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Une ex-complotiste revit depuis qu’elle en est sortie

Avec du recul, elle trouve le mouvement particulièrement inquiétant

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Après avoir été entraînée pendant des années dans la spirale infernale de la désinformation, une ancienne adepte des théories du complot souhaite aider des conspirationnistes à se libérer de cette emprise.

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«Je dormais trois, quatre, cinq heures par nuit seulement. J’étais tout le temps sur les réseaux sociaux. J’avais l’impression d’être dans une spirale où tout allait très vite, c’était étourdissant. J’étais sous l’adrénaline en tout temps, assez pour que je sois aujourd’hui en dépression, maintenant que j’ai tout lâché», raconte Odile Maltais, une femme de 49 ans qui est sortie récemment du mouvement complotiste et qui vit à Saint-Edmond-des-Plaines, au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Odile Maltais, qui a reçu une éducation très catholique, s'est tournée vers la spiritualité à la suite de son divorce. Elle a suivi des ateliers et a entendu parler pour la première fois d’apocalypse, de cinquième dimension, mais aussi de contrôle de la population.    

  • Écoutez l'entrevue d'Odile Maltais au micro de Philippe-Vincent Foisy, sur QUB radio:   

Sa descente aux enfers s'est accélérée lorsqu'elle a déménagé loin de chez elle et est arrivée à Montréal. Son cercle d’amis s’est rétréci et elle s’est retrouvée entourée de gens qui baignaient dans le milieu de la spiritualité et qui croyaient à toutes sortes de théories, soutient celle qui a finalement reçu ses deux doses de vaccin.

Elle s'était liée d’amitié avec une femme qui lui racontait avoir vu des «hommes en noir» et que ceux-ci lui avaient dit de se préparer, que des extraterrestres étaient sur terre et qu’une «flotte intergalactique» viendrait sauver les hommes en cas de chaos.

«À ce moment-là, j’avais envie d’y croire, mais, en même temps, j’étais sceptique. Alors, je me suis mise à chercher et, comme on trouve tout sur internet, alors, je trouvais des réponses à mes questions et ça concordait avec ce que mon amie me disait», explique l’ancienne enseignante au secondaire en adaptation scolaire.

Malgré son scepticisme initial, les résultats de ses propres recherches sur internet concordaient avec ce qu’avançaient ces gens.   

Plongeon

L’arrivée de la pandémie, en la coupant un peu plus du monde, n'a fait que la conforter dans ses idées. Elle a commencé à suivre des groupes Facebook véhiculant ce genre de faussetés.

Quelques mois plus tard, Odile Maltais participait finalement à ses premières manifestations. Cela lui a permis d’élargir son cercle d’amis partageant ses idées. Elle s’est éloignée de son frère et a rompu avec plusieurs proches qui n’adhéraient pas aux mêmes idéologies.

Fin novembre, elle a participé à la manifestation ratée devant la supposée maison de François Legault dans Westmount, à Montréal. La mère de deux enfants s’impliquait de plus en plus et organisait même des manifestations. Avec des gens plus radicaux, elle était aussi prête à prendre le parlement, dit-elle.

Elle s'était liée d’amitié avec un homme qui était particulièrement enfoncé dans les théories complotistes.

«Il pensait, par exemple, que François Legault avait été exécuté pendant ses vacances en juillet et remplacé par un clone. Il était persuadé que Trump allait tous nous sauver», affirme-t-elle.

Avec lui, elle est allée distribuer des tracts dans deux postes de police de Rivière-du-Loup pour expliquer aux agents qu’ils étaient complices du gouvernement.      

  • Écoutez la chronique de Félix Séguin au mciro de Richard Martineau sur QUB radio:   

Événement déclencheur

Cependant cet ami a disparu le 27 janvier et n'a plus jamais donné de nouvelles.

