/news/politics
Navigation

Projet de loi 96: contrastes éclatants entre francophones et anglophones

Quebec
Photo d’archives, Stevens Leblanc

Coup d'oeil sur cet article

Les divisions linguistiques autour de la loi 96 et de la place du français au Québec ne montrent aucun signe d’apaisement, révèle un nouveau sondage de la fondation Angus Reid. 

• À lire aussi: Une loi 101 à la fois «costaude» et modérée

• À lire aussi: La langue d’affaires est l’anglais, selon le président de la CCMM

Alors qu’ont pris fin la semaine dernière les consultations en commission parlementaire à l’Assemblée nationale, le gouvernement de François Legault s’attellera prochainement à l’étude article par article de son projet de loi visant à freiner le déclin du français.

De prime abord, il faut noter que le principal facteur déterminant l’appui au projet de loi 96 est, sans surprise, la langue maternelle. Chez les Québécois dont la langue maternelle est le français, 77 % se disent en faveur.

Du côté des Québécois ayant l’anglais comme langue maternelle, c’est seulement 5 % des répondants qui appuient le projet de loi, alors qu’une majorité écrasante de 95 % s’y oppose formellement.

Cette dynamique s’explique notamment par le fait que 89 % des anglophones croient que le but du projet de loi 96 est de «punir ceux qui ne parlent pas français», alors que 80 % des francophones croient qu’il s’agit plutôt de «protéger ceux qui parlent français».

  • Écoutez La Rencontre Lisée-Mulcair à l'émission de Richard Martineau sur QUB radio: 

L’opposition massive au projet de loi peut aussi s’expliquer par une statistique très révélatrice sur la vision entretenue par les Anglo-Québécois sur la nature de la société québécoise : 82 % de ceux-ci sont en désaccord avec l’affirmation selon laquelle le Québec est une nation dont la langue officielle est le français.

Comme il est noté dans le rapport, cette prise de position va à l’encontre de l’ensemble des partis à la Chambre des communes, qui ont appuyé une motion du Bloc québécois en ce sens au mois de juin dernier. Au Québec, une dizaine de libéraux élus dans des circonscriptions avec une forte proportion d’anglophones se sont toutefois abstenus.

De façon générale, les Québécois francophones comme anglophones s’entendent à 62 % pour dire que le projet de loi 96 aura un impact négatif sur la «réputation du Québec» au Canada. Curieusement, la situation est tout autre pour la réputation du Québec à l’international, où 45 % croient que le projet de loi 96 aura un impact positif et 35 % un impact négatif.

Le bilinguise à deux vitesses

Angus Reid s’est aussi intéressé à l’opinion du reste du pays sur l’état des connaissances linguistiques.

La firme de sondage rapporte que le Québec est la province où l’on se dit le plus fier (84 %) «que le Canada soit un pays bilingue – avec l’anglais et le français comme langues officielles». La moyenne dans le reste du Canada s’élève à 62 %, avec 38 % de répondants qui sont en désaccord avec l’affirmation.

Corrélativement, c’est aussi au Québec que l’on trouve le plus grand nombre de personnes maîtrisant les deux langues officielles.

Les francophones du Québec disent à 51 % détenir une maîtrise supérieure ou avancée de l’anglais, soit plus que le résultat cumulé de ceux qui disent en avoir une maîtrise intermédiaire (22 %) ou débutante (24 %), avec seuls 3 % disant n’avoir aucune compétence.

Chez les anglophones dans le reste du Canada, la situation est à l’inverse : 45 % disent n’avoir aucune compétence en français, 38 % se disent débutants en la matière, alors que 8 % disent avoir une compétence supérieure ou avancée en français.

«Ces données portent à croire qu’en pratique, le bilinguisme au Canada est attribuable aux Canadiens francophones apprenant l’anglais – un phénomène que l’on peut observer depuis 1961», souligne le rapport.

On note cependant que chez les anglophones du reste du Canada, la compétence en français varie doucement selon les générations, notamment en raison de «l’élargissement de programmes comme l’immersion française».

Par exemple, chez les 18 à 34 ans, 16 % disent avoir une compétence supérieure ou avancée en français, contre 40 % qui n’ont aucune compétence. En comparaison, 51 % des répondants de 55 ans et plus n’ont pas de compétence en français.

L’enquête d’Angus Reid a été menée du 25 au 29 juillet chez 2103 adultes canadiens.

QUELQUES PROPOSITIONS DU PROJET DE LOI 96 :  

  • Faire du français la seule langue officielle du Québec   
  • Inscrire dans la constitution canadienne la mention de la nation québécoise   
  • Élargir l’offre gratuite de cours en français   
  • Plafonner à 17,5 % la proportion d’étudiants admis dans les cégeps anglophones   
  • Obliger les employeurs à se justifier s’ils exigent la connaissance de l’anglais pour un poste   
  • Création d’un ministère de la Langue française    

À VOIR AUSSI