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Gouverner avec du diachylon

Point presse François Legault
Photo Chantal Poirier Le gouvernement de François Legault croyait-il qu’un simple ordre suffirait à faire rentrer dans le rang les résistants à la vaccination ou les déserteurs de certaines professions?

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Ça saigne de partout et le gouvernement québécois se satisfait d’étendre des diachylons pour freiner l’hémorragie.

Les ministres usent de pansements voyants pour tenter de voiler les plaies et paraître traiter vigoureusement les problèmes socioéconomiques.

Ils devraient savoir que les sparadraps ne soignent pas. Même quand on les impose ! Le recul sur la date de vaccination obligatoire pour le personnel de la santé illustre le phénomène.

Dirigeant à coup de décrets depuis le début de la pandémie, le gouvernement croyait-il qu’un simple ordre suffirait à faire rentrer dans le rang les résistants à la vaccination ou les déserteurs de certaines professions ?

Peut-être pas, car les dollars pleuvent depuis quelques jours. Devons-nous nous inquiéter de cet autoritarisme grandissant alors qu’une large frange de la population l’appuie ? 

L’autoritarisme

Rien de comparable avec le Texas, mais le gouvernement québécois a encouragé la délation pendant les différentes vagues de la COVID-19.

Depuis plus d’une année, il s’est donné le pouvoir de déroger aux différentes conventions collectives pour imposer ses directives face à la crise sanitaire.

Il gouverne avec une majorité absolue qui lui permet d’en faire à sa tête sans que l’opposition puisse le ramener sur les rails.

Il mobilise des segments de population les uns contre les autres.

Il donnera des augmentations de salaire aux éducatrices en service de garde qui acceptent de passer à 40 heures, nonobstant les pourparlers de négociation en cours avec leur syndicat. Incroyable ! Hier encore, nous avions de la difficulté à obtenir la rétroactivité salariale.

Il en a fait autant avec les infirmières à qui il a servi le milliard selon ses conditions et sans analyse d’impact. Le tout prenant l’air de « on bouche un trou avant l’élection générale ».

Le projet de loi créant une nouvelle division à la Cour du Québec pour les crimes de violences sexuelles et conjugales est aussi dans cette veine d’autoritarisme et de récupération d’un thème qui peut charmer l’électorat. La nouvelle division était sur le point de naître sans la nécessité d’un projet de loi, selon ce que rapporte Isabelle Hachey dans La Presse.

Ainsi le nationalisme de la CAQ s’avère commode pour abriter son allure autoritaire, invoquer la fierté québécoise et la nécessité de faire bloc derrière monsieur Legault.

On comprend pourquoi elle ne veut pas partager le pouvoir en lançant la réforme du mode de scrutin.

Efficacité pour qui ?

La manière d’agir de la CAQ lui a été profitable jusqu’à maintenant, si on considère les sondages.

La population en retire-t-elle autant de bénéfices ? Pas sûr !

Des colonnes fragiles pour les temples de la laïcité et de la langue, alors que plusieurs experts considèrent comme insuffisantes les mesures mises de l’avant.

L’argent peut faire saliver momentanément, mais le travail quotidien peut faire cracher en permanence.

Régler les problèmes de pénurie de personnel et rendre plus sécuritaires nos services publics sont de grands chantiers qui demandent autre chose que l’improvisation du moment.