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Un chauffeur de taxi de 67 ans perd tout en pleine crise

Angry caucasian man in car stuck in traffic jam.
Illustration Adobe Stock

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Marcel a 67 ans et est propriétaire d’un permis de taxi sur l’île de Montréal. La pandémie, mais aussi la nouvelle loi qui régit cette industrie, ont entraîné des conséquences désastreuses sur ses finances.

Retraité depuis quelques années, Marcel a continué à opérer son taxi pour à arrondir ses fins de mois. À l’époque, il a acheté son permis pour 230 000 $, un montant financé avec une société de crédit. Or, en 2019, le gouvernement a adopté la Loi concernant le transport rémunéré de personnes par automobile, ce qui a ouvert la porte à de nouveaux joueurs. 

Pour compenser les effets de cette soudaine concurrence sur le marché, un programme d’indemnisation a été mis en place afin de verser une aide financière aux titulaires de permis. Marcel a donc pu rembourser partiellement sa dette, mais il lui reste encore 50 000 $ à payer sur son permis de taxi.

Il a aussi utilisé ses cartes de crédit au maximum durant la maladie de sa femme, qui est malheureusement décédée depuis, pour payer certaines dépenses de base. Aujourd’hui, le solde à payer est de 15 000 $, et à cela s’ajoutent des taxes de vente impayées (2000 $). 

Au bout du compte, il doit assumer une dette totale de 67 000 $, ce qui représente des paiements mensuels de 750 $ (cartes de crédit et prêt pour permis de taxi). Avec des revenus de retraite d’environ 1400 $ par mois, il a de plus en plus de difficulté à faire face à ses obligations financières.

Un permis qui ne vaut plus rien

Car en plus de la perte de valeur de son permis de taxi, Marcel a dû essuyer le choc causé par la pandémie. Avec le confinement, le télétravail et la fermeture des frontières, la clientèle a fondu comme neige au soleil. 

Avant la crise sanitaire, il réussissait malgré tout à se procurer environ 150 $ net par semaine, une fois les dépenses relatives à son véhicule payées. Il louait aussi son permis de taxi à d’autres chauffeurs sur une base hebdomadaire pour la somme de 400 $. 

Mais tout a basculé au printemps 2020 : les clients se font rares, la concurrence est forte et plus personne n’est intéressé à louer son permis d’exploitation de taxi.

Dans ces conditions, Marcel a accumulé plusieurs retards dans ses paiements. Il ne sait plus quelle stratégie adopter pour se tirer de ce mauvais pas et s’est décidé à demander conseil à une firme de syndic autorisé en insolvabilité.

Prêt de consolidation

Émilie Masson-Chayer, conseillère en redressement financier chez Raymond Chabot, a analysé la situation de Marcel. 

« Il aurait pu éventuellement demander un prêt de consolidation pour rembourser l’ensemble de ses créanciers en bénéficiant d’un plus petit taux d’intérêt. Toutefois, il n’aurait probablement pas été en mesure d’effectuer les paiements mensuels requis, et son institution financière aurait probablement refusé le prêt ou encore demandé un endosseur, compte tenu de son âge et de son niveau d’endettement », indique la conseillère.

Marcel préfère éviter la faillite et veut rembourser autant de dettes que possible. De plus, il a fini de payer sa voiture et veut la conserver. Or, dans le cadre d’une faillite, son véhicule aurait probablement été vendu au profit de ses créanciers.

Offre aux créanciers

La meilleure option dans son cas est donc la proposition de consommateur, indique Émilie Masson-Chayer. 

« Nous avons fait une offre aux créanciers qui a été acceptée. Dès lors, les intérêts ont cessé de courir sur sa dette, et Marcel remboursera un montant raisonnable par rapport à ses capacités financières pendant un maximum de 60 mois. Il sera ensuite libéré de ses dettes », indique la conseillère. 

Sa cote de crédit sera affectée pendant toute la durée de la proposition de consommateur, puis pendant trois ans par la suite.

La conseillère remarque que de nombreux chauffeurs de taxi ont éprouvé d’importantes difficultés après la perte de valeur subite de leur permis. 

« Plusieurs d’entre eux pensaient pouvoir compter sur la revente de celui-ci pour s’assurer une retraite confortable, ce qui n’est évidemment plus envisageable aujourd’hui », illustre-t-elle. 

D’autres refinançaient régulièrement l’emprunt sur leur permis et pouvaient utiliser cette équité. 

Tous leurs projets se sont donc envolés. 

Émilie Masson-Chayer suggère aux chauffeurs qui se retrouvent dans une situation précaire de consulter un professionnel de l’insolvabilité qui pourra leur proposer des options et les aider à redresser la barre. 

SA SITUATION FINANCIÈRE 

Actifs :

  • Toyota Camry 2013 : valeur de 6000 $
  • CELI : 3000 $

Dettes de consommation :

  • Carte de crédit : 15 000 $
  • TPS-TVQ : 2000 $
  • Société de crédit (dette de permis de taxi) : 50 000 $
  • TOTAL DES DETTES DE CONSOMMATION : 67 000 $

Revenus mensuels : 

  • RRQ : 300 $
  • Pension de vieillesse et Supplément de revenu garanti : 1001 $
  • Crédit de solidarité : 85 $
  • TPS : 37 $
  • TOTAL DES REVENUS : 1423 $

Dépenses mensuelles :

  • 1170 $ (incluant loyer, téléphone, électricité, assurances, épicerie, essence, etc.)