/finance/opinion/columnists
Navigation

Pas facile de diriger 7000 restaurants en pandémie

Éric Lefebvre
Capture d'écran TVA Nouvelles Éric Lefebvre, le PDG de MTY, la plus grosse chaîne de restauration au Québec.

Coup d'oeil sur cet article

Le Groupe MTY demeure un empire méconnu de la restauration au Québec. Plus de 80 bannières, 7000 restaurants, et un grand patron qui se tient généralement loin des projecteurs. 

Éric Lefebvre, le PDG du plus gros joueur de la restauration au Québec, a accepté de siroter avec moi un smoothie dans un Ben & Florentine, à Laval, un resto moderne et fraîchement rénové. « C’est notre nouveau décor. Le problème, c’est qu’on ne trouve pas suffisamment de menuisiers pour rafraîchir nos restaurants. » Dès la première gorgée, le ton était donné, et le mot « pénurie » a dominé notre discussion. 

Valentine, Bâton rouge, Sushi Shop, Scores, Thaï Express, Casa Grecque... nommez-les ! Ces bannières, souvent franchisées, appartiennent toutes à MTY. Ces restaurants ont aussi en commun un énorme défi, celui d’affronter les pénuries. 

Pénuries

« Qu’est-ce qui vous empêche de dormir la nuit ? » est l’une des premières questions que j’ai posées à Éric Lefebvre. La réponse est venue du tac au tac : « On a beaucoup de difficultés à s’approvisionner. Ça touche toutes sortes de produits : les emballages, les produits de la mer, la viande, et même le riz. »

La pandémie a complètement bouleversé les chaînes d’approvisionnement, et la restauration n’y échappe pas. « On a beaucoup de produits en rupture de stock. Une de nos chaînes de burgers, en Ontario, a récemment manqué de bœuf et de pain. On n’a pas eu le choix de fermer temporairement. »

Quand MTY commande du riz, ça ne se compte pas en kilos, mais en conteneurs. Pour cuisiner vos futomakis chez Yuzu Sushi, ou votre riz frit chez Thaïzone, il faut des tonnes de riz. 

En ce moment, la demande est forte, et l’offre ne suit pas. « On a des problèmes à faire venir les conteneurs. Même les vermicelles de riz, lorsqu’on réussit à les importer, restent coincés au port plusieurs semaines. Nos distributeurs manquent de main-d’œuvre comme tout le monde. Il n’y a pas assez de travailleurs dans les entrepôts, et pas suffisamment de camionneurs. »

Même problème pour les équipements. Difficile pour MTY de mettre la main sur des congélateurs ou des friteuses industrielles. Les chaînes d’approvisionnement sont sens dessus dessous. Du jamais-vu. Ajoutez à cela le problème de pénurie de travailleurs, les élus doivent agir rapidement, implore Éric Lefebvre. 

« C’est un moment stressant, c’est certain. Il y a beaucoup de facteurs qu’on ne contrôle pas. » 

Acquisitions

Inscrite à la Bourse de Toronto, l’action de MTY a touché son plus bas à 14 $ au printemps 2020. Elle se négocie aujourd’hui au-dessus des 60 $. Le grand patron en tire une fierté. « Nous avons su rassurer les marchés en agissant rapidement. » Mais à partir de maintenant, qu’adviendra-t-il de la croissance du géant québécois ? 

Le succès de MTY repose en bonne partie sur sa stratégie d’acquisitions, à la fois gourmande et disciplinée. En 2019, le groupe a pris sa plus grosse bouchée en achetant la chaîne de pizzas américaine Papa Murphy’s pour 253 millions $. Un pari qui s’est avéré payant, puisqu’il représente désormais environ le tiers du chiffre d’affaires de MTY. Est-ce qu’Éric Lefebvre prépare un autre gros coup ? 

Couche-Tard 

« Le modèle que je tiens en très haute estime, c’est celui de Couche-Tard ! L’entreprise ne va pas se gêner de faire une petite acquisition de trois dépanneurs, ensuite ils vont faire un gros coup dans un autre pays ! C’est un modèle que j’aime beaucoup. » 

Couche-Tard a récemment tenté un coup de circuit en Europe, sans succès, en essayant d’acheter la chaîne de supermarchés Carrefour. 

Est-ce à dire que MTY, le Couche-Tard de la restauration, se sent prêt à attaquer le marché européen ? « Une bonne poutine, c’est bon partout », me répond Éric Lefebvre, lorsque j’évoque à la blague le scénario de lancer un restaurant Valentine à Paris. Malgré les turbulences, le géant québécois et son PDG ont toujours autant d’appétit !