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Vigneault est la mauvaise cible

SÉRIES : Golden Knights vs Canadiens
Photo d'archives, Martin Chevalier Robin Lehner, que l’on voit ici face à Brendan Gallagher lors des dernières séries, veut des changements, mais il ne prend pas les bons moyens.

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Robin Lehner a lâché une bombe en fin de semaine en réclamant la tête d’Alain Vigneault comme entraîneur-chef des Flyers de Philadelphie parce qu’il aurait donné des médicaments à des joueurs, sans prescriptions, mais finalement c’était pour une autre raison. 

Le gardien des Golden Knights de Vegas part en croisade, mais je vais laisser les « dinosaures » de côté et m’en tenir à l’aspect médical. Il y a beaucoup d’éléments dans ce que Lehner a dit. S’il dénonce une certaine culture dans le monde du hockey, je n’aime pas qu’il s’en prenne à des individus publiquement.  

C’est la première fois que je vois un joueur réclamer le congédiement d’un entraîneur qui n’a jamais été le sien. J’ai joué pour Alain Vigneault pendant trois ans et je ne l’ai jamais vu dire à des joueurs de prendre des médicaments. En fait, je n’ai jamais vu un entraîneur agir ainsi. Vigneault est la mauvaise cible. 

J’ai beaucoup de respect pour Lehner, un gars qui a traversé plusieurs épreuves et qui veut faire changer les choses. Mais pour lancer des accusations publiquement, il faut être certain à 100 % de ce que l’on avance, et ce n’est peut-être pas la meilleure façon de faire. 

Eh oui, un changement de culture est souhaitable.  

C’est vrai que les joueurs de hockey ont facilement accès à des médicaments, que ce soit des anti-inflammatoires, des antidouleurs ou des somnifères. Dans la LNH, on peut avoir ce qu’on veut comme un enfant dans un magasin de bonbons. 

Dans l’avion, après le match, les thérapeutes du sport passent dans l’allée avec un cabaret de médicaments avec des contenants numérotés, et dans mon cas, le numéro 60, il y avait des antidouleurs en raison de ma hanche qui me faisait souffrir.  

Je prenais aussi des somnifères et je dirais que près de 85 % des joueurs en prennent, surtout sur la route. Ça m’aidait à dormir comme un bébé. 

Un meilleur suivi 

Même s’il devrait y avoir un meilleur suivi, il faut comprendre que le médecin de l’équipe n’est pas complètement à l’écart. Chaque joueur passe un examen médical avant le début de la saison et le médecin donne ses ordonnances. L’équipe fait les provisions de médicaments et ils deviennent accessibles, mais rien n’empêche un joueur de demander plus de doses et ça ne passe pas par l’entraîneur-chef. 

Pour vous montrer à quel point c’est facile, j’ai déjà demandé au dentiste d’une de mes équipes lors du party de fin de saison de me prescrire des antidouleurs pour l’été, non pas pour un mal de dents, mais pour ma hanche. On avait chacun pris deux ou trois verres et il m’a rédigé la prescription sur une napkin.  

Des joueurs dépendants 

Les joueurs avec des problèmes de dépendance, comme ce fut le cas de Lehner, peuvent aisément abuser de médicaments et se retrouver avec de gros problèmes, mais c’est plus souvent à la retraite que ça dérape. 

J’ai continué à prendre des somnifères pendant deux ans après ma carrière. Ce n’est pas normal d’en prendre tous les soirs. Les antidouleurs sont plus dangereux, et comme les joueurs dépendants retraités n’ont plus accès à ces médicaments à volonté, ils se tournent vers autre chose. 

Ils peuvent en acheter sur le marché noir, ou pire encore, se tourner vers des substances comme de l’héroïne. C’est ce qui est arrivé à mon ancien coéquipier au Colorado, Marek Svatos. Il avait subi plusieurs opérations à l’épaule et prenait des antidouleurs constamment. Il est mort à 36 ans d’une surdose. 

C’est une cause importante et bravo à Lehner d’en parler. La LNH et l’Association des joueurs pourraient en faire davantage, mais j’aimerais mieux voir un débat constructif plutôt qu’une chasse aux sorcières. L’approche cowboy de Lehner n’est pas la solution, mais elle sensibilise et elle propose un changement de culture qui est nécessaire. 

Propos recueillis par Gilles Moffet

 Entrefilets  

Un chevalier très volubile 

Depuis quelques semaines, Robin Lehner est devenu une mine d’or pour les médias avec son évaluation des gardiens, ses commentaires sur le dossier Jack Eichel, sa demande de congédiement d’Alain Vigneault, sa croisade contre l’abus de médicaments, et il paraît que ce n’est qu’un début. J’ai hâte de voir comment la LNH va gérer tout ça, mais Lehner ne devrait pas oublier qu’il est payé pour arrêter les rondelles devant le filet des Golden Knights de Vegas. Il se met beaucoup de pression et il risque de devenir une distraction pour son équipe. 

Pas inquiet pour Price 

On dit que c’est une maladie (pas la COVID-19) qui tiendrait Carey Price hors de la patinoire. Peut-être que ça va retarder son début de saison de quelques jours, mais je ne suis pas inquiet, tant que ce n’est pas trop long. Jake Allen peut très bien faire le travail en début d’année. J’aime beaucoup l’acquisition de Samuel Montembeault, mais reste à voir quel sera son rôle. J’espère que Cayden Primeau jouera le plus de matchs possible avec le Rocket de Laval. Chose certaine, que ce soit Montembeault ou Michael McNiven qui se retrouvera à Trois-Rivières, les Lions auront un excellent gardien. 

Poehling sous la loupe 

Il n’y a pas de grande histoire au camp d’entraînement du Canadien, mais le nom de Ryan Poehling est celui qui revient le plus souvent. Il a bien progressé l’an dernier avec le Rocket. Je ne me fie jamais beaucoup à ce que je vois au camp et Poehling devra forcer la main de Dominique Ducharme. Comme d’habitude, les vétérans commencent lentement et s’imposent graduellement, mais Poehling a encore tout à prouver. 

Drouin a du plaisir 

Jonathan Drouin semble avoir retrouvé le plaisir de jouer et c’est beau à voir. Il a la sympathie du public et c’est fantastique. Ça va l’aider en début de saison, mais comme n’importe qui, cette sympathie sera conditionnelle à ses performances. Dommage que Cole Caufield ait subi une blessure, mais autant j’ai hâte de le voir, autant j’espère qu’on saura s’ajuster s’il connaît un début de saison ordinaire. Je veux bien qu’on soit patient, mais pas trop. Il ne faut pas répéter l’erreur Jesperi Kotkaniemi. Caufield mérite de débuter la saison avec le Canadien, mais on ne peut écarter la possibilité d’un séjour avec le Rocket éventuellement.