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Le vaccin, les anges et les démons

Samuel Vaillancourt
Photo Pierre-Paul Poulin On dit mettre la sécurité au-dessus de tout… sauf au-dessus d’une conviction religieuse.

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Quand une crise sanitaire d’une ampleur historique frappe, on s’attend à ce que nos gouvernements placent notre sécurité au-dessus de tout.

Il est alors entendu que si nos libertés sont restreintes, c’est temporairement et uniquement en raison d’une situation exceptionnelle.

Ainsi, le 15 octobre prochain est la date ultime à laquelle tous les employés du système de santé au Québec devront avoir été obligatoirement vaccinés.

Le mot clé est « obligatoirement », et que les syndicats s’y opposent est ignoble.

Le gouvernement Legault a cependant tort d’exempter les lieux de culte de l’obligation du passeport vaccinal.

Oups !

Le gouvernement fédéral, lui, imposera aussi la vaccination obligatoire à tous ses fonctionnaires.

Ceux qui refusent se verront mis en congé sans solde dès le 15 novembre.

Oui, madame, on durcit le ton, on ne rigole plus avec les récalcitrants, c’est la fin de la récréation !

Pour l’occasion, comme c’est « réellement » important, on met de la sauce rhétorique.

« En exigeant que les employés de la fonction publique soient entièrement vaccinés, nous donnons la priorité à la santé et à la sécurité des fonctionnaires, de leurs familles et de leurs voisins. »

C’est Justin qui parle ainsi et nous montre ses petits muscles.

Seule une contre-indication médicale vérifiée pourra justifier une exemption.

Wôôô ! Non, stop ! On coupe ! Pas vrai ! Prise deux...

Ne me dites pas que vous ne me voyez pas venir, vous me décevriez.

Si vous avez été attentifs, vous avez entendu Justin dire qu’il y aurait des exemptions... pour des raisons religieuses.

Nous sommes au Canada, voyez-vous.

On dit mettre la sécurité au-dessus de tout... sauf au-dessus d’une conviction religieuse.

On dit à tous de se plier de bonne grâce au nom du respect et de la sécurité de tous.

Mais celui qui est suffisamment fanatisé (quel autre mot convient ici ?) par sa foi pourra conserver son « droit » de mettre en danger la santé des autres.

La sienne, à la limite, je m’en fous un peu, mais celle des autres ? Parce qu’il est persuadé, dur comme fer, d’entretenir une relation privilégiée avec le surnaturel ?

Justin s’en excuse presque : ce n’est pas moi, c’est la loi, dit-il piteusement.

On dit à tous les récalcitrants qu’ils « retardent le groupe », mais on va accepter que les ultraradicaux du surnaturel, eux, fassent à leur tête ?

Euh, au Canada, oui.

Égaux ?

La Cour d’appel avait pourtant reconnu le droit du Port de Montréal d’imposer aux camionneurs sikhs le casque qu’ils refusaient pour ne pas devoir enlever leur turban.

On avait jugé que la sécurité primait la liberté religieuse.

Mais la vaccination, elle, pourtant motivée aussi par la sécurité, pourra être refusée pour des motifs religieux.

Je répète, nous sommes au Canada : ici, on peut prêter serment de citoyenneté le visage voilé au nom d’une religion.

Et on nous les casse encore avec l’égalité de tous au Canada.

Faux. Les croyants les plus « crinqués » ont plus de droits que vous et moi.