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Une pression supplémentaire pour François Legault

François Legault
Photo Stevens LeBlanc François Legault

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Non, ce n’est pas une semaine facile pour le premier ministre du Québec. On dirait qu’il a perdu ses repères. Je ne sais pas ce qui s’est passé, mais il n’a plus le même ton.

Dans un an, jour pour jour, nous irons aux urnes pour les élections provinciales. À voir la grande popularité de François Legault dans les sondages, ça ne devrait même pas le stresser. Après un an et demi à gérer une pandémie, c’est tout un exploit, pour François Legault, d’avoir réussi à conserver un taux de satisfaction aussi élevé.

Même malgré la première vague meurtrière dans nos CHSLD, il a su communiquer avec brio et réussir à faire accepter à la population des sacrifices hors du commun. Les mesures n’étaient pas toujours cohérentes, mais, dans le contexte d’une crise sans précédent, c’était même malaisant d’oser le critiquer. Qui aurait pu prétendre pouvoir vraiment faire mieux?

Mais voilà que la situation revient peu à peu à la normale. Les sujets ne portent plus uniquement sur la gestion de la COVID-19, les oppositions sont maintenant moins mal à l’aise de critiquer. C’est normal qu’elles posent des questions, ça fait partie de leur travail. François Legault le sait très bien, il excellait en la matière lorsqu’il était chef de la deuxième opposition.

Bien sûr, il y a des sujets plus sensibles que d’autres, notamment ceux qui touchent les autochtones, dont le racisme systémique. Ces deux mots embêtent tellement le premier ministre qu’il a semblé oublier que c’était l’anniversaire du décès de Joyce Echaquan cette semaine. Il s’est lancé dans une confrontation partisane qui n’avait pas sa place lors de cette journée chargée d’émotion.

Malheureusement pour lui, la pression va s’accumuler, et pas juste de la part des partis d'opposition. Aujourd’hui, celle qui a enquêté sur la mort de Joyce Echaquan, la coroner Géhane Kamel, en a rajouté une couche.

Dans son rapport, elle ne fait qu’une seule recommandation au gouvernement du Québec, celle de reconnaître l’existence du racisme systémique au sein des institutions et de prendre l’engagement de contribuer à son élimination.

La pression sera donc forte sur François Legault. S’il ne veut pas perdre des appuis, son ton et ses choix de mots devront être empreints de respect et de sensibilité, ce qui a cruellement fait défaut cette semaine. Quand on lui a demandé s’il souhaitait ajouter un jour férié pour rendre hommage aux survivants des pensionnats autochtones, il a sèchement répondu que ce serait une perte de productivité pour le Québec. Plus tard, il a même ajouté qu’il ne pensait pas que ce soit nécessaire d’avoir un coût aussi élevé pour faire cette commémoration-là. Disons que ça ne démontrait pas beaucoup d’intérêt ou d’empathie pour la cause.

Le chef de l’APNQL, Ghislain Picard, n’a pas pu s’empêcher de dire que cette excuse était abominable et que François Legault devrait aller dans son plus profond intérieur et mettre au défi ses propres valeurs humaines.

Pour ajouter l’insulte à l’injure, non seulement le premier ministre n’a participé à aucune cérémonie de commémoration, mais, en plus, jeudi, au moment même où débutait le rassemblement et les discours à la place du Canada, à Montréal, ses ministres tenaient un point de presse pour annoncer les assouplissements apportés aux mesures sanitaires, ce qui a évidemment éclipsé la télédiffusion de l’événement.

Vraiment, on a encore beaucoup de chemin à faire en matière de réconciliation avec les autochtones.