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Notre modèle québécois nous coûte cher

François Legault, premier ministre et chef de la CAQ
Photo Stevens LeBlanc François Legault, premier ministre et chef de la CAQ

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Au plan budgétaire et en termes de protection de notre « filet social », quelle est la grande différence entre l’ancien gouvernement libéral de Philippe Couillard et l’actuel gouvernement caquiste de François Legault ?

Durant le règne de Couillard, la hausse des revenus consolidés de la province a augmenté deux fois plus que la hausse des dépenses consolidées. En quatre années libérales, les revenus de l’État ont grimpé de 21,5 milliards $ alors que les dépenses gouvernementales ont augmenté de quelque 11 milliards $.

Avec le gouvernement Legault, c’est l’inverse. La hausse des dépenses gouvernementales est deux fois plus élevée que la hausse des revenus gouvernementaux. Selon ses dernières prévisions budgétaires, la hausse des revenus en quatre ans sera de 11,7 milliards $, à comparer à une hausse des dépenses de 23,6 milliards $.

Comment explique-t-on une telle différence budgétaire ?

COUILLARD A SERRÉ LA VIS

Sous Philippe Couillard et son ministre des Finances Carlos Leitao, l’assainissement des finances publiques était prioritaire. Et c’est pourquoi ils ont réussi à faire du Québec la province la plus « rentable » au pays.

En effet, sous le régime Couillard, Québec a bouclé toutes ses années financières avec des juteux surplus budgétaires.

Cela leur a toutefois attiré les foudres d’une partie de la population qui leur a reproché d’avoir mis en place des mesures d’austérité gouvernementale trop sévères. À tel point, selon les détracteurs de Couillard et Leitao, qu’elles auraient fragilisé plusieurs services gouvernementaux. 

LEGAULT OUVRE LES VANNES

Sous la férule de François Legault et de son argentier Eric Girard, c’est une tout autre histoire alors qu’on ne lésine pas sur les dépenses publiques.

À leur décharge, Legault et son ministre des Finances se sont retrouvés au cœur de la grave crise sanitaire et économique qui a été déclenchée par l’arrivée de la pandémie de la COVID-19.

Par conséquent, il leur a fallu délier les cordons de la bourse pour colmater notamment les nombreuses failles dans les secteurs de la santé, de l’éducation, des centres de la petite enfance.

ENCORE PLUS DE DÉPENSES

À un an des prochaines élections provinciales, le gouvernement Legault va de toute évidence continuer à ne pas lésiner sur les dépenses massives et même à faire preuve de générosité envers non seulement les employés à la solde de l’État québécois, mais également envers le monde des affaires.

C’est pourquoi, lors de l’imminente mise à jour économique de novembre, il faut s’attendre à une révision à la hausse assez importante des dépenses consolidées du gouvernement Legault, et ce, à partir de l’année financière en cours.

La grande inconnue : est-ce que la nouvelle hausse des dépenses va creuser d’autant les déficits déjà prévus sur plusieurs exercices financiers ?

Pas nécessairement. Je m’explique.

HAUSSE DES REVENUS

Je crois que le ministre Eric Girard nous présentera également une révision à la hausse des revenus consolidés de l’État.

Il prévoira recevoir sans doute des revenus supplémentaires de la part du gouvernement fédéral.

Malgré le croc-en-jambe électoral que François Legault a asséné à Justin Trudeau en appuyant ouvertement son adversaire conservateur Erin O’Toole, le gouvernement Legault entend évidemment compter sur les 6 milliards $ que Trudeau a promis de lui verser sur 5 ans dans le cadre de son nouveau programme pancanadien des garderies à 10 $ par jour.  

De plus, Québec pourra compter sur sa part fédérale des dépenses additionnelles de quelque 25 milliards $ que Justin Trudeau s’est engagé à effectuer en matière de santé sur 5 ans : la vaccination contre la COVID-19, l’élimination des retards dans les chirurgies, l’accès à un médecin de famille, la santé mentale, les soins de longue durée, les préposés au soutien des personnes, les soins en zone rurale. 

La solide reprise économique aura probablement pour effet de rapporter dans les coffres de l’État plus de revenus fiscaux de la part des particuliers et des sociétés que les recettes prévues lors du budget présenté en mars dernier.

Et il ne serait pas surprenant de voir également les entreprises de l’État (telles Hydro-Québec, Loto-Québec, la Société des alcools et Investissement Québec) rapporter plus de recettes que prévu.

ET LA DETTE...

Faut-il s’inquiéter de voir la dette nette du gouvernement du Québec augmenter substantiellement lors de la prochaine mise à jour économique du ministre des Finances ?

Pas pour le moment, à tout le moins. Dans le budget de mars dernier, il était prévu que la dette nette de Québec atteindrait les 223,6 milliards l’an prochain, soit 45,1 % du PIB québécois.

C’est 40 milliards $ de plus que lors du premier exercice financier (2019-2020) du gouvernement Legault. À ce moment-là, la dette s’élevait à 39,9 % du PIB.

Le bond de la dette québécoise est certes majeur. Mais il est circonstanciel à cause de la crise liée à la pandémie du coronavirus.

Vu la faiblesse des frais d’intérêts, on recommencera à se soucier du niveau de notre dette provinciale si elle bondit au-dessus des 50 % du PIB.