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Notre catastrophique pénurie de main-d'oeuvre

Finances Eric Girard
Photo d'archives, Simon Clark Le ministre des Finances, Eric Girard, va dévoiler une mise à jour économique le mois prochain.

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Comme promis par le premier ministre François Legault, la pénurie de main-d’œuvre au Québec sera au cœur de la prochaine mise à jour économique que le ministre des Finances, Eric Girard, dévoilera le mois prochain.

À vrai dire, le gouvernement Legault n’a pas le choix : il lui faut absolument mettre en place un train de mesures pour, à tout le moins, freiner la hausse fulgurante de ladite pénurie de main-d’œuvre.

Imaginez-vous qu’en 2015, alors que le nombre de postes vacants au Québec s’élevait à la fin de l’année à 52 205, les spécialistes du ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale affirmaient qu’il n’y aurait pas de pénurie généralisée de main-d’œuvre au cours des 10 prochaines années.

Quelle prédiction ratée !

En effet, les spécialistes du ministère se sont littéralement mis le doigt dans l’œil alors qu’on se retrouvait à la fin de juillet dernier aux prises avec 221 415 emplois vacants au Québec, soit quatre fois plus qu’en 2015.

La rareté de la main-d’œuvre a atteint un niveau dramatique. Car depuis 2015, le nombre de postes vacants ne cesse de grimper de trimestre en trimestre.

Juste avant la paralysie du marché du travail à cause du déclenchement de la pandémie de la COVID-19, il y avait 128 410 postes vacants au premier trimestre 2020, selon les données de Statistique Canada. Quinze mois plus tard, le nombre de postes vacants explose de 72 % pour dépasser la barre des 221 000.

LA PIRE PROVINCE

C’est d’ailleurs le Québec qui affiche au Canada le pire déséquilibre dans le marché du travail.

À titre de comparaison, le nombre de postes vacants a enregistré au cours de la même période (mars 2020 à juillet 2021) un bond de 52 % dans l’ensemble des autres provinces canadiennes. En Ontario, les postes vacants ont augmenté de 59 %.

Contrairement à ce que l’on peut penser, les postes vacants au Québec ne se retrouvent pas concentrés dans des jobs à faible salaire.

Emploi Québec a identifié 124 professions qui souffrent d’un déficit de main-d’œuvre. Cela représente le quart de toutes les professions et, tenez-vous bien, 36 % de l’emploi au Québec.

Une grande partie des 124 professions frappées par la pénurie de main-d’œuvre sont dans les secteurs suivants :

Construction (ingénieurs, technologues, mécaniciens d’équipement lourd, etc.) 

Santé (infirmières, pharmaciens, aides familiaux, médecins, psychologues) 

Éducation (enseignants au secondaire, primaire, préscolaire) 

Technologies de l’information (techniciens informatiques, analystes, gestionnaires, programmeurs, concepteurs, etc.)

Outre ces professions, il faut évidemment signaler qu’un grand nombre de postes vacants se retrouvent dans les secteurs de la fabrication, du commerce de détail, des services d’hébergement et de restauration.

EXPLOSION DES OFFRES D’EMPLOI

Autre indicateur qui démontre que la pénurie de main-d’œuvre prend de l’ampleur au Québec : le site d’emploi mondial Indeed a recensé une « explosion des offres d’emploi » au Québec.

En date du 24 septembre dernier, indique Indeed, les offres d’emploi au Québec avaient augmenté de 47 % par rapport au niveau prépandémique, de février 2020.

LES SOLUTIONS ?

Comme la pénurie de main-d’œuvre est attribuable en partie au vieillissement accentué de la population québécoise, il faut donc mettre en place des mesures susceptibles de convaincre les travailleurs à reporter leur retraite à plus tard.

Dans son étude publiée cette semaine, le Centre sur la productivité et la prospérité des HEC affirmait que le niveau d’emploi chez les 60 ans et plus au Québec était nettement inférieur aux Ontariens de la même catégorie d’âge.

En août 2021, selon Statistique Canada, le taux d’emploi chez nos 60-64 ans était de 50,5 % comparativement à 54,4 % en Ontario. Chez les 65 à 69 ans, le taux d’emploi au Québec s’élevait à 22,5 %, et à 26,7 % en Ontario. Et chez les gens de 70 ans et plus, le taux d’emploi descendait à 5 % ici, soit 1,9 point de pourcentage de moins qu’en Ontario (6,9 %).

Si le Québec réussissait à rattraper chez les 60 ans et plus le même niveau d’emploi qu’en Ontario, on comblerait 68 000 emplois vacants, soit 31 % des 221 415 postes vacants.

Les crédits d’impôt portant sur le prolongement des carrières représentent de toute évidence un incitatif fiscal susceptible de convaincre plusieurs personnes âgées de rester actives sur le marché du travail au lieu de prendre leur retraite. Justin Trudeau a promis d’imiter le Québec à ce chapitre en créant bientôt un tel crédit.

De plus, le Centre sur la productivité et la prospérité des HEC propose d’assouplir les conventions collectives afin de permettre aux travailleurs âgés de rester plus longtemps actifs. Par assouplissement, on parle, entre autres, d’augmenter le nombre de semaines de vacances, de réduire la semaine de travail.

Nul doute que les programmes gouvernementaux visant à aider les chômeurs à se recycler, à parfaire leurs connaissances ou à se requalifier contribueront éventuellement à réduire le nombre de postes vacants.

Et se montrer plus ouvert face à l’immigration représente évidemment une autre solution non négligeable.