminel. Ça permet de savoir qui fait quoi, avec qui », a illustré l’inspecteur Lavallée. 

Preuve de l’efficacité de l’équipe, le nombre d’arrestations dans Montréal-Nord a plus que doublé entre 2020 et 2021, a-t-il indiqué. L’an dernier, de mars à septembre, il y a eu 405 arrestations. Pour la même période cette année, on en a dénombré 898.

Parmi les problématiques persistantes sur le territoire du poste de quartier 39, la « culture de la violence » qui prend de l’ampleur inquiète particulièrement le policier.

« Pour que les papas et les mamans aient une vie paisible et ne craignent pas de recevoir une balle par la tête, on doit s’en prendre aux criminels », a-t-il insisté. 

D’autant que ces individus sont des plus imprévisibles et prêts à se tirer dessus pour « des peccadilles ».

« On pourrait laisser filer les choses. Mais on est trop préoccupés, a lancé le chef Lavallée. C’est arrivé plusieurs fois que des projectiles soient passés près d’enfants et de parents. Il faut que ça arrête. »

« Ces gens qui choisissent la criminalité doivent savoir que dès qu’ils vont traverser la ligne, on va les pogner, ce n’est qu’une question de temps », a-t-il ajouté.

Relative accalmie

Ce dernier dit suivre de près les événements impliquant des coups de feu. 

Il se réjouit d’une « relative accalmie » et espère que la violence cessera également ailleurs dans le nord-est.

Selon lui, il faut surtout éviter d’autres « histoires d’horreur », comme le meurtre gratuit de l’adolescente Meriem Boundaoui, à Saint-Léonard, ou les coups de feu qui ont fait perdre l'usage de ses jambes à un homme innocent à Rivière-des-Prairies, cet hiver.

Une lutte à faire sur les réseaux sociaux  

Les réseaux sociaux, où de nombreux criminels s’exposent armés impunément, deviennent le nerf de la guerre pour lutter contre la montée de la violence à Montréal.

« Le secteur chaud à Montréal, c’est sur les réseaux sociaux. Il s’agit de notre nouveau champ de bataille », a lancé hier le chef de la Division du crime organisé au Service de police de Montréal (SPVM), Francis Renaud, lors d’une rencontre avec les médias pour faire le point sur la lutte à la violence armée dans la métropole. 

« [Les criminels] y agissent sans aucune subtilité, favorisent le phénomène du clickbait [piège à clics] en dépit de vies humaines », a-t-il poursuivi. 

Entre 5000 $ et 6500 $

Selon le SPVM, la glorification des armes et leur accès facile amplifient le problème. 

D’ailleurs, si auparavant, seulement des gens ayant une certaine crédibilité pouvaient s’en procurer une, ce n’est plus le cas. Le prix d’une arme à feu à Montréal a quadruplé depuis les dernières années et varie entre 5000 $ et 6500 $ dans la rue.

Aussi, les membres de gangs s’exposent sur les réseaux sociaux avec leurs armes, se vantent de leurs crimes et prouvent ainsi leur allégeance. Mais ces nombreuses publications, souvent éphémères, provoquent des conflits, qui mènent à des coups de feu. 

« Avant, on voyait [ces événements] pour la protection d’un secteur. Ce n’est plus nécessairement en lien avec leurs activités criminelles. C’est souvent pour une raison banale, pour une question de réputation, de crédibilité, une histoire de cœur », a ajouté l’inspecteur-chef du Service des enquêtes criminelles, David Bertrand. 

Ainsi, différents groupes criminalisés vont se relancer sur les réseaux sociaux, s’insulter, se narguer. 

Se filmer pour se vanter

Exemples frappants : des victimes ont alimenté leurs réseaux sociaux après avoir été ciblées par des coups de feu, plutôt que de composer le 911. 

Quelques secondes après avoir été pris pour cible chez lui, le réflexe d’un individu a récemment été de sortir son téléphone, filmer les vitres fracassées et ses blessures au dos. 

« La première chose qu’il a faite a été de se filmer, faire des menaces dans une publication, se vanter de s’en être sorti », a expliqué le policier Bertrand. 

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