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L’ex-maire poursuivi se présente dans la ville d’à côté

Roland-Luc Béliveau tente maintenant sa chance à Saint-Bernard-de-Lacolle

Roland-Luc Béliveau
Capture d'écran Roland-Luc Béliveau

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Persona non grata dans son ancienne ville qui le poursuit pour plus de 100 000 $, l’ex-maire de Lacolle tente maintenant sa chance dans la petite municipalité voisine, au grand désespoir d’élus locaux. 

• À lire aussi: 104 000$ réclamés à l’ex-maire de Lacolle

Distantes d’à peine quelques kilomètres, dans le sud de la Montérégie, les municipalités de Lacolle et de Saint-Bernard-de-Lacolle pourraient avoir bien plus que leur nom en commun si Roland-Luc Béliveau est élu le 7 novembre. 

L’ex-maire de Lacolle Roland-Luc Béliveau tente maintenant sa chance dans la municipalité voisine, Saint-Bernard-de-Lacolle.
L’ex-maire de Lacolle Roland-Luc Béliveau tente maintenant sa chance dans la municipalité voisine, Saint-Bernard-de-Lacolle.

M. Béliveau est bien connu dans la région : il a fait les manchettes à plusieurs reprises à la suite de son élection à Lacolle en 2013.

Québec avait notamment déposé une requête pour lui faire perdre son titre de maire, alléguant qu’il n’était pas résident de la municipalité de Lacolle, requête qui a été rejetée en 2014. M. Béliveau a été aussi la cible de deux enquêtes en déontologie de la Commission municipale du Québec (CMQ), dont un dossier est toujours en cours (voir ci-contre). 

Encore cet été, l’ancien élu, qui avait tenté en vain de se représenter au scrutin de 2017, a fait l’objet d’une poursuite de la municipalité de Lacolle, qui lui réclame 104 000 $ pour les frais d’avocats encourus lorsqu’il était maire pour se défendre devant la CMQ. 

À gauche, Robert Duteau, maire de Saint-Bernard-de-Lacolle. À droite, Jacques Lemaistre-Caron, maire de Lacolle.
Photos courtoisie
À gauche, Robert Duteau, maire de Saint-Bernard-de-Lacolle. À droite, Jacques Lemaistre-Caron, maire de Lacolle.

« On en écope encore »

La nouvelle selon laquelle leur ancien maire tentait maintenant de rafler la mairie de Saint-Bernard-de-Lacolle a suscité l’indignation à l’hôtel de ville de Lacolle au cours des dernières semaines. 

Selon le directeur général Jean-Pierre Cayer, la municipalité a encore à ce jour des démêlés avec M. Béliveau et doit chaque année le menacer de mettre certaines de ses propriétés en vente pour non-paiement de taxes.

« Depuis quatre ans, il n’y a pas une semaine ou un mois qu’on ne parle pas d’une problématique qui a rapport avec monsieur. Il a laissé l’administration dans [...] une détresse. Ça a coûté au-dessus de 500 000 $ de frais d’avocat. Il y a eu des personnes qui ont été congédiées pour rien, il y a six directeurs généraux qui sont passés, il y a des personnes qui sont tombées en burn-out », explique le maire Jacques Lemaistre-Caron, qui vient d’être réélu sans opposition à Lacolle.

« Du côté administratif, toutes les affaires ont été faites toutes croche [...] C’est incroyable le trou qu’il a laissé. On en écope encore ».  

M. Lemaistre-Caron affirme ne pas comprendre l’inaction de Québec dans ce dossier, d’autant plus que le conseil municipal de Lacolle aurait sollicité l’aide du ministère des Affaires municipales à plusieurs reprises. 

« Il [le ministère] savait que c’était non fonctionnel chez nous [...] mais ça a pris l’élection municipale pour le tasser [...] Ça fait aucun sens. Un individu qui a causé autant de torts à une communauté [...] Ça ne devrait pas exister, le droit de se représenter. Autant chez nous qu’ailleurs », affirme le maire.  

Le maire sortant étonné

À Saint-Bernard-de-Lacolle, Robert Duteau, qui quitte la vie politique après 16 ans comme maire, cachait mal sa déception lorsque nous l’avons contacté. Il appuie d’ailleurs ouvertement une autre candidate à la mairie. 

« Je ne sais pas trop ce qu’il s’en va faire là [...]. Les gens devraient connaître son histoire [...] Ce n’est pas logique », dit-il. 

M. Béliveau a refusé notre demande d’entrevue par texto, écrivant qu’il ne pouvait pas « accepter cette publicité gratuite, ce qui ne serait pas acceptable pour [ses] adversaires ». Il a également enjoint la journaliste à « passer à un autre appel ».

– Avec la collaboration d’Andrea Valeria  

Un passage mouvementé à la mairie  

2013 

  • Élection de Roland-Luc Béliveau à la mairie de Lacolle.  

2014 

  • Requête à la Cour supérieure pour le déposséder de son statut de maire, puisqu’il ne demeurait pas sur le territoire de sa municipalité selon le procureur général du Québec. La requête est rejetée.  

2017 

  • La Commission municipale du Québec (CMQ) lui impose une suspension de 30 jours sans salaire pour avoir participé aux discussions sur un sujet dans lequel il avait un intérêt personnel, en séance du conseil municipal. M. Béliveau dépose une contestation, qui est rejetée.  
  • En novembre, il n’est pas réélu à la tête de Lacolle.   

2018 

  • La CMQ le déclare coupable de 18 manquements au code d’éthique de sa municipalité et le condamne à rembourser l’équivalent de 30 jours de son salaire comme maire. M. Béliveau conteste cette décision. Une audience aura lieu à la Cour supérieure en septembre 2022.   

2021 

  • Lacolle intente une poursuite de 104 000 $ contre M. Béliveau, alléguant que sa contestation de la décision de 2017 de la CMQ a entraîné des frais d’avocats « déraisonnables et disproportionnés ». Le dossier suit son cours.    

Le conseiller qui nie la pandémie est de retour 

Par ailleurs, le conseiller municipal André Lafrance se présente à nouveau au poste de conseiller à Saint-Bernard-de-Lacolle. L’automne dernier, Le Journal rapportait que cet élu niait l’existence de la pandémie, ce qui avait amené ses collègues à adopter une résolution pour lui demander de démissionner.

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