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Le méga-plan de Biden: trop peu, trop tard

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Photo AFP Joe Biden après une rencontre avec le Congrès, hier.

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Le président Joe Biden se bat pour faire adopter un gigantesque plan de reconstruction des infrastructures de son pays. Malgré les sommes d’argent titanesques qu’il implique, ce plan ne comblera qu’une partie des besoins en infrastructures.

Bien plus, plutôt que de cibler uniquement des infrastructures au sens traditionnel du terme, soit des routes, des systèmes d’aqueduc et d’égouts ou des écoles et des aéroports, le plan de Biden s’étend à la santé ainsi qu’aux programmes de recherche scientifique. Or, l’Association des ingénieurs civils américains, une organisation respectée qui regroupe 150 000 ingénieurs, publie tous les quatre ans un rapport sur l’état des infrastructures américaines. Son nouveau rapport est sorti en août. Il est accablant. Les infrastructures américaines obtiennent une note globale de C – . Pire, la reconstruction des infrastructures n’est pas vraiment repensée en fonction des nouveaux problèmes mondiaux.

1. Quelles sont les infrastructures qui nécessitent le plus d’investissements ?

Le rapport identifie quatre secteurs qui d’ici 10 ans vont demander d’immenses investissements, simplement pour accéder à la note B. Les transports de surface auront besoin de 1215 milliards de dollars américains d’investissements d’ici 2029. Les aqueducs requerront 380 milliards, les écoles 380 milliards, les systèmes d’électricité 197 milliards et les aéroports 111 milliards. En tout, les États-Unis devraient investir au moins 2588 milliards de dollars simplement pour garder leurs infrastructures à un niveau acceptable.

2. Quelles infrastructures sont les pires et lesquelles sont en meilleur état ?

Sur un total de 16 catégories, les pires notes reviennent au transport en commun (D – ) ainsi qu’aux routes, digues et barrages, qui récoltent une note de D. Les infrastructures qui sont en meilleur état sont les chemins de fer, qui obtiennent une note de B. Nul doute que les ingénieurs qui ont conçu le rapport n’ont jamais pris le train aux États-Unis et encore moins en Europe ou en Chine ! Les ports obtiennent un B – . Les ponts et les systèmes de diffusion par onde suivent avec une note de C.

3. Quels sont les impacts du sous-investissement en infrastructures ?

Le rapport indique que si les sous-investissements perdurent, l’économie américaine perdra d’ici 20 ans 10 000 milliards, entre autres parce que 3 millions d’emplois s’évanouiront et parce que 2400 milliards de dollars de produits n’auront pas été exportés.

4. Quelles sont les limites du rapport ?

Le rapport se préoccupe peu des changements climatiques. Certes, il en tient compte pour proposer des digues plus solides ou des systèmes d’évacuation des eaux plus performants, mais sans remettre en cause le sacro-saint « mode de vie américain ». Ainsi, un des principaux arguments du rapport pour justifier la construction de routes est que les embouteillages coûtent en moyenne 1000 dollars par an à chaque automobiliste. Mais il n’est pas question de doter les États-Unis d’un système de trains de passagers digne de ce nom. Rien non plus sur des mesures pour restreindre l’étalement urbain. Bref, le rapport est extrêmement conservateur.

5. Le Congrès va-t-il voter des investissements dans les infrastructures ?

La détérioration des infrastructures américaines entraîne une perte de compétitivité évidente des États-Unis, notamment face à la Chine. Le Congrès américain finira-t-il par voter des investissements massifs dans les infrastructures du pays ? Probablement. Mais tout indique que ce sera trop peu trop tard. Quoi qu’il arrive, il est très probable que les investissements dans les infrastructures des États-Unis, peu importe leur niveau, auront des effets bénéfiques sur les économies canadiennes et québécoises.