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L’horreur des enfants disparus

Anne Panasuk
Photo courtoisie, Pat Lachance

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La journaliste et anthropologue Anne Panasuk donne la parole à des autochtones de tous âges qui ont décidé de briser le silence dans un document percutant, Auassat : à la recherche des enfants disparus. Le livre, dont la recherche documentaire est en partie tirée du balado Histoires d’enquête : chemin de croix, raconte les histoires d’horreur d’enfants autochtones enlevés à leur famille et le combat des familles pour connaître la vérité. 

Auassat signifie « les enfants », en innu. Le document dévoile un chapitre ignoré des relations de la société québécoise avec les premiers peuples. Une histoire terrible qui explique quantité de traumatismes transmis d’une génération à une autre.

Au début des années 1970, des enfants autochtones ont disparu après avoir été envoyés à l’hôpital pour y être soignés sans leurs parents. Certains, déclarés morts alors qu’ils ne l’étaient pas, ont été adoptés. Plusieurs ont perdu la vie sans que leurs proches en aient été avertis.

<strong>Auassat: à la recherche des enfants disparus</strong><br><em>Anne Panasuk</em><br>Éditions Édito<br>288 pages
Photo courtoisie, Éditions Edito
Auassat: à la recherche des enfants disparus
Anne Panasuk
Éditions Édito
288 pages

Encore aujourd’hui, il y a des familles qui cherchent ces enfants, ces frères, ces sœurs, ces neveux et nièces, ces cousins, ces amis qui n’ont jamais été oubliés. 

Anthropologue et journaliste à Radio-Canada, Anne Panasuk s’est lancée en 2014 dans une enquête pour savoir ce qu’il leur était arrivé. Ses recherches ont montré que le même scénario épouvantable s’est produit dans plusieurs communautés autochtones. Elles l’ont conduite sur la piste des Oblats de Marie-Immaculée, « qui régnaient en rois et maîtres » chez les Innus et les Atikamekw.

Un pan de l’histoire

L’enquête difficile qu’elle a menée sur le terrain et les témoignages recueillis lui ont aussi permis de documenter des agressions sexuelles commises par des missionnaires dans huit communautés autochtones du Québec.

Anne Panasuk, maintenant grand-mère, confirme que son travail a été difficile. « On ne peut pas faire le deuil d’un enfant que tu vois partir, tu ne sais pas ce qu’il a fait, est-ce qu’il a souffert, est-ce qu’il est mort ? Dans certains cas, ils te disent qu’il est mort. Mais il est mort de quoi ? Il est mort comment ? Il est où ? C’est épouvantable », commente-t-elle.

Les faits énoncés et les témoignages sont choquants. « Je ne m’attendais pas à trouver ça. Quand la première personne m’a approchée, me disant qu’elle cherchait sa sœur, à Blanc-Sablon, je pensais que c’était un cas. Après, elle m’a dit : il y en a d’autres, aussi. Je ne m’attendais pas à découvrir un pan de l’histoire, de notre histoire avec les Premières Nations. »

Elle poursuit. « C’est ça qui s’est passé. C’est de ça qu’on a été complices. Et ça, ça a des répercussions énormes sur les parents. L’idée, c’était de dévoiler ça. » 

« On pensait qu’ils n’étaient pas attachés à leurs enfants, que c’était bien trop compliqué. À Wemotaci, il y a une femme à qui on a dit : “Fais-en d’autres enfants”. »


  • Anne Panasuk est anthropologue.
  • Elle a été journaliste à la télévision de Radio-Canada pendant 38 ans.
  • Sa connaissance des Premières Nations lui a permis de révéler des histoires méconnues dans ses reportages, dont l’excellence a été maintes fois soulignée.
  • En juin 2021, elle a accepté le rôle de conseillère spéciale pour le soutien aux familles d’enfants autochtones disparus auprès du ministre des Affaires autochtones du Québec.