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Au Québec, on massacre bien le français

Ecole
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Je n’en finis pas d’être atterrée, affligée, dévastée devant le massacre que subit le français parlé et écrit au Québec.

La ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, avait décidé d’autoriser le logiciel de correction Antidote pendant l’épreuve uniforme de français afin de hausser le pourcentage des notes des étudiants au cégep.

Puis elle a fait volte-face devant le tollé que cette décision a provoqué dans le milieu de l’éducation, encore habité par un esprit missionnaire et peu enclin à jeter l’éponge devant la catastrophe annoncée.

Car l’enseignement du français écrit est calamiteux. Depuis des décennies, le diplôme de cégep ne garantit pas que les étudiants soient capables d’écrire à peu près correctement.

Tous les adjectifs péjoratifs ne suffisent pas pour qualifier cette faille si profonde de l’enseignement du français, qui semble impossible à colmater. J’imagine les haussements d’épaules des lecteurs fatigués de lire mes radotages et ceux d’enseignants de français, qui persistent à se battre.

Manque de qualité

Que penser de la Fédération des cégeps qui compte tolérer l’utilisation d’Antidote pendant une épreuve écrite afin de rehausser les notes ? Comme si ce regroupement d’enseignants admettait son incapacité à corriger la situation.

Toutes les lois de protection de la langue sont inutiles si la société québécoise n’arrive pas à assurer un enseignement de qualité aux jeunes francophones.

Nous avons investi des milliards de dollars en éducation depuis la Révolution tranquille. L’enseignement du français semble être devenu indigent de manière systémique, pour reprendre une expression dans l’air du temps.

Transformer nos enfants en handicapés de la langue écrite et parlée est une tricherie nationale. Pas étonnant que des spécialistes de l’éducation et une ministre responsable ne sachant plus à quel saint se vouer aient eu l’indécence de flirter avec l’idée de mettre le logiciel Antidote à la disposition des étudiants.

En matière de langue, il y a péril en la demeure. En effet, à bien y réfléchir, notre perte d’indignation collective face à la détérioration du français est dans la logique de l’inculture actuelle. Les nouvelles générations considèrent ces batailles comme étant d’arrière-garde, c’est-à-dire comme des luttes complètement dépassées.

Langue mal aimée

Quelle idée saugrenue d’aimer notre langue maternelle vidée de son sens profond ! Nous sommes dans l’ère de la communication. La langue est un instrument, un tuyau, pour utiliser le vocabulaire de la plomberie.

Or, la langue maternelle est indissociable de notre âme. Notre attachement pour elle nous permet de communier avec ceux qui la partagent avec nous. Elle nous enracine dans une culture qui nous rassemble. Pour citer les paroles de la chanson si connue d’Yves Duteil, elle porte son histoire à travers ses accents. Autrement dit, elle nous définit.

Pourquoi se battre alors pour une langue écrite déficiente qui nous empêche d’exprimer toutes ses nuances et son esthétique ? Comment bien raisonner si on n’en respecte pas les règles ? Si on ignore la richesse étonnante de son vocabulaire ?

Combien de Québécois sont prêts à descendre dans la rue de nos jours pour affirmer leur fierté de parler français et leur volonté de le respecter ? Sans doute moins que les antivax et les antimasques.