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Un médecin afghan et ses 7 enfants rapatriés au Canada

Un petit groupe d’ex-militaires s’est mobilisé pour aider le médecin à fuir

Helène LeScelleur
Photo courtoisie, Hélène LeScelle Helène LeScelleur en compagnie du Dr Abdul Wali, à Kandahar, lors de sa mission en Afghanistan il y a environ 14 ans.

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Après deux mois d’efforts, un petit groupe d’ex-militaires canadiens a réussi à rapatrier un médecin afghan ainsi que ses sept enfants au Canada.

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Grandement affecté par la reprise de l’Afghanistan aux mains des talibans, l’ex-militaire Hélène LeScelleur a navigué entre tristesse et colère pendant quelques jours à la mi-août avant d’entreprendre un projet qui ferait en sorte de panser une blessure rouverte : sortir le Dr Abdul Wali et sa famille de Kandahar. 

La capitaine LeScelleur avait connu le chirurgien afghan il y a 14 ans, lors de sa mission au camp Nathan Smith de Kandahar. Le Dr Wali a participé à une centaine de projets avec les troupes canadiennes, mais pour Hélène, c’est leur collaboration dans la mise en place de trois cliniques médicales dans des villages en zone d’opération qui les a unis. 

Même si elle n’avait pas eu de contact avec le Dr Wali depuis des années, c’est à lui que l’ex-militaire a pensé en premier lors du retour des talibans. « S’il y a une personne qui mérite d’être sauvée, c’est lui », estimait Hélène. 

M<sup>me</sup> LeScelleur et Luc St-Jean entourent le Dr Wali à son arrivée à Toronto, dimanche dernier.
Photo courtoisie, Hélène LeScelle
Mme LeScelleur et Luc St-Jean entourent le Dr Wali à son arrivée à Toronto, dimanche dernier.

En compagnie d’un petit groupe, elle a donc fait des pieds et des mains pour le sortir de l’Afghanistan. D’abord en mettant sur pied une discrète collecte de fonds qui a permis de récolter 16 000 $. Pendant ce temps, le médecin, son épouse et leurs sept enfants ont traversé la frontière pakistanaise à Quetta, au sud-ouest du pays.  

L’argent a permis à la famille de se trouver une planque et d’acheter de la nourriture. Ils se sont cachés pendant six semaines en attendant les papiers nécessaires à leur fuite.

Résident canadien

Heureusement, le Dr Wali, qui avait un statut de résident canadien après avoir passé quelques mois à Toronto, avait déjà entamé des procédures d’immigration. Le processus pour ses enfants n’était cependant pas aussi avancé, ce qui a retardé leur départ du Pakistan.

D’ailleurs, le père et le reste de la famille ont quitté Islamabad à quelques jours d’intervalle, ce qui a causé un stress important aux enfants. Heureusement, ceux-ci sont arrivés à bon port et sont maintenant en quarantaine jusqu’au 20 octobre dans un hôtel. 

« Énorme soulagement »

Doublement vacciné, le Dr Wali est quant à lui arrivé dimanche dernier à Toronto, accueilli par Hélène et son complice, Luc St-Jean. « Ç’a été un énorme soulagement, rapporte Hélène, on a rempli notre mission de le ramener au Canada.  

Sauf que le travail n’est pas terminé pour la famille, qui a quitté son pays avec rien et qui veut s’installer à Ottawa. En attendant la fin de la quarantaine du reste de la famille, Hélène, qui réside à Gatineau, aide le Dr Wali a apprivoiser la ville et à organiser la suite des choses. 

« On a tout perdu »  

Avouant se sentir parfois coupable d’avoir quitté sa famille et son peuple derrière lui, le Dr Wali croit tout de même avoir pris la bonne décision en quittant son pays natal, où il « n’y a plus d’espoir ». 

Les deux derniers mois ont été éprouvants pour le Dr Abdul Wali et sa famille. À Kaboul, le 15 août dernier, lors de la prise de contrôle du pays par les talibans, le médecin raconte d’abord avoir été frappé par le « silence », alors que personne ne savait à quoi s’attendre. 

« C’était le silence, aucun coup de feu, rien. Tout était silencieux », relate celui qui s’attendait à des affrontements violents. 

Dix jours plus tard, le médecin et sa famille ont quitté Kaboul pour Kandahar en autobus, puis se sont dirigés vers la frontière du Pakistan, leur dernier espoir de fuite après la fin du pont aérien international. 

« Ils ont juste inspecté, ils ne posaient pas de questions personnelles. Ils étaient en quête de personnes qui étaient recherchées », relate-t-il en anglais. 

Ce trajet « exténuant » jusqu’à Islamabad a aussi été rempli de stress, mais le médecin dit ne pas avoir cédé à la peur. « J’étais avec ma famille, je n’ai pas montré mes émotions, même si c’était un moment épeurant ».

Il se sent coupable

Heureux d’être en sécurité, le Dr Wali est tout de même « triste d’avoir tout laissé derrière eux ». Il pense notamment à sa mère de 70 ans, restée là-bas.

« Il n’y a pas d’espoir pour l’avenir, s’attriste le médecin, on leur a tout laissé [aux talibans], tout le travail des 20 dernières années et de la coalition ». Le médecin s’inquiète également pour sa carrière au Canada. 

« On doit recommencer du début », explique M. Wali qui espère que ses compétences seront reconnues par les gouvernements. « On doit profiter de la qualification des immigrants », dit le chirurgien qui veut pouvoir se servir de ses mains.

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