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L’humoriste Pierre Légaré s’éteint à l’âge de 72 ans

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L’un de nos plus intellectuels humoristes n’est plus. Pierre Légaré, qui a séduit les Québécois et toute la francophonie pendant des décennies avec ses jeux de mots, ses calembours et ses blagues en forme de questionnements existentiels, s’est éteint mardi à l’âge de 72 ans. 

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« Ça s’est passé paisiblement, avec beaucoup d’amour, a confié au Journal l’une des filles de l’humoriste, Catherine Légaré. Il était entouré des gens qui l’aiment. » 

Préférant être discrète sur les raisons du décès de son père, Catherine Légaré a simplement indiqué qu’il était « décédé de maladie ». L’humoriste a rendu son dernier souffle à Saint-Jean-sur-Richelieu. 

Pierre Légaré avait déjà failli être emporté par un cancer de la vessie, qui s’était déclaré en 2007. Au terme d’un dur combat, il s’était rétabli de cette maladie et s’était retiré de la vie publique pour se consacrer entièrement à sa santé. Il se faisait d’ailleurs discret dans les dernières années.  

« Quand il a eu son diagnostic, il y a une quinzaine d’années, ça avait été comme un signal d’alarme, indique sa fille. À la fin de son deuxième spectacle, il faisait une chanson qui s’adressait à ma sœur, mon frère et moi. Il disait qu’il était désolé de ne pas avoir beaucoup de temps à nous consacrer. On dirait que la maladie l’a aidé à se tourner vers ce qui était essentiel. » 

Pierre Légaré laisse dans le deuil sa conjointe, Danielle, et leurs trois enfants, Manuelle, 43 ans, Catherine, 40 ans, et Guillaume, 38 ans. 

Brillant comique 

Né le 2 juin 1949, Pierre Légaré, certainement l’un de nos plus brillants comiques, s’est fait connaître par son humour subtil, intelligent et pince-sans-rire. Il s’est fait une spécialité de poser des questions sur la vie et ses travers, sur le pourquoi des choses. Il s’amusait à mettre le doigt sur les absurdités du quotidien et à critiquer les comportements ainsi que le système de valeurs de notre société de consommation, avec dérision et, souvent, une logique implacable. 

Pierre Légaré a séduit les Québécois avec son humour très réfléchi.
Photo d'archives
Pierre Légaré a séduit les Québécois avec son humour très réfléchi.

Ce penseur et philosophe a d’abord obtenu une maîtrise en psychologie de l’Université de Sherbrooke. Il a fait carrière comme psychologue avant de mettre un pied dans le monde du spectacle à la fin des années 1970. 

Il a alors écrit des textes pour la radio (Le festival de l’humour), la télévision – il a longtemps été scripteur pour diverses émissions, dont Samedi de rire et Ad Lib – et le théâtre, tout en poursuivant sa carrière de psychologue. Au fil du temps, ce communicateur hors pair a collaboré avec plusieurs grands du show-business québécois, dont Richard Séguin, Alain Choquette, Lara Fabian, François Léveillée et Michel Barrette.     

  • Écoutez la chronique culturelle d’Anaïs Guertin-Lacroix à QUB radio:   

En 1989, à l’âge de 40 ans, il décidait de faire le saut sur scène en solo. Il aura proposé quatre spectacles solo entre 1989 et 2000 : Recherchez Légaré (1989-1992), Légaré 2 (1992-1995), Guide de survie (1995-1997) et Rien (1999). L’artiste a collectionné les distinctions, dont des Félix et des Olivier, avec chacune de ses productions. 

Citations

Ses citations les plus célèbres ont été publiées en quelques tomes, intitulés Mots de Tête, lancés ici et en Europe, et dans d’autres livres, nommés Les Trois Premiers Coups et Rien. Il a signé deux pièces de théâtre (Waiter!, C’est pas un siphon, c’est mon frère). Ses jeux de mots se sont aussi déclinés à la télévision, au moyen de courtes capsules de quelques secondes, aussi baptisées Mots de Tête, qui lui ont valu de décrocher un record Guinness pour la plus courte émission télévisée au monde, et pour laquelle il était animateur et concepteur. 

Un de ses projets a décroché une mention au Livre des records Guinness en 1999.
Photo d'archives
Un de ses projets a décroché une mention au Livre des records Guinness en 1999.

