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L’Éthiopie, flouée par son prix Nobel

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Photo AFP

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Il y a de l’excitation dans l’air pour tous les « nerds » de la planète. Et j’en suis. Le comité Nobel déballera les lauréats de ses fameux prix, les plus prestigieux de la planète, à commencer lundi par le Nobel de médecine. La semaine se terminera avec le Nobel de la paix. Celui-là, il faudra s’en méfier.

Pas que cette année les 329 candidats en lice soient plus louches ou moins respectables que ceux des années précédentes. Il y a les classiques : une environnementaliste (la jeune Suédoise, Greta Thunberg), un dissident russe (Alexeï Navalny) et une organisation de défense des droits civiques (Black Lives Matter).

Ce Nobel-là a le don de soulever les passions les plus intenses. Plusieurs aux États-Unis — et certainement ailleurs dans le monde — s’interrogent toujours sur le choix de Barack Obama en 2009, lui qui, élu en novembre 2008 et assermenté en janvier 2009, n’avait encore rien fait de concret pour « renforcer la diplomatie internationale et la coopération entre les peuples », comme le prétendait le comité du parlement norvégien.

SI OBAMA, POURQUOI PAS TRUMP ?

Sans surprise, Donald Trump a dénigré ce choix sur toutes les tribunes qu’il a croisées, mais comble de l’ironie, son nom a été soumis cette année pour l’illustre récompense qui — ça se prend bien ! – est accompagnée d’une bourse de 1,3 million de dollars.

Un élu de la droite norvégienne a proposé sa candidature pour les Accords d’Abraham, l’entente entre Israël et les Émirats arabes, un minuscule pas sur le chemin de la paix au Moyen-Orient.

Celui qui a inspiré, voire encouragé l’assaut meurtrier contre le Capitole pourrait à jamais côtoyer Mère Teresa, le Dalaï Lama et Martin Luther King ? Ne retenez pas votre souffle : les délibérations du comité norvégien sont énigmatiques, mais pas fantasques à ce point.

UN NOBEL DE LA PAIX DEVENU CHEF DE GUERRE

Il y a de ces choix qui hantent les membres du comité Nobel et celui d’Abiy Ahmed en fait partie. Le premier ministre éthiopien avait été récompensé en 2019 pour avoir mis fin à des décennies de guerre avec l’Érythrée.

Abiy Ahmed semblait d’autant plus mériter son prix qu’il avait aussi lancé son pays dans un ambitieux programme de réformes, libérant des milliers de prisonniers politiques, levant les contraintes imposées aux médias, accueillant à bras ouverts les exilés et nommant plusieurs femmes au sein du gouvernement.

De la poudre aux yeux, selon tous ceux qui suivent de près ce qui se passe dans ce coin tourmenté de l’Afrique. Il a plongé l’Éthiopie, au cours des deux dernières années, dans une guerre fratricide au Tigré, une région rebelle. Les violations des droits de la personne ont pris une telle ampleur qu’Amnesty International parle de crimes contre l’humanité.

Accusé par l’ONU de pousser à la famine plus de cinq millions de Tigréens, Abiy Ahmed — geste sans précédent — vient d’ordonner l’expulsion du pays de sept représentants des Nations-Unies. L’Éthiopie se coupe du monde.

Méfiez-vous du Nobel de la paix ! Celui-là avait, dans son discours de remerciement, dénoncé « la guerre comme l’expression parfaite de l’enfer ». Parlez-en aux Tigréens !

L’Éthiopie en quelques chiffres 

■ CAPITALE : ADDIS-ABEBA

110 millions d’habitants, 2e plus peuplé d’Afrique

• 40 % de la population a moins de 14 ans.

Espérance de vie : 68 ans

■ Ethnies

35 % Oromo

28 % Amhara

7,3 % Tigréen

■ Religions

• 44 % Chrétiens orthodoxes

31 % Musulmans

23 % Chrétiens protestants

Abiy Ahmed  

  • De père musulman et de mère chrétienne 
  • Lieutenant-colonel au sein de l’armée éthiopienne 
  • Premier ministre d’Éthiopie depuis avril 2018 
  • Dès juillet 2018, il approuve une entente qui met fin à vingt ans d’état de guerre avec l’Érythrée. 
  • En 2019, il est récompensé du prix Nobel de la paix pour ses efforts afin de résoudre le conflit avec l’Érythrée.