/opinion/blogs/columnists
Navigation

Des nouvelles de Cuba

Des nouvelles de Cuba
AFP

Coup d'oeil sur cet article

Il y a quelques jours, se terminait le IIIe championnat mondial Sub-23 de baseball, qui se tenait, cette année, au Mexique. Cuba misait beaucoup sur une équipe plus jeune et bien préparée pour récolter la médaille d’or. Malheureusement, la plus grande île des Antilles a terminé en quatrième position parmi les douze équipes en compétition. On peut toutefois dire que cette quatrième place constitue un exploit. C’est qu’en cours de route, l’équipe cubaine a perdu la moitié de ses effectifs. Douze joueurs ont fait défection, privant ainsi la délégation cubaine de ses meilleurs éléments et la plongeant dans la consternation. Mais, malgré l’adversité, les douze joueurs restants ont fait preuve d’un moral à toute épreuve pour se classer en quatrième position. Inutile de dire qu’à leur retour, ils ont été reçus avec tous les honneurs pour leur loyauté envers le pays qui les a formés.

Pourquoi cette situation ? Quoi de plus normal, pour un sportif, de rêver des plus grands honneurs. Ils sont nombreux, les joueurs de baseball cubains, à rêver de jouer dans les grandes ligues américaines. Cela représente, bien souvent, le couronnement de plusieurs années d’efforts et de sacrifices. Ce n’est pas seulement pour le salaire et les autres avantages financiers que cela peut représenter, mais aussi pour le prestige et la gloire personnelle. Car le baseball est le sport national de Cuba, comme le hockey l’est pour le Québec.

Par le passé, c’était le chaos total. Les plus ambitieux des « peloteros » cubains tentaient de gagner les États-Unis par toutes sortes de moyens, risquant bien souvent leur vie. Une fois sur place, on leur offrait ce qu’on n’offre à aucun autre joueur venu de l’étranger. Puis l’arrivée de Barack Obama à la présidence des États-Unis a permis de mettre un peu d’ordre dans le désordre. D’ailleurs, lors de sa visite à Cuba, le président Obama avait assisté à un match amical de baseball entre une sélection locale et les Rays de Tampa Bay, démontrant ainsi une passion commune pour ce sport. 

En décembre 2018, après trois ans de négociations, Cuba et les États-Unis signaient une entente qui allait enfin permettre aux peloteros cubains de signer des contrats professionnels avec les grandes ligues de baseball des États-Unis (MLB) — une trentaine d’équipes — et la Fédération cubaine de baseball (FCB). Tout était bien légal et les joueurs cubains pouvaient retourner dans leurs pays au terme de leur contrat.

La FCB a fourni une liste de trente-quatre joueurs pouvant ainsi être recrutés. Ceux-ci devaient être âgés de vingt-cinq ans ou plus et posséder six ans d’expérience minimum dans une équipe cubaine. Les formations intéressées à retenir les services de tels joueurs devaient payer à la FCB une redevance entre 15 et 25% du salaire offert au joueur, laquelle ne devait pas être déduite du salaire. Rien d’anormal puisque l’État cubain a assumé tous les coûts pour former un athlète des plus qualifié, dont il accepte de se départir moyennant compensation. L’argent ainsi amassé permettrait d’améliorer les installations sportives. On est tout à fait habitué à ce genre d’entente dans la Ligue nationale de hockey, sauf qu’ici, ce n’est pas un propriétaire privé qui négocie mais un État.

Or, que s’est-il passé depuis ? Le 8 avril 2019, à peine quatre mois plus tard, l’administration Trump déchirait l’entente sous prétexte qu’en s’octroyant des droits sur les peloteros, le gouvernement cubain pratiquaient ainsi la traite de personnes. Cette décision totalement injustifiée est venue mettre un terme au rêve de jeunes joueurs cubains d’évoluer dans les ligues majeures. Et a ouvert de nouveau la porte au chaos actuel. Je ne serais pas étonné que le sport préféré du nouveau président, Joe Biden, ne soit pas le baseball mais la balle molle.