On lui doit le populaire spectacle Les Parlementeries, dont les quatre éditions réunissaient des humoristes pastichant l’Assemblée nationale. 

Il fut aussi l’instigateur des Parlementeries.
Photo d'archives
Il fut aussi l’instigateur des Parlementeries.

Il a aussi gagné en popularité en étant l’un des invités réguliers de l’émission Piment Fort, dans les années 1990. 

Prolifique, Légaré a également pondu des textes de chansons, dont Quelle belle vie (1978), popularisée par Gilles Rivard. 

– Avec la collaboration de Raphaël Gendron-Martin  

  • Écoutez le témoignage de l'humoriste Michel Barrette sur QUB radio :    

Ce qu’ils ont dit  

 

Michel Barrette   

« C’est triste parce que c’est un gars que j’ai côtoyé à l’époque, quand il était encore sur scène. Il a même servi de conseiller artistique parce qu’on avait pressenti qu’il fasse la mise en scène de mon show. » 

«Dans les dernières années, il avait abandonné le métier et je le voyais moins. Il y a plusieurs années, on faisait des randonnées de moto ensemble. [...] C’était un gars brillant avec une écriture fine, un grand observateur. Il observait l’être humain, tout ce qui l’entourait. » 

« Il n’y a jamais personne qui a fait ce style d’humour là avant, et personne ne l’a refait après. Pourquoi? Parce qu’il n’y a personne qui en est capable, aussi simple que ça. Et surtout pas moi! » 

« Quand je travaillais avec lui, il était capable de s’ajuster à mon style d’humour. C’était un gars qui faisait le métier pour les bonnes raisons. Il n’a jamais couru après la gloire. Oui les salles étaient pleines, oui il avait du succès. Il le faisait dans le plaisir. Il m’avait dit : le jour où j’aurai moins de plaisir, je quitterai la scène. Il m’avait dit : le jour où tu ne monteras plus sur scène avec un immense plaisir, fais autre chose. Je ne l’ai jamais oublié. » 

« On perd quelqu’un d’unique, d’immensément gentil, qui aura voulu aider tout le monde. Il a travaillé avec Dominic et Martin, avec moi, avec Daniel Lemire, Les Parlementeries. C’était quelqu’un qui était toujours avec un grand sourire, quelqu’un d’une grande humilité. » 

« S’il y a un gars qui mérite d’avoir le titre de monument de l’humour, c’en est un. Absolument. C’est dur d’avoir quelqu’un qui va oser dire qu’il est au même niveau qu’Yvon Deschamps. Mais je dirais que c’était le Yvon Deschamps de l’absurde. » 

Guy Nantel   

«Je l’ai côtoyé quand j’ai commencé mon métier, il était à son top. Ç’a été une grande inspiration. Il a vraiment fait un type d’humour unique. Il n’y a personne avant lui ni personne après lui qui a fait ce genre d’humour-là très intellectuel. C’était à quelque part entre Sol et Yvon Deschamps. » 

« Pour moi, c’est de l’intelligence pur. C’était vraiment ça. C’était tellement réfléchi, c’était toujours à point. [...] Son premier show, je pense que je n’ai jamais ri de même dans un spectacle d’humour. C’était toujours des lignes. Ce n’était pas une histoire qu’il racontait. Souvent, il passait d’une question à l’autre. Chaque ligne était travaillée. C’était une œuvre d’art, ce qu’il faisait. » 

Alain Choquette   

Pierre Légaré et Alain Choquette.
Courtoisie Alain Choquette
Pierre Légaré et Alain Choquette.

« Il a écrit deux shows pour moi, Jeux de vilain et Alain Choquette. C’était aussi notre auteur quand j’animais Montréal les îles avec Marie-Soleil [Tougas]. On avait passé un été exceptionnel, on n’avait pas le budget pour des décors et accessoires, mais lui avait une créativité et nous faisait faire des sketches. » 

« C’était vraiment particulier de travailler avec lui. C’était une super collaboration. Pendant plusieurs années, c’est lui qui écrivait mes gags pour mes segments Ad Lib. » 

« C’est l’intelligence des propos, c’est la réflexion. Il m’a amené ça à l’intérieur de mes shows, d’amener au-delà de la magie, de l’émotion, du mystère, d’amener une réflexion, un questionnement dans certaines situations qu’il peut y avoir à l’intérieur du show. 

