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Quel peuple fondateur?

Quoi comprendre d’une publication publique à Calgary en dix langues… sans un mot de français ?
Photo tirée de Twitter Quoi comprendre d’une publication publique à Calgary en dix langues… sans un mot de français ?

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Lorsque j’ai commencé en politique, au Parti Libéral du Québec, ce parti défendait l’importance pour le Québec de demeurer dans la fédération canadienne à une époque où le Parti Québécois, souverainiste, était l’alternative.

Dans les camps de formation des jeunes libéraux (où j’ai été tour à tour formé et formateur), on expliquait le sens de la fédération canadienne du point de vue québécois. Au cœur de l’argumentaire se trouvait cette idée d’un Canada issu de deux peuples fondateurs.  

Sans nier l’apport des citoyens issus de l’immigration, c’est ainsi qu’on expliquait les fondements de la fédération : le résultat du compromis de 1867. Les Canadiens français, l’un des deux peuples fondateurs du pays, avaient signé cet arrangement acceptable et le Québec devait continuer à faire évoluer ce compromis somme toute avantageux.  

Comme bon parti fédéraliste, suivant cette logique des peuples fondateurs, le PLQ promettait de se battre à l’intérieur du Canada pour faire respecter les droits du Québec.

Le nouveau Canada

En 2021, j’ai sincèrement l’impression que le Canada dont nous parlions à l’époque n’existe plus. Cette semaine, j’avoue avoir été abasourdi et meurtri lorsque la présidente de l’Association des Franco-Albertains a alerté les réseaux sociaux.  

Élection Calgary, l’organisme responsable d’organiser l’élection municipale de cette grande ville, vient de publier un document destiné à tous les foyers. On y explique les règles de base qui s’appliquent à chaque électeur pour ce scrutin.

Le document, initialement en anglais, est traduit dans au moins une dizaine de langues. D’ailleurs, il est traduit dans quelques langues qui n’utilisent même pas notre alphabet. On affirme agir ainsi dans une volonté d’ouverture et un souci de garantir la possibilité pour tous de participer au vote, une intention noble.

Pas un traître mot de français. On a pensé à toutes les langues susceptibles d’être parlées à Calgary, mais on a oublié l’une des deux langues officielles du Canada. On a négligé ce qui était censé être la langue de l’un des peuples fondateurs de ce pays.

Petit événement ? Cas isolé ? Oubli de quelques fonctionnaires à l’échelle municipale ? Malheureusement pas. C’est le nouveau Canada qui prend forme.  

Ce petit dépliant explicatif est l’incarnation du multiculturalisme canadien nouveau. Une volonté de mettre à l’avant-plan tout ce qui concerne les minorités au Canada. Toutes les minorités, sauf une. 

Le français est plutôt un encombrement. Le Canada ultra-multiculturaliste se définit sans le Québec, sans le français. Au mieux, le français est une langue minoritaire parmi cinquante autres... si le nombre le justifie.

Pierre Elliott Trudeau a gagné

J’écris tout cela et je me rends compte d’une chose. Mes propres enfants n’ont jamais entendu parler de cette histoire de deux peuples fondateurs. Malgré une résistance de façade, le multiculturalisme de Pierre Elliott Trudeau s’est imposé partout, y compris au Québec.

Les jeunes du Québec savent de moins en moins en vertu de quel compromis historique leur peuple s’est joint à la fédération canadienne. Alors, comment les jeunes Albertains le sauraient-ils ?