/weekend
Navigation

Une plongée dans les années 1970

Jean-Pierre Charland
Photo Chantal Poirier

Coup d'oeil sur cet article

Professeur d’université à la retraite depuis quelques années et auteur à succès, Jean-Pierre Charland a puisé dans les souvenirs de ses propres études à l’Université Laval pour créer une nouvelle série, Génération 1970. Remontant le fil du temps jusqu’en 1974, il raconte l’histoire de Jacques Charon, un jeune homme qui a quitté la campagne pour aller étudier en ville, de même que celle de toute une galerie de personnages.

Bien décidé à poursuivre de hautes études, même s’il est issu d’un milieu modeste, Jacques Charon quitte le rang et la ferme laitière où il a grandi pour aller étudier l’histoire à l’Université Laval. Il devra surveiller son argent, travailler dur et faire preuve de discipline et de persévérance pour se démarquer dans un milieu sans pitié.

En parallèle, deux femmes mariées, Diane et Monique, entreprennent aussi des études pour tromper l’ennui de leur vie de « femme au foyer ». Les mentalités évoluent tranquillement et elles souhaitent trouver de meilleurs emplois en ajoutant une formation à leur curriculum. Entre les cours, les intrigues et les longues périodes d’études, les personnages verront aussi les manigances d’un professeur du département qui s’est entiché d’une secrétaire.

De Manseau à Québec

Jean-Pierre Charland a adoré se replonger dans l’effervescence des années 1970 pour écrire cette nouvelle série. « Je suis né à quelques milles de Manseau, à Sainte-Cécile-de-Lévrard. C’est un milieu que je connais très bien », note-t-il.

Est-ce que c’est autobiographique ou pas ? « Je n’ai vraiment pas voulu que ce soit, au niveau des petits événements, autobiographique. Mais j’ai voulu, en même temps, que ça respecte la trajectoire que j’ai connue. »

Comme son personnage, il a lui aussi quitté la campagne pour étudier en ville. « C’était à la fois complexe et impressionnant, se souvient-il. À cette époque, l’extrême ouest du comté de Lotbinière était défavorisé au niveau économique. On ne parle pas de la Gaspésie ni de certaines paroisses du nord de Montréal, mais ça faisait partie d’une région qui était très peu développée. »

C’était un passage qui n’était pas simple. « J’avais l’impression d’immigrer, dit-il. J’ai vécu en résidence à l’université. J’ai habité aussi au Pavillon Montcalm, que j’évoque dans le roman. J’ai fréquenté la Table du Roy, dans le sous-sol de la Pyramide. J’avais ma carte de membre du cinéclub de l’université. J’avais aussi mes cartes d’habitué au Cinéma Cartier. »

Une société en évolution

Le romancier dépeint l’évolution des mentalités, la modernisation du mode de vie, les changements dans la vie quotidienne. « Dans le roman, tous les personnages sont inspirés de gens que j’ai connus, un après l’autre. Et la personne que j’appelle Diane dans le roman, je suis allé avec elle à la Banque Nationale, dans la Pyramide, en 1974 ou 1975, et le gérant ne voulait pas lui ouvrir un compte à son nom sans que son mari signe. C’était tout à fait illégal. Elle a fini par faire affaire avec une autre banque qui n’était pas québécoise, pas canadienne-française. »

Accueil frisquet

Jean-Pierre Charland se souvient que l’accueil, à l’Université Laval, n’était pas particulièrement chaleureux pour les gens venant d’un milieu rural, ou pour les personnes qui revenaient aux études sans avoir fait le cours classique.

« C’est une université qui était très réfractaire à ce qu’on peut appeler la mobilité sociale ascendante. Et ça, moi, je l’ai senti durement. Avant d’accéder à la maîtrise, j’ai toujours perçu que je ne faisais pas partie du groupe. Quand j’ai accédé à la maîtrise, j’étais le premier étudiant qui accédait à la maîtrise qui n’avait pas fait son cours classique. Et ça, on me l’a souligné à gros traits. » 

EXTRAIT

<b>Génération 1970</b><br />
Jean-Pierre Charland<br/>
Éditions Hurtubise<br/>
2021
Photo courtoisie
Génération 1970
Jean-Pierre Charland
Éditions Hurtubise
2021

« L’autobus quitta le village de Manseau avec encore plusieurs places vides. Il s’agissait d’un moyen de transport de plus en plus démodé, la plupart des gens se déplaçant avec leur propre voiture.

Il y avait affluence sur la route en cette fin d’après-midi de lundi. Cela s’expliquait de deux façons : le jour de la fête du Travail, plusieurs personnes regagnaient la ville afin de retrouver leur emploi ; et c’était la rentrée scolaire. Plusieurs jeunes gens se dirigeaient vers les collèges de Québec ou vers l’Université Laval. »