C’est vraiment l’intelligence de ses propos qui me fascinait. C’était une machine à idée de fous. » 

« Une grande créativité, une super belle personnalité à côtoyer, c’était un gars calme, pas énervé, pince-sans-rire. J’aimais sa personnalité. » 

Laurent Paquin   

« On m’a déjà demandé quel numéro d’un autre humoriste j’aurais aimé écrire. Le premier exemple qui me venait toujours en tête, c’était le numéro qui l’avait fait connaître à Juste pour rire avec les questions sans réponse. Les fameuses questions à la Pierre Légaré. C’est un numéro auquel j’aurais aimé penser. » 

« Je me suis fait quelques fois la réflexion que ça prendrait un Pierre Légaré en humour [en ce moment]. On dirait que ça manque. Il a comme laissé une place que personne n’a prise vraiment. » 

« Ce n’est pas quelqu’un que j’ai connu vraiment. Mais je l’ai côtoyé sur les premières Parlementeries que j’ai faites. C’était un gars super fin, super professionnel, hyper intelligent. C’était un humoriste extrêmement intelligent, qui avait un style absolument unique. » 

Mario Jean   

« Au tout début de ma carrière, dans mes premières années, ç’a été quelqu’un qui était assez proche de moi, quand même. On faisait beaucoup de trucs ensemble. Piment Fort, entre autres. C’était comme un peu un mentor. Il jouait un peu ce rôle-là avec moi. On échangeait beaucoup. Il me parlait beaucoup de l’humour, de sa philosophie de vie. »  

« C’était un gars très humble et très généreux dans tous ses conseils et ses commentaires. J’ai toujours été très triste qu’il ne fasse plus ce métier-là. Et je le comprends aussi parce qu’il avait été malade. Pour lui, il identifiait le stress et cette façon de vivre-là à sa maladie. Il voulait changer son rythme de vie pour combattre ce mal-là. Ça avait réussi un grand bout de temps, mais je pense que ça l’a rattrapé, malheureusement. » 

« Il nous mettait la barre haut. C’était comme un peu l’icône ou la représentation de l’humour intelligent dans le temps. Avec Yvon Deschamps, il faisait un humour hyper réfléchi. Ses sketches et ses numéros étaient ficelés, ils voulaient dire de quoi. Je trouvais ça fascinant, il m’incitait à essayer d’aller plus loin dans les textes, dans les créations, à essayer de dire quelque chose, essayer d’être intelligent. Il poussait l’humour intelligent une coche plus loin que bien du monde. » 

Normand Brathwaite   

« On est tous très tristes, parce que c’était un gars très gentil, très calme, très constant. Il était constamment de bonne humeur. C’était un gars très facile avec qui travailler. Souvent, moi-même j’avais un gag en répétition, et lui me trouvait un autre gag. » 

« C’était un gars très friendly, un bon gars d’équipe. Je vais être franc, ça fait au moins 15 ans que je ne l’avais pas vu. On sait qu’il a été malade. On n’avait pas de nouvelles, vraiment. Celui qui était le plus près de lui, c’était Yvon Deschamps. Des fois, par Yvon, on avait des nouvelles de lui. À un moment donné, il s’est retiré du métier. Il ne faisait plus de spectacles. » 

« C’était le seul à faire ce genre d’humour-là. Il avait son style à lui. Aujourd’hui, plusieurs styles se ressemblent. Lui faisait un show où il faisait juste des questions. Ses gags étaient des questions. Il n’y avait pas de réponse. C’était un style plus calme, plus assis, un peu comme George Carlin, cynique. On en perd un autre grand... » 

« À Piment Fort, c’était dans nos tireurs d’élite, surtout à cause de son rythme plus lent. On le mettait souvent en troisième pour qu’il punche. J’aimais beaucoup son calme. Je ne l’ai jamais vu de mauvaise humeur. » 

Louis T   

« Pierre Légaré est un humoriste ayant assurément marqué mon enfance, par son humour au style épuré, sans flafla, misant pratiquement uniquement sur le texte et s’adressant au cerveau. Cela dit, il ne faut pas non plus sous-estimer la qualité de son jeu, précis et efficace, bien que sobre. » 

- Avec la collaboration de Raphaël Gendron-Martin