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La pire job chez le Canadien

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Photo AFP Aux prises avec des troubles d’anxiété le printemps dernier, Jonathan Drouin a peut-être inspiré Carey Price à entreprendre des démarches pour obtenir de l’aide.

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Comme Jonathan Drouin il y a six mois, Carey Price met à son tour sa carrière en veilleuse pour obtenir de l’aide psychologique. Leur histoire me porte à me demander si la pression qui vient avec le mandat de défendre les couleurs du Canadien est plus forte qu’elle ne l’a jamais été.

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Lorsqu’il jouait, Marc Bergevin avait une idée de ce que les joueurs du Canadien vivaient, même si sa carrière ne l’a pas amené à évoluer dans sa ville natale. La Ligue nationale de hockey est un petit monde où tout finit par se savoir. 

À titre de directeur général, Bergevin entretient des liens serrés avec ses joueurs. Il les connaît bien. Comme il l’a répété hier, certains joueurs sont capables de composer avec la pression. Il en est moins sûr pour d’autres.

Comme il l’a ajouté en faisant référence à ces derniers, ce n’est pas un défaut ni une faiblesse.

Il faut se rappeler que les athlètes, aussi talentueux peuvent-ils être, sont des êtres humains comme tout le monde.

Des indices dans le passé

Même si Price s’est maintes fois dit heureux de faire carrière à Montréal, il lui est arrivé de faire montre d’exaspération quant aux épreuves qui alimentent la vie d’un joueur du Canadien.

À la manière de Patrick Roy, un soir de décembre 1995, il avait levé les bras en signe de dérision aux spectateurs qui l’avaient hué après un arrêt de routine dans un match des séries contre Boston, en 2009.

Le lendemain, il s’était présenté avec sa casquette abaissée à la hauteur de ses yeux lors du post-mortem.

Rappelons-nous de son célèbre chill out encore à l’intention des amateurs le jour suivant une contre-performance dans un match préparatoire.

Ou encore quand il avait dit qu’il se sentait comme un hobbit dans un trou parce qu’il ne pouvait pas sortir de chez lui.

Comment ne pas être insensible ? 

Manifestement, il faut croire que cette attention et la pression de son boulot ont fini par le bouffer.

Quand on pense, il n’y a pas pire job chez le Canadien que celui de gardien.

Kevin Poulin, qui ne demande qu’à avoir une nouvelle chance, s’est fait narguer dernièrement par la foule au Centre Bell, après avoir commis une maladresse avec la rondelle lors d’un match préparatoire contre les Leafs.

Avant Price, José Théodore est passé de héros à zéro. Un jour qu’il s’était dit imperméable aux critiques des amateurs et des journalistes, j’avais croisé Jean Béliveau sur la rue Saint-Charles, à Longueuil.

De lui-même, il m’avait parlé de la situation de Théodore.

« Ne crois pas José, ça fait mal quand on est hué par nos propres partisans », m’avait-il dit.

Incroyablement, il était passé lui-même par là dans les années suivant la dernière des cinq conquêtes consécutives de la coupe Stanley auxquelles il avait contribué, de 1956 à 1960, et sa première à titre de capitaine en 1965.

On l’avait dit au bout du rouleau.

Pas le premier ni le dernier

Des gardiens du Canadien ont fait des dépressions à des époques où la santé mentale ne faisait même pas partie du vocabulaire. 

En 1941, Wilf Cude a mis fin à sa carrière après avoir lancé vers son épouse son repas d’avant-match. Le steak, qui était la norme alimentaire dans le temps, avait donné contre un mur.

Son successeur Bill Durnan s’est retiré lui aussi parce qu’il ne pouvait plus supporter la pression.

Alors que j’étais jeune journaliste au défunt Montréal-Matin dans les années 1970, Gerry McNeil m’avait raconté comment Dick Irvin pouvait être dur avec lui.

Jacques Plante a dû mettre Toe Blake au pied du mur pour qu’il lui permette de porter le masque. Les relations entre les deux hommes ont toujours été tendues.

Patrick Roy, de qui on disait qu’il carburait à la pression, a craqué un soir de décembre 1995, au Forum.

Faut demander de l’aide

Pendant toutes ces années, les joueurs gardaient tout en dedans de crainte de passer pour des êtres fragiles.

C’est ce qui avait été dit de Frank Mahovlich, qui avait été hospitalisé pour dépression parce que son entraîneur Punch Imlach lui avait rendu l’existence infernale.

Aujourd’hui, les joueurs de la LNH peuvent appeler une ligne privée où ils peuvent s’inscrire à un programme de support moral. 

L’exemple de Drouin a peut-être inspiré Price à faire ses démarches. D’autres cas vont probablement s’ajouter à travers la ligue.  

Les histoires de Drouin et Price montrent que la richesse ne les place pas à l’abri de troubles d’anxiété.

Quand les choses ne vont pas, il ne faut pas hésiter à consulter. Oui, ça demande du courage, mais c’est la chose à faire.