/opinion/columnists
Navigation

Trudeau doit-il vraiment s'excuser de ne pas s'être excusé?

CANADA-CANADIAN-PRIME-MINISTER-TRUDEAU-CAMPAIGNS-IN-VANCOUVER-AH
Photo d'archives, AFP

Coup d'oeil sur cet article

Parce qu’il a profité de la Journée de la réconciliation pour s’offrir des vacances avec sa famille, Justin Trudeau est soumis à un bombardement médiatique.

Comment a-t-il osé se balader sur une plage alors qu’il aurait pu, comme il aime le faire, se donner en spectacle, la larme à l’œil, en s’excusant auprès des Amérindiens pour le mauvais sort qui leur a été réservé dans l’histoire ? 

Maintenant, il doit s’excuser de ne pas s’être excusé, et bientôt, il pleurera pour ne pas avoir pleuré. 

Trudeau

Cela dit, l’absence de Justin Trudeau était inélégante, sans doute, d’autant qu’il s’est présenté en croisé de la cause amérindienne depuis quelques années. Elle lui sert même de carburant symbolique. 

Certains verront dans sa balade sur les côtes du Pacifique une forme d’incohérence, peut-être même d’hypocrisie. L’homme aux paroles mielleuses serait-il finalement un cynique comme les autres ? 

Je ne crois pas. J’y vois seulement un homme de théâtre égaré en politique, encore aujourd’hui étranger à la fonction qu’il occupe. 

Farce il était, farce il demeure. 

Les Canadiens, avec raison, accordent une place plus grande aux Amérindiens dans leur imaginaire collectif. 

Mais en se transformant en journée quasi religieuse, cette Journée canadienne de réconciliation change de nature et autorise un très étrange chantage symbolique. 

Soit vous posez le genou à terre et vous vous recueillez ouvertement et publiquement comme on vous dit de vous recueillir, en suivant le protocole indiqué, soit vous êtes un insensible de classe mondiale, indifférent au sort des Amérindiens. 

Amérindiens

Il faut dire que cette culture de l’excuse, d’un pays à l’autre, s’accroche à différentes causes. 

Elle révèle un nouveau rapport de force moral dans les sociétés occidentales, qui passent de l’autocritique légitime à la repentance permanente, au point même de s’excuser d’exister, comme on le voit chez nous lorsqu’on emprunte la rhétorique des territoires non cédés, pour envoyer des signes ostentatoires de vertu.