«[Les gens du groupe] disaient qu’il était allé se cacher, qu’il avait amassé trop de preuves et que Trump l’avait mis en sécurité. Et c’est là où j’ai commencé à ne plus y croire. Et puis, chez nous, c’est comme si personne ne faisait rien pour le retrouver, les gens se sont tournés vers d’autres “gourous”», explique-t-elle.

L’homme de 40 ans est toujours porté disparu à ce jour.

Odile Maltais a commencé à chercher des réponses à ses questions sur d’autres sites que ceux utilisés par les complotistes. Sur des pages Facebook «anticonspirationnistes», elle a compris que certaines croyances n'avaient pas de sens.

«Pourquoi, par exemple, les élites voudraient tuer tout le monde avec les vaccins? Après, les élites se retrouveraient seules sur terre avec les complotistes qui sont contre eux? Ça ne marche pas», dit-elle en riant.

S’en sortir

C’est d’ailleurs grâce à l’une de ces pages qu’elle a appris l’existence de l’organisme Info-secte. En discutant avec un groupe et un intervenant, elle a noté des ressemblances entre son expérience et ce que d'autres personnes avaient vécu dans des sectes.

Mme Maltais a aussi décidé de demander de l’aide au Centre de prévention contre la radicalisation pouvant mener à la violence. Avec cet organisme, d'ailleurs, elle aimerait pouvoir aider les familles et les amis de complotistes à mieux comprendre comment rejoindre leurs proches et les ramener vers la réalité.

«Je suis en train de voir avec eux [...] comment je peux venir en aide à ces gens, mais aussi aux familles, parce qu’elles sont démunies et ne savent plus comment aider», confie Mme Maltais.


Si vous ou l'un de vos proches avez besoin d'aide ou d'information: Info-secte  

  • 514 274-2333          
  • Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence: Montréal: 514 687-7141 poste 116; ailleurs au Québec : 1 877 687-7141 poste 116                     

Confronter moins pour réduire les tensions  

Mike Kropveld, d'Info-secte
Photo courtoisie
Mike Kropveld, d'Info-secte

Il faut absolument éviter la confrontation sur les idées si l’on veut apaiser les tensions avec les gens qui adhèrent aux théories du complot, alors qu’un fossé se creuse, prônent des experts.

«La pire chose qu’on peut faire, en ce moment, c’est la confrontation. Ça nous conforte dans nos opinions, ça nous renforce encore plus dans nos croyances et nous retranche dans nos positions. On a tous un ego, donc on veut tous avoir raison», explique Odile Maltais, une ex-adepte des théories complotistes récemment repentie.

Sur les réseaux sociaux, les affrontements entre complotistes et «anticonspirationnistes» peuvent devenir particulièrement violents.

Pour Geneviève Beaulieu-Pelletier, psychologue clinicienne et professeure associée à l’UQAM, il faut comprendre que les gens adhèrent aux théories du complot parce que cela vient répondre à leurs besoins.

«Ça vient les rassurer, les calmer, même s’ils voient des informations contradictoires», explique-t-elle.

Solutions

De son côté, Mike Kropveld, fondateur d’Info-secte, indique que, si l'on essaie d’argumenter contre leurs idées et leurs croyances, les complotistes peuvent se sentir attaqués. 

Depuis quelque temps, l’organisme a vu une explosion de demandes de personnes qui tentent de garder le contact avec des proches pris dans la spirale du conspirationnisme.

«Pour garder le contact, il faut retrouver les points communs que l’on partage et discuter de choses qui nous rassemblent», explique-t-il.

Pour Margaux Bennardi, coordonnatrice de l’accompagnement et de l’engagement communautaire au Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence, il faut créer des espaces de dialogue et essayer de comprendre pourquoi certaines personnes adhèrent à ces théories, au lieu de les montrer du doigt.

«La pandémie est venue exacerber les facteurs de vulnérabilité comme l’isolement social, la perte d’un emploi ou d’un proche. Pour certaines personnes, ces théories sont venues donner des réponses claires, ce qui leur donne l’impression d’avoir du contrôle sur la situation», ajoute-t-elle.

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