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Un sommet en 10 ans: les écoles secondaires publiques de plus en plus populaires

Quebec
Photo Stevens Leblanc Laurie L’Hérault, directrice de l’école secondaire Roger-Comtois à Québec, où tous les élèves du programme régulier sont inscrits dans différents profils ouverts à tous.

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Alors que la période de magasinage des écoles secondaires bat son plein, le réseau public continue de gagner du terrain. Près de 80 % des adolescents québécois fréquentent une école publique, un sommet depuis dix ans.

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La proportion d’élèves du secondaire qui franchissent les portes d’un établissement public est en hausse constante depuis cinq ans. De 78,8 % en 2016-2017, elle est maintenant de 79,5 %, selon les données du ministère de l’Éducation. Il faut remonter à 2010-2011 pour trouver un chiffre plus élevé.

La hausse se fait sentir dans plusieurs régions, dont celle de la Capitale-Nationale, alors qu’à Montréal, la situation est demeurée stable au cours de cette période. 

  • Écoutez l'entrevue de Richard Martineau avec Sylvain Dancause, enseignant au secondaire dans la région de Québec et collaborateur à QUB radio:  

« Excellente nouvelle »

À la Fédération des centres de services scolaires du Québec, on se réjouit de cette « excellente nouvelle ». Sa présidente-directrice générale, Caroline Dupré, croit que le réinvestissement en éducation des dernières années donne des résultats. « On a de bons services d’encadrement et de soutien », affirme-t-elle.

La multiplication des programmes de sports-arts-études, des concentrations et des profils de toutes sortes a aussi contribué à redorer le blason du public auprès des parents, selon elle.

Au fil des ans, les centres de services scolaires ont d’ailleurs assoupli leurs règles afin que les élèves puissent choisir leur école secondaire en fonction de leurs intérêts plutôt que de leur lieu de résidence, ajoute Mme Dupré. 

Cette multiplication de programmes particuliers entraîne néanmoins son lot d’effets pervers, que des écoles publiques tentent de contrer.

Au maximum de leur capacité

Malgré la hausse de fréquentation dans le réseau public, la popularité des écoles privées est toutefois loin de s’essouffler, bien au contraire, indique David Bowles, président de la Fédération des établissements d’enseignement privés.

Plusieurs écoles étant remplies au maximum de leur capacité, elles ne peuvent tirer profit de la hausse du nombre d’élèves au secondaire, contrairement au réseau public où les projets d’agrandissement et de construction de nouvelles écoles sont financés par Québec, explique-t-il.

« On n’a pas de nouvelles écoles ou de nouvelles installations, alors qu’on voit une forte augmentation démographique dans certaines régions », affirme M. Bowles.

Dans plusieurs écoles privées, les places disponibles pour les nouveaux élèves de première secondaire se comblent de plus en plus rapidement, ajoute celui qui est aussi directeur du Collège Charles-Lemoyne, situé sur la Rive-Sud de Montréal.

« Dans mon cas, il y a cinq ans, ça prenait quelques semaines avant qu’on ait une liste d’attente. Cette année, à partir du moment où on a ouvert les inscriptions à la population en général, c’était le cas après dix minutes », lance-t-il.

Des écoles remplies à craquer existent toutefois aussi dans le réseau public. Dans certains secteurs de Québec, des écoles n’acceptent plus les élèves qui ne proviennent pas de leur bassin, puisqu’elles sont déjà pleines.

  • Écoutez l’entrevue de Stéphane Vigneault, coordonateur pour le mouvement L’école ensemble

Les effets pervers de l’école « à trois vitesses »  

Des voix s’élèvent pour critiquer le système éducatif québécois « à trois vitesses », avec ses programmes particuliers qui contribuent à la popularité du réseau public. Or des écoles secondaires tentent de corriger le tir.

Il y a cinq ans, le Conseil supérieur de l’éducation sonnait l’alarme : ce réseau « à trois vitesses » est inéquitable puisqu’il contribue à reproduire les inégalités sociales. 

Les mieux nantis ou ceux qui ont de meilleures notes se retrouvent en forte proportion dans les écoles privées ou les programmes particuliers sélectifs des écoles publiques, alors que les élèves en difficulté sont surreprésentés dans les classes ordinaires du réseau public.

Les syndicats d’enseignants dénoncent la situation, tout comme les parents regroupés au sein du mouvement L’école ensemble. 

Son coordonnateur, Stéphane Vigneault, voit dans l’augmentation de la fréquentation des écoles secondaires publiques « une légère amélioration », tout en demeurant prudent. 

La hausse pourrait s’expliquer par la popularité grandissante des programmes particuliers sélectifs, qui contribuent comme le privé à renforcer les inégalités scolaires, affirme-t-il. « Encore faut-il savoir de quel public on parle. C’est là où le bât blesse », laisse-t-il tomber.

Programmes ouverts à tous

Or depuis quelques années, des écoles publiques tentent de corriger le tir en développant des profils intégrés dans le programme régulier qui sont ouverts à tous les élèves. 

C’est le cas de l’école secondaire Roger-Comtois à Québec, où tous les élèves du premier cycle choisissent l’un des profils suivants : arts visuels, musique, multisport, football et sciences et technologie.

« Le programme général est un beau parcours pour nos élèves. [...] On est quand même capable d’aller chercher leurs intérêts et on est vraiment inclusif. Le public, c’est la vraie vie », affirme sa directrice, Laurie L’Hérault.

Quebec
Photo Stevens Leblanc

Cette école secondaire offre néanmoins trois programmes particuliers sélectifs, qui ne sont pas accessibles à tous les élèves.

De son côté, Stéphane Vigneault reconnaît les efforts du réseau public pour offrir davantage de profils ouverts à tous. « Mais jamais ils ne vont toucher aux programmes sélectifs, ajoute-t-il. Et c’est ça, le nerf de la guerre. » 

Proportion d’élèves du secondaire qui fréquentent les écoles publiques   

  • 2016-2017 : 78,8 %  
  • 2017-2018 : 79,0 %  
  • 2018-2019 : 79,1 %  
  • 2019-2020 : 79,4 %  
  • 2020-2021 : 79,5 %   

Source : ministère de l’Éducation

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