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Joyce Echaquan: un rapport qui glace le sang

Palais CHSLD Herron
Photo d’archives, Chantal Poirier La conclusion-choc de Me Géhane Kamel nous interpelle tous : la mort de Joyce Echaquan était tout à fait évitable.

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On ne sort pas indemne de la lecture du rapport de la coroner Me Géhane Kamel sur la mort atroce de Joyce Echaquan dans un hôpital de Joliette.  

Son détail minutieux des dernières heures de la jeune femme attikamek de 37 ans, morte sous les insultes racistes du personnel pendant qu’elle filmait en direct sa propre agonie, glace le sang.

La toxicité des préjugés anti-autochtones dénigrants dont elle fut aussi l’objet de la part de chefs de service, de médecins et de préposés lève le cœur. Les diagnostics erronés qui en ont résulté sont révoltants. 

La conclusion-choc de Me Kamel nous interpelle tous : la mort de Joyce Echaquan était tout à fait évitable.  

Certains l’ont critiquée pour les émotions qu’elle a osé exprimer en point de presse. Devant une mort aussi abominable, ne devrait-on pas plutôt se méfier des impassibles au cœur de pierre ? 

La coroner fait plusieurs recommandations, notamment au Collège des médecins, à l’Ordre des infirmières du Québec, au CISSS et au ministère de l’Enseignement supérieur.

Parce qu’elle identifie le racisme systémique comme une des causes du décès, Me Kamel recommande au gouvernement d’en reconnaître l’existence. 

Le courage des mots

Tout en respectant leur indépendance, elle appelle les élus au « courage des mots » et à un « nécessaire rendez-vous » avec les Premières Nations. 

En réaction, sauf pour les pensionnats, François Legault a redit son refus de reconnaître l’existence d’un racisme systémique anti-autochtone au pays, y compris au Québec. 

Pour l’expliquer, le premier ministre s’est limité à la définition étroite du mot « systémique » trouvée dans le Petit Robert. Bref, dictionnaire ou pas, sa position reste la même. Sans appel. 

Il admet toutefois que Joyce Echaquan fut victime de préjugés, de discrimination et de racisme, mais selon lui, « on ne peut pas prétendre que le système [de santé] dans son ensemble est raciste ».

Pour ceux qui en doutaient encore, sa position ne changera pas. Il faudra donc faire avec. 

En lieu et place, il demande aux Premières Nations et aux Québécois de le juger sur ses « actions concrètes » pour contrer le racisme et la discrimination. Ce qui, inévitablement, soulève la question suivante. 

Le mot en « s »

Son refus à dire le mot en « s », tout en s’engageant en même temps à combattre ses manifestations, risque-t-il d’amoindrir les chances de réussite du « nécessaire rendez-vous », souhaité entre autres par Me Kamel ? 

Des gouvernements précédents ayant aussi contribué « concrètement » à établir de meilleurs rapports politiques, sociaux et économiques avec les Premières Nations, pour celui de M. Legault, seul le temps le dira. 

Ici comme ailleurs au Canada, l’espoir est pourtant permis. Les Québécois et les Canadiens sont nombreux à vivre un éveil sincère des consciences face au sort des Premières Nations. Leurs décideurs politiques suivront-ils la même cadence ? 

Il le faudra bien. La pire erreur serait de s’enferrer dans une lutte manichéenne qui nous condamne à tourner en rond. Car ne sont pas « racistes » ceux qui rejettent la notion de racisme systémique et ne sont pas woke ou « québécophobes » ceux qui s’en réclament.  

Nous serions tous sages d’en prendre bonne note. L’écoute et le dialogue valent beaucoup mieux qu’une surdité entêtée. 

Me Kamel se dit elle-même « utopiste » lorsqu’elle appelle à sortir de la polarisation actuelle. Espérons qu’elle ne sera pas la seule...