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Planchers arrachés, graffitis, fenêtres barricadées: un triplex abandonné est à vendre pour plus de 675 000 $

Ce triplex prouve que la surchauffe immobilière est encore bien présente à Montréal

maison rue rouen
Photo courtoisie Ce triplex laissé à l’abandon sur la rue de Rouen, dans le secteur Ville-Marie, est vendu par le curateur public du Québec à 676 500 $.

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À qui la chance ? Des fenêtres et des portes barricadées, des murs couverts de graffitis et des planchers arrachés : un triplex laissé à l’abandon depuis des années à Montréal est maintenant à vendre pour la modique somme de 676 500 $. 

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« On ne sait pas ce qui est arrivé avec cet immeuble pour qu’il soit dans cet état, mais les portes et les fenêtres ont toutes été barricadées pour éviter que les junkies y entrent », admet la courtière RE/MAX, Thi Thanh Quach, qui vient tout juste de recevoir le contrat de courtage de cet immeuble à trois logements.

« On n’a pas encore pu visiter l’immeuble, mais oui, il a besoin de beaucoup de travaux », dit Mme Quach, qui ajoute qu’il est « assez exceptionnel » qu’un immeuble aussi décrépit soit mis en vente.

  • Écoutez l'entrevue de la porte-parole du Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), Véronique Laflamme, avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

Cette propriété de la rue de Rouen, dans le secteur Ville-Marie, est vendue par le curateur public du Québec. Et « lorsque le curateur remet un bien immobilier, on n’a pas de détails sur son histoire, précise Mme Quach. Il nous dit : voilà l’immeuble, le prix et les conditions. »

Des planchers de la propriété ont notamment été arrachés.
Photo courtoisie
Des planchers de la propriété ont notamment été arrachés.

Trop cher ?

Impossible de savoir donc pourquoi cette propriété s’est retrouvée dans un tel état de délabrement. Mais il semblerait que le prix demandé pour l’immeuble qui figure à l’Inventaire des bâtiments vacants de la Ville de Montréal depuis au moins 2016 soit juste.

En 2018, le bâtiment et le terrain étaient respectivement évalués à 442 000 $ et 242 000 $ par la Ville de Montréal (664 200 $), et ce, même si « ça fait des années que la maison est dans cet état », assure la propriétaire du Dépanneur Fu Quan, en face, qui a préféré garder l’anonymat.

« Personne n’habite là depuis longtemps. Quand j’ai acheté le dépanneur il y a 12 ans, tous les locataires sont partis après deux ou trois ans et la maison a été fermée », relate-t-elle.

Pour l’économiste à la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), Francis Cortellino, c’est surtout le terrain qui vaudrait maintenant son pesant d’or. 

« La valeur des terrains a fortement augmenté au cours des dernières années, fait-il valoir. On parle d’une hausse de 200 à 300 % d’un terrain pour une unifamiliale dans l’arrondissement Ville-Marie [entre 2000 et 2019 environ]. Alors, imaginez pour un immeuble locatif. »

Selon le voisinage, l’immeuble de trois logements serait dans cet état depuis des années.
Photo courtoisie
Selon le voisinage, l’immeuble de trois logements serait dans cet état depuis des années.

Encore la surchauffe

« Pour moi, cette maison serait juste un paquet de problèmes. Mais combien d’entrepreneurs sont prêts à payer s’ils peuvent la revendre 1 million dans trois semaines ? », suggère Jean-Philippe Meloche, professeur spécialisé en économie urbaine, développement économique local et régional à l’Université de Montréal.

Ainsi, les signes d’une surchauffe immobilière se font encore bien sentir à Montréal.

Le degré de vulnérabilité du marché de l’habitation est par ailleurs passé de « modéré » en mars à « élevé » en septembre, selon la plus récente Évaluation du marché de l’habitation de la SCHL.

En somme, le marché est en déséquilibre : les prix s’accélèrent, les maisons sont surévaluées par rapport aux revenus de la population et la demande est beaucoup plus forte que l’offre.

Lorsqu’une maison est vendue par le curateur public, « ça peut être en raison d’une succession abandonnée, d’un propriétaire inapte ou si l’endroit appartient à un mineur », détaille l’avocate Isabelle Grégoire.

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