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Une vraie journée pour les autochtones?

Une vraie journée pour les autochtones?
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Le Canada vivait hier sa première journée Vérité et Réconciliation, un geste de solidarité envers les Premières Nations et les éléments douloureux de leur vécu récent. Cette journée vise une noble intention, mais on a senti cette année qu’elle était le résultat d’une décision de dernière minute.

Personne ne savait ce qui était ouvert et fermé. Le jour n’était férié que pour les entreprises à charte fédérale. Parce que la décision a été prise unilatéralement et à la dernière minute par le gouvernement de Justin Trudeau.

Coincé par l’horreur des pensionnats autochtones à la veille d’un été électoral, Justin Trudeau voulait faire quelque chose. Et il est plus facile de poser un geste symbolique comme l’imposition d’un jour férié que de poser un ensemble de gestes concrets pour améliorer la vie des communautés autochtones.

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Faire mieux

Décision précipitée et préélectorale, on a bien senti hier que ce jour férié n’était pas implanté de façon sérieuse. Les provinces ne sont pas dans le coup. La population n’a pas été mise dans le coup non plus. Beaucoup de gens ont appris l’existence de ce nouveau jour férié à la dernière minute. D’ailleurs, le public s’y perd, parce que nous avons aussi souligné le 21 juin la Journée des peuples autochtones.

Hier, les gouvernements des provinces se faisaient demander s’ils avaient l’intention d’en faire aussi un jour férié. À cette question, la réponse de François Legault a cruellement manqué de sensibilité. Il ne pouvait pas se permettre de répondre un non froid en invoquant la productivité. Il a eu l’air du « Grinch », le grincheux qui refuse de souligner la journée Vérité et Réconciliation.

Son devoir était de souligner l’importance de la journée. Au pire, de dire que d’en faire un jour férié demande plus de réflexion et d’analyse. 

Pénurie de main-d’œuvre

Malgré sa maladresse, la préoccupation de François Legault est fondée. Ce n’est pas le moment, en pleine crise de main-d’œuvre, d’ajouter un jour férié supplémentaire. Si nous décidons d’en consacrer un aux peuples autochtones, parce que cela reflète nos priorités d’aujourd’hui, il faudrait compenser par le retrait d’un autre du calendrier.

L’Action de grâce qui réfère à un concept ancien lié aux récoltes ? La fête de la Reine consacrée à la reine Victoria ? (Plus compliqué au Québec puisque nous en avons fait la Journée nationale des patriotes). Ou encore tout simplement le 1er juillet ? Le mouvement woke (qui prend de plus en plus de place au Canada et organise le débat des chefs) présente l’histoire du Canada comme une suite d’événements honteux. Peut-on encore fêter ? Cette année, la fête du Canada a presque été annulée de toute façon.

Nous vivons une pénurie de main-d’œuvre qui est quotidiennement au cœur des débats. Un jour férié représente un arrêt presque complet de toutes les activités économiques. On peut réaménager les dates et les motifs de nos jours fériés dans une année, mais l’idée d’en ajouter un supplémentaire n’est pas responsable dans le contexte présent.