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Une farce qui cache une tragédie

Denis Coderre (Chef d’Ensemble Montréal), Valérie Plante (Mairesse de Montréal et Cheffe de Projet Montréal) et Balarama Holness (Chef de Mouvement Montréal).
Photo Agence QMI, Joël Lemay Denis Coderre (Chef d’Ensemble Montréal), Valérie Plante (Mairesse de Montréal et Cheffe de Projet Montréal) et Balarama Holness (Chef de Mouvement Montréal).

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Un ami me dit que choisir entre Valérie Plante et Denis Coderre, c’est choisir entre les crampes et la nausée.

Personnellement, je n’irais pas jusque-là, mais vous comprenez l’idée.

J’entends autour de moi beaucoup de variations autour de ce thème.

  • Écoutez la chronique de Joseph Facal avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

Plusieurs auraient souhaité une troisième voix crédible.

Bouffonnerie

À Montréal, la troisième voix est carrément loufoque.

Elle ne mériterait pas deux secondes d’attention si elle n’était, à sa manière, le reflet d’une très dangereuse dérive. 

Récapitulons.

Balarama Holness et Marc-Antoine Desjardins, respectivement troisième et quatrième dans les sondages, menaient des campagnes qui n’allaient nulle part. Ils fusionnent donc leurs formations.

Le problème est que les deux hommes ont des positions diamétralement opposées sur la question la plus importante pour l’avenir de Montréal : la langue française.

M. Desjardins s’inquiète pour le français. M. Holness, lui, croit sérieusement que les anglophones ont du mal à être servis en anglais à Montréal.

Pas grave, ils se marient quand même.

L’important est de faire bouger l’aiguille des sondages. Pathétique. On se demande ensuite pourquoi la politique attire de moins en moins de gens sérieux.

Se prenant pour des petits malins, le duo comique remettrait l’embarrassante question linguistique entre les mains des électeurs : on demanderait aux Montréalais, lors d’un référendum, quel devrait être le statut linguistique de la métropole.

On a toutes les raisons de penser que les deux associés seraient à ce moment... dans des camps opposés. N’importe quoi.

Un référendum montréalais sur la langue, c’est comme allumer un briquet dans un dépôt d’explosifs.

Écoutons M. Holness :

« Ni la CAQ ni l’Assemblée nationale ne devraient définir ce qu’est Montréal et comment elle fonctionne. »

Il a sûrement raté le cours de droit constitutionnel où il aurait appris que les gouvernements provinciaux ont, au Canada, un pouvoir juridique absolu et sans réserve à l’égard des municipalités.

Celles-ci ne sont même pas mentionnées dans la Constitution canadienne, justement parce qu’elles n’ont aucune existence propre en dehors de la volonté des autorités provinciales.

Au fond, M. Holness voudrait transiger directement avec le gouvernement fédéral, comme si Montréal était une sorte de cité-État comme le Vatican ou Monaco.

M. Desjardins voit dans cette aberration absolue « un juste milieu intéressant ».

Fossé

On aurait tort de n’y voir qu’une risible insignifiance.

Que des candidats véhiculent de telles idées est révélateur de quelque chose de beaucoup plus inquiétant.

Politiquement, culturellement, linguistiquement, Montréal se détache de plus en plus du reste du Québec.

Il est vrai que, partout dans le monde, le tissu social des métropoles est différent de celui des régions périphériques.

Mais je vous mets au défi de me nommer une seule autre ville au monde qui accueille, à elle seule, une part aussi importante de l’immigration totale reçue par la société.

Forcément, le fossé se creuse à vitesse grand V.

Montréal et le reste du Québec ne se reconnaîtront bientôt plus. C’est même sans doute déjà le cas.