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L'impolitesse systémique

Angry couple arguing in the street
Photo Adobe Stock La politesse est un atout personnel et social.

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La grossièreté, la vulgarité langagière, l’insolence, le sans-gêne et l’incivilité, voilà ce qui caractérise nos rapports sociaux dans le Québec de 2021.

La pandémie a d’ailleurs augmenté les impolitesses de tout genre. Se rend-on compte que notre vie quotidienne est polluée à cause de ces microagressions ?

Les lecteurs sont nombreux à dénoncer ceux qui s’adonnent sans relâche à nous pourrir la vie avec leurs remarques désobligeantes, leur f... et leur mange de la m... si par inadvertance on les frôle dans une allée au supermarché, si l’on n’avance pas assez vite dans une queue, si l’on prend un chariot sans s’être rendu compte qu’ils l’avaient zieuté avant nous.

Dans les commerces, il est rare qu’on entende un bonjour, un au revoir ou un merci. Demandez aux vendeurs qui doivent supporter les mauvais comportements des clients à longueur de semaine.

Insultes

Interrogez des enseignants qui se font insulter comme du poisson pourri par des parents pour une remarque faite à leur enfant-roi, une mauvaise note donnée à leur progéniture qu’ils estiment surdouée. Demandez-leur de vous parler des jeunes qui leur lancent des crayons et même des chaises à la tête. Écoutez des professeurs de cégep et d’université vous décrire avec quelle grossièreté des étudiants s’adressent à eux, les engueulent et quittent même la salle de cours en marmonnant des insanités.

Parlons des dérapages à l’Assemblée nationale, temple supposé sacré où s’exerce la démocratie. Où on trouve des élus du peuple mal embouchés ou à l’arrogance cinglante et d’autres incapables de formuler leurs remarques avec un minimum de décorum qu’exige le lieu.

Le premier ministre Legault devrait quant à lui ne pas s’exposer à être insulté comme « un gars comme les autres » dans les mêlées de presse avec les journalistes. Certains s’adressent à lui de façon irrespectueuse, sans égards à sa fonction.

Bien sûr, toute question formulée dans une langue correcte, sans familiarité et agressivité est acceptable, car le premier ministre se doit de rendre des comptes aux citoyens. Mais le ton cavalier de ces confrères qui s’acharnent à tenter de « planter » le premier ministre de tous les Québécois est intolérable aux yeux de beaucoup de citoyens.

Respect

Certains estiment que la politesse est une fausse vertu qui cacherait l’hypocrisie et la fourberie. On pourrait en convenir. Mais la politesse est aussi un signe de respect de l’Autre et une manière de rendre la vie en société plus agréable et plus facile.

Au Québec, la familiarité est de mise. Mais cette familiarité a aussi des limites. On le constate dans l’usage du tutoiement et du vouvoiement.

À l’évidence, dans les générations actuelles, nombreux ignorent le vouvoiement. Or, avec l’âge, se faire interpeller avec un « tu » bruyant par des étrangers et des jeunes au nombril pas encore sec n’est ni flatteur ni tolérable. 

« On se tutoie », décrètent souvent des gens plus jeunes. « Si vous voulez » est ma réplique la plupart du temps. Car si je vouvoie paradoxalement des personnes qui me sont chères, je peux tutoyer des gens avec qui je n’ai aucune intimité. Comme quoi le tu et le vous sont des subtilités que nous offre la langue française. Heureux ceux qui la maîtrisent.