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Calgary ou le mépris du français

Calgary ou le mépris du français

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Le caractère fictif et sournois du Dominion « bilingue » a été révélé de manière spectaculaire en Alberta cette semaine.

Là-bas aussi, on est en campagne municipale. Et à Calgary, l’organisme qui gère l’élection a produit, comme il se doit, un guide destiné aux citoyens.

On y retrouve des informations en anglais, évidemment. Une partie de celles-ci est traduite en 10 langues.

Mais pas en français !

Un Franco-Albertain a demandé des explications. On lui a répondu par écrit, en anglais, que puisque tous les francophones parlent l’anglais, ils sauront bien comprendre.

L’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) a déposé une plainte à Elections Calgary, y voyant un déni du poids démographique réel des francophones dans cette ville. Ils sont près de 25 000 francophones et quelque 95 000 citoyens qui soutiennent pouvoir s’exprimer en français.

Sur les ondes de QUB radio, mercredi, la présidente de l’ACFA, Sheila Risbud, a fait valoir, avec raison, que le français en Alberta n’est pas une « langue comme les autres », que c’est une des deux déclarées officielles au Canada. Et une langue d’intégration en Alberta. Les « minorités francophones ont des droits », a-t-elle insisté.

Tout cela est vrai, mais il me semble que ça reste passablement gentil.

Cette affaire est carrément révoltante. On parle ici d’informations concernant le vote, un des droits politiques fondamentaux. Imaginez le tollé si, au Québec, l’anglais se retrouvait exclu d’informations électorales traduites par ailleurs en 10 autres langues !

Nausée

Ça donne la nausée. Même lorsqu’on met cela en contraste avec les bêtises et complaintes excessives (voire complotistes) qu’on entend ces jours-ci au sujet du projet de loi 96 du gouvernement Legault, notamment de la part de certains membres de la communauté anglophone.

Je pense à la célèbre avocate Anne-France Goldwater qui a affirmé que le projet de loi 96 créait une « nouvelle Gestapo ».

Hier, le prestigieux Globe and Mail consacrait son éditorial à apeurer le ROC (Rest of Canada) sur les épouvantables pouvoirs de perquisition qu’une éventuelle loi 96 accorderait aux enquêteurs.

Qui veut tuer son chien l’accuse d’avoir la rage : c’est la maxime que certains dans le ROC, et au Québec, ont systématiquement appliquée depuis des décennies pour miner autant que possible le combat québécois visant à créer, ici, une société pluraliste, mais dont la langue de convergence, le creuset, serait le français.

Une langue évidemment désavantagée sur ce continent et dans le monde.

Trémolos

Clifford Lincoln, par exemple, ministre de Robert Bourassa, a démissionné en 1988 pour protester contre l’utilisation de la disposition de dérogation par son chef.

Les trémolos dans la voix, il avait terminé son discours par « rights are rights are rights », comme s’il était une sorte de Martin Luther King de Pointe-Claire. Ou comme s’il rompait avec un gouvernement venant de commettre un abus de droit épouvantable (par exemple, emprisonner 500 personnes sans mandat).

Parmi ces « belles âmes », parions qu’aucune ne lèverait le petit doigt pour s’indigner du sort réservé aux francophones du reste du Canada, dont on asphyxie actuellement les quelques petites facultés universitaires, que ce soit en Ontario ou en Alberta.

Oh, et à quand un éditorial du Globe pour réclamer que les minorités francophones soient aussi bien financées et respectées que les anglophones du Québec ?