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Comment inciter les aînés à continuer de travailler

Comment inciter les aînés à continuer de travailler
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Une des solutions pour contrer la catastrophique pénurie de main-d’œuvre consiste à convaincre le plus grand nombre possible de travailleurs de 60 ans et plus à poursuivre leur carrière au lieu de prendre leur retraite.

La grande question : que doivent faire les gouvernements de Québec et d’Ottawa pour inciter justement les 60 ans et plus à rester actifs sur le marché du travail ?

À mon avis, il leur faut absolument assouplir la fiscalité de sorte à permettre à cette catégorie de travailleurs de ne pas se faire arnaquer les revenus de pension ni les crédits d’impôt auxquels ils ont droit lorsqu’ils continuent de travailler et gagnent un revenu supplémentaire.

Le problème actuel

Vous allez me dire que le gouvernement de François Legault offre déjà depuis plusieurs années un crédit d’impôt pour prolongement de carrière, dont le montant maximal s’élève à 1500 $ pour les 60 à 64 ans et de 1650 $ pour les 65 ans et plus.

Et du côté fédéral, Justin Trudeau a promis d’emboîter le pas au Québec en instaurant lui aussi à partir de 2021 un tel crédit d’impôt pour prolongement de carrière, mais seulement pour les 65 ans et plus.

Alors, c’est quoi le problème avec ce crédit d’impôt pour prolongement de carrière ?

Il s’agit d’un crédit d’impôt non remboursable. Conséquemment, pour en bénéficier, il faut avoir de l’impôt à payer. Les particuliers gagnant un revenu relativement faible ne pourront donc pas en profiter.

Pire encore, les 65 ans et plus qui reçoivent du fédéral le Supplément de revenu garanti voient ledit supplément fondre dès que leurs revenus de travail dépassent le seuil de 5000 $.  

  • Écoutez la chronique de Michel Girard avec Philippe-Vincent Foisy sur QUB radio :

Autre handicap : la première tranche de 5000 $ du revenu de travail n’est pas admissible au crédit d’impôt. En effet, le crédit en question porte strictement sur la tranche de revenu de travail de 10 000 $ comprise entre 5000 $ et 15 000 $ pour les 60 à 64 ans ou la tranche de revenu de 11 000 $ comprise entre 5000 $ et 16 000 $ pour les 65 ans et plus.

La solution

Si Québec et Ottawa veulent vraiment se donner une meilleure chance de succès en vue d’attirer sur le marché du travail un plus grand nombre de travailleurs âgés et de retraités, il m’apparaît essentiel de leur offrir un « emballage fiscal » plus alléchant.

Un, tel que l’avait déjà suggéré le fiscaliste et professeur Luc Godbout, de l’Université de Sherbrooke, le crédit d’impôt de 15 % pour prolongement de carrière devrait être remboursable. Cela permettrait aux travailleurs à faible revenu de 60 ans et plus de bénéficier pleinement, eux aussi, dudit crédit d’impôt sur les revenus tirés d’un travail.  

Deux, dans les revenus de travail admissibles à ce crédit d’impôt j’inclurais la première tranche de 5000 $, laquelle est actuellement exclue.

Trois, dans le dessein d’attirer plus de travailleurs âgés à rester au travail, il faudrait augmenter la tranche des revenus de travail admissible au crédit d’impôt à au moins 20 000 $. Ce qui porterait le crédit d’impôt remboursable à 3000 $.

Quatre, contrairement au crédit actuel qui fait l’objet d’une réduction à partir d’un revenu de travail excédant la barre des 35 600 $, je n’imposerais aucun seuil de réduction. Cela éviterait de pénaliser les travailleurs âgés qui cherchent à travailler davantage.

Cinq, pour être pleinement cohérents avec l’objectif visant à convaincre plus de travailleurs de 60 ans et plus à rester actifs sur le marché du travail, Québec et Ottawa devraient exclure ces premiers 20 000 $ de revenu de travail admissibles audit crédit d’impôt de tous les seuils de revenu mis en place en vue de réduire divers crédits d’impôt provinciaux et fédéraux.

Et finalement, le gouvernement de Justin Trudeau devrait exclure les revenus de travail admissibles à son futur crédit pour prolongement de carrière du calcul servant à réduire le Supplément de revenu garanti.