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Legault doit cesser son cha-cha-cha sémantique

Quebec
Photo Stevens Leblanc La bataille du vocabulaire a pour fonction de construire l’univers mental dans lequel la société évolue.

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Alors qu’il tient tête depuis plus d’un an aux harceleurs médiatiques qui veulent à tout prix soumettre le Québec à la théorie du racisme systémique, François Legault s’est mis à tanguer quand la coroner Géhane Kamel, avec un sans-gêne idéologique grotesque, a repris à son compte cette accusation.

Le premier ministre semble assiégé, d’autant qu’on cherche à lui faire croire que les Québécois auraient de leur côté posé le genou à terre devant leurs agresseurs idéologiques. 

En disant qu’il y avait déjà eu du racisme systémique, mais qu’il n’y en a plus, le premier ministre a accrédité ce concept, en ouvrant une porte, sans le vouloir, à sa légitimation.

Kamel  

Tout le monde se couche, fais-le donc ! Tel est le slogan du moment. Qui « reconnaît » le racisme systémique a une âme bonne, qui s’y refuse a l’âme vile. Ce concept ne sert plus à décrire ou non la réalité, mais à trier entre les purs et les impurs, les gentils et les méchants. C’est un marqueur de moralité publique.

Pour se défendre, François Legault a sorti le Petit Robert. Convenons d’une chose : c’est un peu léger. 

Le premier ministre sent pourquoi il s’oppose à cette théorie toxique. Il devrait aussi le savoir, et l’expliquer aux Québécois clairement et sereinement en en finissant avec son petit jeu de cha-cha-cha sémantique. 

Il ne manque pas d’intellectuels brillants à avoir analysé cette notion en montrant à quel point elle n’est pas fondée sociologiquement. François Legault devrait s’asseoir avec eux pour approfondir sa réflexion. 

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

Car la guerre des définitions n’est pas une pure bataille de mots. En politique, celui qui achète un mot achète un concept, et les concepts entraînent des conséquences ensuite dans la définition des politiques publiques. 

La bataille du vocabulaire a pour fonction de construire l’univers mental dans lequel la société évolue. Si vous convainquez une société qu’elle est traversée par le « racisme systémique », ou qu’elle manque « d’ouverture à l’autre », ou qu’elle serait complaisante envers une « culture du viol », elle finira par agir dans cette direction.

Contre-offensive

Qui achète la théorie du racisme systémique accepte l’idée absurde que le Québec serait divisé entre une majorité blanche structurellement avantagée et des « minorités racisées » qui seraient victimes de processus discriminatoires visibles et invisibles. Il admet l’idée que les Blancs sont racistes parce qu’ils sont Blancs, que les minorités sont victimes parce qu’elles sont minoritaires. Il accepte de transformer la société en gigantesque atelier de rééducation. 

Il cède surtout à une vision de la société qui traite la moindre disparité statistique entre les groupes comme une preuve de racisme en plus de pousser à la victimisation les « minorités » qui en viennent à voir de la discrimination partout, sans jamais faire la moindre autocritique. 

On y revient : François Legault a fait preuve d’un immense courage depuis l’été 2020 en résistant à la pression médiatique. Mais la meilleure défense, c’est l’attaque. Sortir le dictionnaire ne suffira pas.