/misc
Navigation

Trudeau protégera-t-il le Québec?

HEALTH-CORONAVIRUS/CANADA
Photo REUTERS

Coup d'oeil sur cet article

C’est prévisible comme le cycle des saisons. Le vieux bras de fer émerge quant au poids du Québec à la Chambre des communes.

C’est mathématique, la population du Québec augmente moins rapidement que celle d’autres provinces. À chaque recensement, inévitablement, le Québec recule.

La tendance s’accentue. Voilà qu’Élections Canada recommande de retirer un siège au Québec tout en faisant passer le nombre total aux Communes de 338 à 342. 

Fort d’avoir gagné la majorité des comtés au Québec, le gouvernement Trudeau devra démontrer qu’il les mérite. Il doit intervenir.

Accommodement raisonnable

Car le gouvernement fédéral a toute la légitimité nécessaire pour freiner ce déclin du Québec à Ottawa.

Le précédent est tout récent. 

En 2011, lors du dernier rebrassage des sièges alloués à chaque province, Stephen Harper s’était vu forcé de céder aux pressions du Québec. Face au tollé, il avait ignoré l’avis d’Élections Canada et doté le Québec de trois sièges supplémentaires justement pour « s’approcher du principe de la représentation selon la population ».

Or en 2021, cet euphémisme ne suffit plus. Le poids démographique du Québec ne cesse de régresser. 

S’il est sérieux, le nouveau ministre de la réforme démocratique devra trouver une nouvelle solution.

Flambeau nationaliste 

Quel cadeau du ciel pour François Legault !

Même pas besoin de devoir jouer les Maurice Duplessis pour affirmer sa stratégie nationaliste face à Ottawa en pleine année électorale. 

Il s’en trouvera même pour profiter de ce bras de fer sur le nombre de sièges aux Communes pour tester l’idée de la reconnaissance de la nation québécoise dans la Constitution prévue dans la réforme de la loi 101.  

D’ailleurs, on se demande pourquoi la réaction du Bloc Québécois vendredi était si discrète.

Après avoir passé la campagne à justifier sa pertinence sur la scène fédérale, son chef Yves-François Blanchet se fera un plaisir de saisir cet enjeu à bras-le-corps. 

Comment mieux prouver « la défense des intérêts du Québec » que de faire du maintien de la représentation du Québec aux Communes une condition sine qua non à tout appui aux initiatives du gouvernement minoritaire de Justin Trudeau.

Lente érosion

Le plus triste dans tout ce débat, c’est que d’empêcher que la représentation du Québec à la Chambre des communes passe de 78 à 77 sièges sera considéré comme une victoire.

Or, une telle démarche scellera le déclin du Québec à Ottawa. Car le poids du Québec passerait de 23,07 % à 22,5 %. 

Marginal, me direz-vous. Mais avant la réforme Harper de 2011, ce poids était de 24,35 %. Il faudrait aujourd’hui octroyer 5 nouveaux sièges au Québec pour compenser ce premier recul...

Pire, à l’époque des grandes manœuvres constitutionnelles des années 90, ce poids était de 25 %. L’Accord de Charlottetown promettait même de l’enchâsser dans la Constitution. 

Rêver à une telle garantie aujourd’hui relève du délire. On a bien compris que le concept des deux peuples fondateurs n’a plus la cote.