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Les missiles hypersoniques, la nouvelle coqueluche des armées mondiales

Les missiles hypersoniques, la nouvelle coqueluche des armées mondiales
AFP

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Les tests de missiles hypersoniques effectués ces derniers jours par la Russie, la Corée du Nord et les États-Unis ravivent les craintes d’une nouvelle course aux armements.

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Retour sur le contexte et les enjeux autour d’une arme qui pourrait menacer l’équilibre des forces nucléaires dans le monde.

Quels pays les développent?

La Russie a pris une longueur d’avance, avec plusieurs types de ces missiles non seulement capables de voler à des vitesses supérieures à 6000 km/h (Mach 5), mais aussi manoeuvrables: le Zircon, que Moscou a annoncé lundi avoir testé avec succès depuis un sous-marin, mais aussi le Kinjal, qui équipe déjà l’armée de l’air, ou encore le planeur hypersonique Avangard qui après avoir été largué, peut emporter une charge nucléaire, voler jusqu’à 33 000 km/h et changer de façon imprévisible de cap ou d’altitude.

Les missiles hypersoniques, la nouvelle coqueluche des armées mondiales
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Les États-Unis n’ont pas encore de missiles hypersonique dans leur arsenal, mais ils y travaillent. Le Darpa, bras scientifique de l’armée américaine, a annoncé la semaine dernière avoir testé avec succès son missile hypersonique HAWC (Hypersonic Air-Breathing Weapon Concept) à propulsion aérobie, c’est-à-dire qu’il utilise l’oxygène présent dans l’atmosphère pour sa combustion.

Le Pentagone développe également un planeur hypersonique appelé ARRW (prononcer Arrow, ou flèche en anglais), mais son premier test grandeur nature a échoué en avril dernier.

La Chine a plusieurs projets, qui semblent directement inspirés des programmes russes, selon une récente étude du centre de recherche du Congrès américain. Elle a notamment testé un planeur hypersonique d’une portée de 2000 km capable de voler à plus de Mach 5 et d’effectuer des «manoeuvres extrêmes», selon cette étude.

La France, l’Allemagne, l’Australie, l’Inde et le Japon cherchent à développer des systèmes hypersoniques, et l’Iran, Israël et la Corée du Sud ont entamé des recherches sur cette technologie, selon le centre de recherche du Congrès.

La Corée du Nord a assuré la semaine dernière avoir testé avec succès un missile planeur «hypersonique», ce qui, si la véracité de l’information est confirmée, constituerait une avancée technologique majeure.

Qu’est-ce qui les rend plus dangereux?

Contrairement aux apparences, les missiles hypersoniques ne sont pas forcément plus rapides que les missiles balistiques.

Un missile balistique est lancé à grande vitesse dans l’espace, où il n’y a pas d’atmosphère et où il ne rencontre aucune résistance. Il retombe ensuite sur sa cible, toujours à la même vitesse, sauf après la rentrée dans l’atmosphère qui le ralentit un peu.

Par contraste, un missile hypersonique vole à basse altitude. Il est lancé lui aussi à grande vitesse, mais il est freiné par l’atmosphère. Il ralentit tout au long de son trajet et il peut finir par être plus lent qu’un missile balistique.

La grande différence est que le missile hypersonique est manoeuvrable, ce qui rend sa trajectoire difficilement prévisible et son interception difficile. Les systèmes antimissile THAAD pourraient permettre d’intercepter des projectiles à grande vitesse, mais ils sont conçus pour protéger une zone limitée.

S’il s’agit d’un planeur hypersonique, les systèmes de détection antimissiles, qui mesurent des sources de chaleur, risquent de ne reconnaître le missile qu’après son largage, trop tard pour l’intercepter, explique-t-on au Pentagone.

Quels risques pour l’équilibre des forces nucléaires?Le Pentagone n’a pas annoncé officiellement son intention d’acheter des missiles hypersoniques, concentrant jusqu’ici son financement sur la recherche. Mais le groupe américain de défense Lockheed Martin a annoncé lundi l’ouverture d’une usine de fabrication d’hypersoniques.

Les missiles développés par la Chine et la Russie sont capables d’emporter une charge nucléaire, alors que Washington assure que son programme hypersonique est destiné à des missiles conventionnels.

Le risque, selon le centre de recherche du Congrès, c’est une réaction excessive de l’armée américaine qui ne saurait pas si le missile hypersonique qu’elle vient de détecter est armé d’une charge conventionnelle ou nucléaire. Elle pourrait répliquer par une arme nucléaire sans attendre de le savoir.

Pour Cameron Tracy, chercheur à l’université de Stanford, la solution est d’inclure les hypersoniques dans les négociations en cours de contrôle des armements entre Moscou et Washington, et d’y inclure Pékin. «Le développement de ces armes, cette course aux armes hypersoniques, ce n’est probablement pas la situation la plus stable», ajoute-t-il. «Ce serait bien d’agir aussi vite que possible.»

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