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Facebook: un cercle vicieux de colère

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Ce qui m’a le plus frappée dans le témoignage de la lanceuse d’alerte Frances Haugen, c’est lorsqu’elle a décrit Facebook comme un réseau qui se nourrit de colère. 

Le contenu qui provoque le plus d’« interactions » (commentaires, partage, etc.) est du contenu « enragé ». Plus vous lisez du contenu « enragé », plus vous allez vouloir passer de temps à lire d’autres contenus « enragés », plus Facebook va vous « pousser » du contenu « enragé », plus Facebook fait des sous. 

C’est un cercle vicieux de colère. Pas étonnant que tout le monde soit tout le temps en cr... de ta.... !

UN RÉSEAU TOXIQUE

Depuis quelques jours, j’ai l’impression de vivre dans un épisode de Black Mirror. Après avoir vu l’entrevue de Frances Haugen à l’émission 60 minutes, et après avoir lu sur son témoignage au Congrès, je n’arrête pas de penser à cette série géniale et cynique qui dépeint un monde cruel où l’humain n’est qu’un mouton asservi à la technologie. 

Quand on regarde des épisodes terrifiants de Black Mirror sur la dictature des médias sociaux, sur des esclaves digitaux collés à l’écran (le miroir noir) de leur cell ou de leur ordi, on se dit que c’est de la fiction, que les scénaristes ont beaucoup d’imagination, qu’ils nous parlent d’un futur éloigné, que c’est de la dystopie.

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Mais quand on apprend que les recherches internes de Facebook concluent qu’Instagram (qui lui appartient) est toxique pour les jeunes filles, détruit leur image corporelle, donne des idées suicidaires, provoque des troubles alimentaires... on se dit que même Black Mirror n’irait pas aussi loin.

  • Écoutez la chronique de Sophie Durocher au micro de Philippe-Vincent Foisy sur QUB Radio:

Même les scénaristes de Black Mirror n’auraient pas pu imaginer une telle complaisance de Facebook face à la désinformation, face à la propagation de propos haineux : « à choisir entre le bien public et le bien de Facebook, l’entreprise va toujours choisir le bien de Facebook », disait en résumé Mme Haugen. On va amasser des milliards, peu importe les ravages que ça va causer dans le tissu social. Plus cynique que ça, tu meurs.

Ce n’est pas par hasard si Haugen a dépeint Facebook comme un fabricant de cigarettes qui a en mains toutes les études prouvant que son « produit » est nocif, mais qui ne fait rien pour le rendre plus sécuritaire et qui, au contraire, fait tout pour le rendre plus attrayant. 

LA JEANNE D’ARC DU WEB 

On avait déjà compris la mécanique de ces réseaux sociaux avec le brillant documentaire Social Dilemma. Ce n’est pas comme si on ne savait pas à quel point les algorithmes rythment nos vies. Mais il y a quelque chose dans le calme de Frances Haugen, dans sa détermination tranquille, qui en fait une vraie héroïne crédible.

Je vous fais une prédiction. Dans quelques mois, on verra au cinéma un film racontant l’histoire de Frances Haugen, la blonde lanceuse d’alerte. C’est un scénario hollywoodien : la jeune ingénieure qui perd un ami au complotisme, qui jure de prendre sa vengeance et qui sort en grand secret des tonnes de documents incriminants pour Facebook. 

Qui sait, c’est peut-être Julia Roberts, qui avait incarné au grand écran la fabuleuse Erin Brockovich, qui jouera le rôle ! 

En 2010 David Fincher sortait le film The Social Network, sur la vraie histoire des débuts et de l’ascension de Facebook. 

Une décennie plus tard, aura-t-on un film sur la vraie histoire de la chute et la fin de Facebook ?